Beau’s All Natural Bre­wing Com­pa­ny

Bras­ser de la bière en fa­mille

Le Droit Affaires - - Sommaire - par Hugues Théo­rêt Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Il s’en brasse des af­faires à Vank­leek Hill, dans l’Est on­ta­rien, de­puis que Tim Beau­chesne et son fils Steve ont eu l’idée en 2004 de dé­mar­rer leur propre bras­se­rie ar­ti­sa­nale. «Tout a com­men­cé lorsque mon père et moi pre­nions une bière sur une ter­rasse et par­lions de son pro­jet de re­traite. Alors on s’est dit com­bien ce se­rait fan­tas­tique de pou­voir un jour avoir notre propre bras­se­rie. Je ne sais pas si c’est la bière qui nous a ins­pi­rés, mais l’idée était plu­tôt bonne», de dire Steve Beau­chesne, le chef de la di­rec­tion de Beau’s All Natural Bre­wing Com­pa­ny. Deux ans plus tard, en 2006, ils po­saient l’en­seigne de la Bras­se­rie Beau’s de­vant leur com­merce de Vank­leek Hill, dans l’Est on­ta­rien, et ils pro­dui­saient une pre­mière cu­vée de la Lug Tread La­ge­red Ale, une ale à la robe do­rée vieillie à froid sur une longue pé­riode comme une la­ger.

Une pre­mière bière qui al­lait de­ve­nir l’am­bas­sa­drice de cette bras­se­rie ar­ti­sa­nale. «Nous en avons pro­duit 2000 litres et elle s’est bien ven­due», pour­suit le fils Beau­chesne, qui a dû lais­ser son em­ploi et son groupe de mu­sique rock pour se consa­crer en­tiè­re­ment à l’en­tre­prise fa­mi­liale.

Comme un trac­teur de ferme

Le choix de l’éti­quette de la Lug Tread, qui montre un trac­teur de ferme, prend tout son sens lors­qu’on sait com­bien d’ef­forts la fa­mille Beau­chesne a mis dans le dé­mar­rage de leur en­tre­prise. À l’image du trac­teur, ils ont tri­mé dur pour creu­ser les sillons de la bras­se­rie en­tou­rée de terres agri­coles à Vank­leek Hill. La de­mande pour la Lug Tread était telle, ra­conte Steve Beau­chesne, qu’ils ont dû cher­cher de l’aide ra­pi­de­ment pour ac­com­plir tout ce tra­vail de moine.

Une af­faire de fa­mille

Tim et Steve n’ont pas hé­si­té à em­bau­cher des membres de leur fa­mille et des amis pour tra­vailler à la bras­se­rie. C’est ain­si que le frère de Steve, Phi­lip, est res­pon­sable de la pro­duc­tion et que sa soeur, Jen­ni­fer, s’oc­cupe des re­la­tions avec les mé­dias. Au­jourd’hui, ils sont huit membres de la fa­mille Beau­chesne à oeu­vrer pour la bras­se­rie, qui peut se tar­guer d’être le plus grand pro­duc­teur ar­ti­sa­nal de bière bio­lo­gique au Ca­na­da. Se lan­cer en af­faires avec des membres de sa fa­mille n’est pas tou­jours chose fa­cile. Dans le cas des Beau­chesne, l’adap­ta­tion ne fut pas de tout re­pos au cours de la pre­mière an­née, re­con­naît Steve mais, in­siste-t-il, tous ont ra­pi­de­ment mis la main à la pâte pour as­su­rer le suc­cès de la l’en­tre­prise fa­mi­liale. Mais la Bras­se­rie Beau’s, c’est beau­coup plus qu’une his­toire de fa­mille. Le clan Beau­chesne est de­ve­nu ré­cem­ment une fa­mille élar­gie, re­cons­ti­tuée pour­rait-on dire, grâce à ses em­ployés. Le 16 mai 2016, Steve Beau­chesne convoque les 150 em­ployés de la bras­se­rie au ci­né­ma ByTowne à

Ot­ta­wa sans leur dire pour­quoi. On peut ima­gi­ner les ques­tions que cette convo­ca­tion a sus­ci­tées chez les em­ployés. Va-t-il nous an­non­cer qu’il va mettre la clé sous la porte de l’en­tre­prise ? Al­lons-nous être mis à pied ? À la sur­prise gé­né­rale, Steve leur an­nonce plu­tôt qu’il s’ap­prête à leur of­frir d’ache­ter des parts de l’en­tre­prise en ver­tu d’un ré­gime d’ac­tion­na­riat des sa­la­riés. Tous sont bouche-bée. Les em­ployés n’ont pas hé­si­té un ins­tant à se lan­cer dans cette aven­ture et au­jourd’hui ils sont de­ve­nus de fiers pro­prié­taires d’une en­tre­prise qui est en pleine ex­pan­sion.

