Dos­sier

L’éco­no­mie so­ciale : un sec­teur en plein es­sor

Le Droit Affaires - - Sommaire -

En On­ta­rio, une en­tre­prise so­ciale sur trois en­caisse au moins un mil­lion de dol­lars par an­née. Au Qué­bec, le chiffre d’af­faires an­nuel des en­tre­prises d’éco­no­mie so­ciale at­teint les 40 mil­liards de dol­lars. Pas éton­nant que ce sec­teur éco­no­mique soit en pleine crois­sance. «Il y a en­core beau­coup de confu­sion quand on parle d’en­tre­prise so­ciale, ad­met Ethel Cô­té, en­tre­pre­neure so­ciale et fon­da­trice de mé­cènESS, un gui­chet unique de ser­vices et d’ac­com­pa­gne­ment en éco­no­mie so­ciale en On­ta­rio (voir ar­ticle en page 30). «Les en­tre­prises so­ciales sont réel­le­ment en af­faires, elles sont ren­tables dans la très grande ma­jo­ri­té, en plus d’of­frir des em­plois de qua­li­té. Et contrai­re­ment aux en­tre­prises pri­vées, le poids de l’en­tre­prise ne re­pose pas sur les épaules d’une seule per­sonne, mais bien d’une col­lec­ti­vi­té.»

Or­ga­nisme à but non lu­cra­tif (OBNL), co­opé­ra­tives, mu­tuelles, fon­da­tions, l’éco­no­mie so­ciale peut prendre plu­sieurs formes. Mais elle pour­suit un seul et même ob­jec­tif : exer­cer des ac­ti­vi­tés éco­no­miques à des fins so­ciales, et par le fait même, ap­por­ter des so­lu­tions à des pro­blèmes et des en­jeux qui touchent leur com­mu­nau­té.

Dé­fi­ni­tion

Du cô­té qué­bé­cois, l’éco­no­mie so­ciale est dé­fi­nie par l’ar­ticle 3 de la Loi sur l’éco­no­mie so­ciale, adop­tée en 2013 par le gou­ver­ne­ment pro­vin­cial. L’éco­no­mie so­ciale est l’en­semble des ac­ti­vi­tés éco­no­miques à fi­na­li­té so­ciale réa­li­sée dans le cadre des en­tre­prises dont les ac­ti­vi­tés consistent en la vente ou l’échange de bien et de ser­vices. Pour ca­drer dans cette dé­fi­ni­tion, cer­tains prin­cipes doivent être res­pec­tés, à sa­voir que l’en­tre­prise doit ré­pondre aux be­soins de ses membres ou de la col­lec­ti­vi­té et as­pi­rer à une via­bi­li­té éco­no­mique, entre autres. «L’en­tre­prise so­ciale ré­pond à un be­soin, c’est de l’en­tre­pre­neu­riat à échelle hu­maine», pour­suit Ethel Cô­té, qui nage dans les eaux de l’éco­no­mie so­ciale de­puis plus de 30 ans. Ré­fé­rence sur la scène fran­co­phone ca­na­dienne, elle a for­mé plus de 27 000 per­sonnes à tra­vers dif­fé­rents ate­liers sur le dé­ve­lop­pe­ment d’en­tre­prises col­lec­tives. Consi­dé­rées comme les étoiles mon­tantes de l’éco­no­mie, les en­tre­prises so­ciales on­ta­riennes ne sont pour­tant pas de nou­velles ve­nues. «Les pre­mières en­tre­prises so­ciales ont vu le jour il y a 150 ans en On­ta­rio. Il s’agis­sait d’en­tre­prises agri­coles et fi­nan­cières. Elles sont nées du dé­sir des gens de se prendre en main», rap­pelle celle qui est aus­si co­pré­si­dente de l’Al­liance éco­no­mique fran­co­phone. «La force de la col­lec­ti­vi­té est im­por­tante. Ce n’est pas juste une per­sonne qui songe au dé­ve­lop­pe­ment, mais bien, par exemple, un groupe de 15 in­di­vi­dus qui cherchent dans la même di­rec­tion. Ce n’est pas donc pas sur­pre­nant que ce type d’en­tre­prise ait du suc­cès.»

L’éco­no­mie so­ciale en chiffres

L’On­ta­rio compte près de 10 000 en­tre­prises so­ciales qui em­ploient plus de 160 000 per­sonnes. Ces en­tre­prises ré­pondent aux be­soins de 3,4 mil­lions de clients et près de 68 % d’entre elles contri­buent à ré­duire la pau­vre­té. En­vi­ron 7000 en­tre­prises d’éco­no­mie so­ciale se re­trouvent du cô­té qué­bé­cois, ce qui pro­cure un em­ploi à plus de

210 000 per­sonnes, soit un em­ploi sur 20 dans la pro­vince.

