Art Is In

Le Droit Affaires - - Sommaire - par Ge­ne­vieve Tur­cot Col­la­bo­ra­tion spé­ciale gtur­cot@le­droit.com

Le par­cours de Sté­pha­nie Mon­nin et Ke­vin Ma­thie­son

En moins d’une dé­cen­nie, la bou­lan­ge­rie ot­ta­vienne Art Is In a crée une pe­tite ré­vo­lu­tion dans l’art de faire du pain. Plus que l’huile d’olive et le sel ma­rin qui en­robent leurs po­pu­laires ba­guettes, c’est la pas­sion de Ke­vin Ma­thie­son qui je­té les bases de cette en­tre­prise qui ar­rive à un tour­nant. Nous avions don­né ren­dez-vous à la co­pro­prié­taire de Art Is In, Sté­pha­nie Mon­nin, après l’heure du lunch, ques­tion d’évi­ter la co­hue qui règne dans ce grand han­gar in­dus­triel du Ci­ty Cen­ter. Mais même lorsque l’on fran­chit la porte au mi­lieu d’après-mi­di, les clients sont en­core nom­breux à éti­rer leur ca­fé et leurs vien­noi­se­ries au bout des longues tables de bois brutes. Tout sourire, les mains col­lées sur une grande tasse de thé, Sté­pha­nie Mon­nin ra­conte les dé­buts de ce pro­jet d’af­faire qui fe­rait sour­ciller bien des pro­fes­seurs de ges­tion. «La vé­ri­té, c’est que nous n’avions au­cun plan d’af­faires !» lance d’em­blée cette an­cienne maître d’hô­tel. La ge­nèse de Art Is In re­lève presque de l’anec­dote. Un soir qu’il était en ser­vice, son conjoint Ke­vin Ma­thie­son pro­pose à ses clients une nou­velle re­cette de pain. La ré­ac­tion est im­mé­diate. «Les gens se sont le­vés et ont vou­lu sa­voir où ils pou­vaient se pro­cu­rer le pain.»

Une pro­gres­sion ra­pide

Le bou­lan­ger se met alors à louer des cui­sines la nuit pour confec­tion­ner ses pains qu’il livre lui-même aux res­tos le ma­tin ve­nu. Le nom de l’en­tre­prise, il le grif­fonne un soir sur un pa­pier qu’il glisse à Sté­pha­nie entre deux tables.

Art Is In, pour «Art-is-in-ale», car la dé­marche de Ke­vin est de créer des pro­duits dans le plus grand res­pect des tra­di­tions bou­lan­gères tout y ajou­tant sa touche de créa­ti­vi­té. En quelques mois à peine, la po­pu­la­ri­té de Art Is In dé­passe toutes at­tentes.

Sté­pha­nie le joint dans l’aven­ture

- « pas le choix, il n’était ja­mais à la mai­son ! » - et le couple s’ins­talle dans un sous-sol de la rue Wel­ling­ton. «Nous n’étions que deux tech­ni­ciens. Nous n’avions même pas le temps de prendre du re­cul», pour­suit celle qui cou­vait de­puis long­temps le dé­sir de se lan­cer en res­tau­ra­tion. La pomme ne tombe ja­mais bien l’arbre dit le dic­tion qui s’ap­plique bien à cette des­cen­dante de Ma­rie-Anne Mon­nin, fon­da­trice de l'an­cien Ca­fé Hen­ri Bur­ger à Ga­ti­neau. En l’es­pace d’un an, l’en­tre­prise passe de deux à 13 em­ployés. Faute d’avoir fait leurs de­voirs, le couple Ma­thie­son-Mon­nin en­gage au be­soin des coachs d’af­faires. «C’est ain­si que nous avons ob­te­nu le fi­nan­ce­ment pour ache­ter notre pre­mier four.» Ra­pi­de­ment, ils sont à l’étroit dans leur sous-sol d’à peine 1000 pieds car­rés. Leur quête pour trou­ver un es­pace adé­quat est mi­née par le prix exor­bi­tant des loyers. «Nous avions vu à Brook­lyn et Port­land des ga­le­ries d’art et des pe­tits ca­fés ins­tal­lés dans des es­paces in­dus­triels et ça nous avait ins­pi­rés. Le lo­cal du Ci­ty Cen­ter ré­pon­dait à tous nos be­soins.» Le dé­mé­na­ge­ment en 2010 per­met au couple de confier la ges­tion des opé­ra­tions à une équipe. «C’était im­por­tant pour moi que Ke­vin puisse se concen­trer sur la créa­tion et non la ges­tion des pro­blèmes au quo­ti­dien.» Au dé­part, le nou­vel es­pace of­frait neuf sièges afin de cro­quer son crois­sant sur place. Au­jourd’hui, la salle à man­ger compte 99 places as­sises. Là aus­si, le couple a été dé­pas­sé par la de­mande. «À notre grande sur­prise, les ventes au dé­tail ont ex­cé­dé nos ventes en gros. Le res­tau­rant, c’est comme une deuxième en­tre­prise et là en­core, nous n’avions ni plan ni struc­ture !»

