La re­lève en ac­tion

Le Droit Affaires - - Sommaire - par Claude Sa­voie Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Une grande par­tie des PME ont été fon­dées par des ar­ti­sans. Plom­biers, mé­ca­ni­ciens, coif­feurs, pâ­tis­siers, élec­tri­ciens, com­mer­çants, pro­fes­sion­nels de la san­té, etc. Ces per­sonnes n’ont pour la plu­part pas créé des en­tre­prises, elles se sont créé des em­plois. Comme c’était de très bons tra­vailleurs, com­pé­tents, hon­nêtes et dé­voués, la clien­tèle a gran­di, des em­ployés sont ve­nus as­sis­ter le pro­prié­taire et ce qui était un tra­vailleur au­to­nome est de­ve­nu un sem­blant d’en­tre­prise.

Je dis sem­blant, parce qu’une en­tre­prise c’est une struc­ture. Les en­tre­pre­neurs ar­ti­sans n’ont que très peu de struc­tures, ils sont les chefs de pro­duc­tion, exercent eux-mêmes leurs mé­tiers, ils sont d’ailleurs les meilleurs em­ployés, les plus ex­pé­ri­men­tés et les plus com­pé­tents. Ils sont sur les chan­tiers ou dans l’usine, ils ren­contrent les clients, mais dé­laissent l’ad­mi­nis­tra­tion. S’ils s’oc­cupent des re­la­tions avec la banque et sont as­sis­tés par un comp­table, ils laissent le contrôle à la se­cré­taire.

Les res­sources hu­maines ? Ils en­gagent des per­sonnes com­pé­tentes, les forment à leur image et dé­lèguent les tâches se­lon les be­soins. Pas d’or­ga­ni­gramme, pas de des­crip­tion de tâche, chaque em­ployé fait par­tie de la fa­mille comme des fils et des filles d’un père tout puis­sant.

La plus grande force de ce type de PME, c’est la per­sonne du pro­prié­taire, sa com­pé­tence, sa ré­pu­ta­tion et son ex­pé­rience. En fait, toutes ces qua­li­tés re­pré­sentent les seules forces de la PME.

Mal­heu­reu­se­ment, sans la pré­sence du fon­da­teur, l’en­tre­prise n’a que peu de va­leur, un com­pé­ti­teur pour­rait peut-être ache­ter les équi­pe­ments et payer une com­pen­sa­tion pour la clien­tèle, mais une telle en­tre­prise ne peut va­loir les 20 ou 30 ans d’ef­fort qu’une per­sonne y a consa­crés. Ce type d’en­tre­prise est dif­fi­ci­le­ment trans­fé­rable à sa juste va­leur.

Nous tra­vaillons sou­vent avec des en­tre­prises de ce type pour leur don­ner de la va­leur, pour pré­pa­rer une re­lève ca­pable d’as­su­rer la pé­ren­ni­té et as­su­rer à son fon­da­teur de re­cueillir le fruit de tant d’an­nées d’ef­forts. Une des pre­mières ac­tions à prendre consiste à créer une marque. On ne peut vendre son mé­tier et son ex­pé­rience ou ses connais­sances, mais on peut créer une marque qui re­flète cette réa­li­té.

Il faut en­suite choi­sir les per­sonnes qui pren­dront la re­lève, dé­ve­lop­per avec eux une stra­té­gie de crois­sance, pro­fes­sion­na­li­ser l’en­tre­prise, dé­fi­nir des tâches et gra­duel­le­ment dé­lé­guer des res­pon­sa­bi­li­tés.

Cette dé­marche qui dure entre cinq et dix ans per­met à une PME ar­ti­sa­nale de de­ve­nir une réelle en­tre­prise ayant sa propre per­son­na­li­té, ca­pable de fonc­tion­ner sans que son fon­da­teur soit à la fois au four et au mou­lin. De ce fait, l’en­tre­prise prend de la va­leur et les re­pre­neurs en for­ma­tion se­ront ca­pables d’ache­ter les ac­tions, de les payer et de conti­nuer l’oeuvre en­tre­prise. Claude Sa­voie est pré­sident de Dixit Coa­ching, membre du Groupe Re­lève Qué­bec et Men­tor (Dia­mant) pour le ré­seau M de la Fon­da­tion de l’en­tre­pre­neur­ship.

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