L’Ou­taouais chef de file

En ma­tière d’éco­no­mie so­ciale, l’Ou­taouais fait fi­gure d’ex­cep­tion. Pour 10 000 ha­bi­tants, c’est 9,57 en­tre­prises d’éco­no­mie so­ciale qui sont créées dans la ré­gion, contre 8,12 pour l’en­semble du Qué­bec. Ces don­nées, ti­rées d’une étude pu­bliée en 2013 par le Pôle ré­gio­nal d’éco­no­mie so­ciale de l’Ou­taouais, sont en­core d’ac­tua­li­té croit Pa­trick Du­guay, di­rec­teur gé­né­ral de la Co­opé­ra­tive de dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal (CDR) Ou­taouais-Lau­ren­tides. Fon­dé en 1974, le CDR tra­vaille à la pro­mo­tion, l’émer­gence et la di­ver­si­fi­ca­tion d’en­tre­prises d’éco­no­mie so­ciale dans la ré­gion. «Nous avons vu une hausse consi­dé­rable du nombre d’en­tre­prises so­ciales sur notre ter­ri­toire de­puis la pu­bli­ca­tion de cette étude», ren­ché­rit Pa­trick Du­guay, qui pré­side aus­si le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion du Chan­tier de l’éco­no­mie so­ciale. Les me­sures d’aus­té­ri­té du gou­ver­ne­ment ont je­té un voile d’in­cer­ti­tude au cours des der­nières an­nées sur les pro­jets so­ciaux, avance Pa­trick Du­guay pour ex­pli­quer le re­gain d’in­té­rêt qu’il re­marque sur le ter­rain de­puis un an. «Nous sen­tons que les gens ont com­pris qu’ils ne pou­vaient

que comp­ter sur eux-mêmes pour trou­ver de nou­velles ré­ponses à des pro­blèmes bien réels.» Il cite en exemple un pro­jet em­bryon­naire ac­tuel­le­ment en dé­ve­lop­pe­ment avec les gens du Conseil ré­gio­nal de l’en­vi­ron­ne­ment et du dé­ve­lop­pe­ment du­rable de l’Ou­taouais (CREDDO). «Il y a un manque de sta­tion­ne­ment près des sta­tions du Ra­pi­bus, ce qui freine l’uti­li­sa­tion des trans­ports en com­mun», avance Pa­trick Du­guay. Ce pro­jet d’ap­pli­ca­tion pour té­lé­phone in­tel­li­gent as­pire à ma­rier le be­soin des usa­gers avec les sta­tion­ne­ments des com­merces qui sont sou­vent sous-uti­li­sés pen­dant le jour. «Pour­quoi ne pas of­frir ces places à un prix rai­son­nable ? Les en­tre­pre­neurs pour­raient ain­si ti­rer un re­ve­nu qui les ai­de­rait à cou­vrir les frais d’en­tre­tien et de dé­nei­ge­ment et nous fa­ci­li­te­rions ain­si l’ac­cès aux au­to­bus.»

L’exemple de la Lai­te­rie

La Lai­te­rie de l’Ou­taouais reste, se­lon Pa­trick Du­guay, le plus grand suc­cès d’éco­no­mie so­ciale de la ré­gion. Ce pro­jet, qui a per­mis de conso­li­der une ving­taine d’em­plois et en­gen­dré des di­zaines de mil­lions de dol­lars de re­tom­bées, a été por­té par un dé­sir de mi­ser sur la consom­ma­tion lo­cale. «Le sec­teur agroa­li­men­taire est très im­por­tant. Par exemple, la plate-forme vir­tuelle du Mar­ché de so­li­da­ri­té de l’Ou­taouais (MSRO) est l’une des plus per­for­mantes au Qué­bec. Le concept a d’ailleurs été ven­du dans d’autres ré­gions», pré­cise Pa­trick Du­guay. La co­opé­ra­tive du MSRO per­met à ses membres d’ache­ter des pro­duits bio­lo­giques et lo­caux en ligne dans une cin­quan­taine de fermes de l’Ou­taouais.

Mi­dis-cau­se­ries

Pour ré­pondre à la de­mande gran­dis­sante d’in­for­ma­tion sur tout ce qui touche l’éco­no­mie so­ciale, le CDR a lan­cé ce mois-ci des mi­dis-cau­se­ries. Chaque troi­sième mer­cre­di du mois, le pu­blic est in­vi­té à prendre sa pause du dî­ner dans les nou­veaux bu­reaux de l’or­ga­nisme, qui vient de s’éta­blir sur la rue Ed­dy, dans le Vieux-Hull.

Par Ge­ne­viève Tur­cot Col­la­bo­ra­tion spé­ciale gtur­cot@le­droit.com

Pa­trick Du­guay di­rec­teur gé­né­ral de la Co­opé­ra­tive de dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal (CDR)

Ou­taouais-Lau­ren­tides

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