Une im­pli­ca­tion lo­cale et in­ter­na­tio­nale

La Bras­se­rie Beau’s ne fait pas que bras­ser de la bière. Elle est aus­si très pré­sente et ac­tive dans la com­mu­nau­té. Elle sou­tient plus de 100 or­ga­nismes in­dé­pen­dants dé­diés aux arts, à la mu­sique et au dé­ve­lop­pe­ment com­mu­nau­taire ain­si que des or­ga­nismes de bien­fai­sance. «C’est im­por­tant pour nous de re­don­ner à la com­mu­nau­té», in­siste Steve Beau­chesne. On dit que Beau’s est une bras­se­rie ré­gio­nale à di­men­sion in­ter­na­tio­nale. C’est d’au­tant plus vrai que de­puis l’au­tomne 2016, Beau’s par­raine un pro­jet de bras­se­rie ar­ti­sa­nale au Rwan­da, gé­rée par la Rwan­daise Jo­se­phine

«Fi­na» Uwi­ne­za, qui était au Ca­na­da l’au­tomne der­nier pour re­ce­voir une for­ma­tion pra­tique à la bras­se­rie. Elle en a pro­fi­té pour lan­cer une cam­pagne de fi­nan­ce­ment qui a per­mis de re­cueillir 110 400 $ au­près de 1138 com­man­di­taires ca­na­diens. Cet argent per­met­tra de fi­nan­cer l’achat d’une ligne d’em­bou­teillage pour la toute pre­mière bras­se­rie ar­ti­sa­nale dé­te­nue et ex­ploi­tée lo­ca­le­ment par des femmes dans ce pays du conti­nent afri­cain. Steve Beau­chesne est très heu­reux de voir la Bras­se­rie Beau’s s’im­pli­quer dans ce pro­jet à la fois com­mer­cial et hu­ma­ni­taire. «Les choses avancent, mais il reste du tra­vail à faire. Il faut plus d’équi­pe­ment. Il faut en­core l’ex­pé­dier et l’ins­tal­ler et puis, il faut for­mer le per­son­nel et lan­cer les opé­ra­tions ini­tiales», pré­cise-t-il en gar­dant es­poir que le pro­jet ira de l’avant dans ce pays qui a beau­coup souf­fert de la guerre dans le pas­sé.

Des noms de bières in­usi­tés

Entre-temps, la bras­se­rie va conti­nuer à faire cou­ler le hou­blon dans les verres des ama­teurs de bière que l’on re­trouve en 16 va­rié­tés dans les cu­vées de Beau’s. Outre la Lug Tread La­ge­red Ale, on re­trouve, entre autres, la «One Ping On­ly», une bière aux arômes de chocolat, de rai­sin et de ca­ra­mel, la «Re­turn of the Mumme», une ale de type mé­dié­vale au bou­quet d’épices et de vé­gé­taux et la «Strong Pa­trick», une ver­sion plus forte d’une red ale ir­lan­daise.

La Lug Tread : une bière pri­mée

Avec au­tant de va­rié­tés de bières, il pour­rait être dif­fi­cile de choi­sir lorsque le

temps est ve­nu d’étan­cher sa soif. Mais pas pour Steve Beau­chesne. «La Lug Tread est ma pré­fé­rée», ré­pond-t-il sans hé­si­ta­tion. Dif­fi­cile de cri­ti­quer son choix puisque cette bière a rem­por­té de pres­ti­gieux prix dont la meilleure bière ré­gu­liè­re­ment pro­duite en On­ta­rio, en 2015, et la pre­mière place, dans la ca­té­go­rie Pale la­ger eu­ro­péenne, lors de la Na­tio­nal Or­ga­nic Craft Beer Competition. À no­ter que toutes les bières de Beau’s sont na­tu­relles et cer­ti­fiées bio­lo­giques. Elles sont dis­po­nibles en On­ta­rio, au Qué­bec et dans l’État de New York. La bras­se­rie ouvre ses portes aux vi­si­teurs, sept jours sur sept, de 10 h à 18 h. On peut aus­si goû­ter à toutes les bières du mo­ment (échan­tillons de deux onces) gra­tui­te­ment. Mais ce n’est pas parce que c’est gra­tuit qu’il faut en abu­ser. La mo­dé­ra­tion a tou­jours meilleur goût !

PHO­TO SI­MON SÉ­GUIN-BER­TRAND, LE­DROIT

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