Gé­rer les res­sources hu­maines

Sté­pha­nie est la pre­mière à re­con­naître l’im­pact de ce manque de pré­pa­ra­tion, même si le suc­cès à tou­jours été au ren­dez-vous. «Nous sommes res­tés trop long­temps tech­ni­ciens dans l’en­tre­prise, et non ges­tion­naires et en­tre­pre­neurs. Nous avons lais­sé des choses prendre de mau­vaises di­rec­tions faute de temps.» La ges­tion des res­sources hu­maines a ré­ser­vé plu­sieurs écueils au duo.

«Nous n’avions au­cun contrôle sur les res­sources hu­maines. Au­jourd’hui, nous avons un dé­par­te­ment de res­sources hu­maines et les em­ployés doivent si­gner un code de conduite. Nous avons aus­si bien dé­fi­ni les tâches de chaque em­ploi et mis sur pied les pro­grammes de for­ma­tion. Nous avons pris les choses en main.»

Des piz­zas au me­nu

Au mo­ment de l’en­tre­vue, Ke­vin par­tait pour le Ver­mont suivre une for­ma­tion sur la fa­bri­ca­tion de fro­mage. Le couple

sou­haite of­frir dès cet été un ser­vice de soir com­po­sé de piz­zas sur pain plat. «Nous vou­lons faire nos propres char­cu­te­ries et fro­mages, quelque chose de très simple et convi­vial.» Mais avant, ils doivent al­lon­ger les

125 000 $ né­ces­saires pour ré­no­ver leur lo­cal afin de res­pec­ter les nou­velles normes du code du bâ­ti­ment, né­ces­saire pour ob­te­nir un per­mis d’al­cool.

Point tour­nant

Le couple songe aus­si avec l’idée d’ob­te­nir une li­cence HACCP (Ana­lyse des risques et maî­trise des points cri­tiques), qui leur per­met­trait de voir leurs pro­duits être dis­tri­bués à tra­vers le pays. Dé­jà, deux im­por­tants dis­tri­bu­teurs ali­men­taires ont dé­mon­tré de l’in­té­rêt. Ils jonglent tou­jours aus­si avec l’idée d’ou­vrir d’autres adresses

Art Is In. «Nous sommes une en­tre­prise lo­cale, est-ce que nous vou­lons of­frir des pains conge­lés ? Cette fois-ci nous al­lons prendre le temps de pen­ser à ce que nous vou­lons pour l’en­tre­prise... et faire un plan !»

Meilleur coup en car­rière ?

Le dé­mé­na­ge­ment au Ci­ty Cen­ter.

Un men­tor ?

Le chef Gil­bert Abes­dris.

photo pA­triCk wood­bu­ry, Le­droit

Un moins bon

coup ?

Ne pas avoir ins­tau­ré une culture d’en­tre­prise dès le dé­but.

Un con­seil ?

Conti­nuer à ap­prendre et suivre son ins­tinct.

Ke­vin Ma­thie­son

pro­prié­taire, Art is in

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