La vi­sion de la rec­trice Chan­tal Beau­vais

Le Droit Affaires - - Sommaire -

Elle est de­ve­nue re­li­gieuse pour chan­ger le monde. Puis elle a com­pris qu’elle pou­vait faire la même chose dans le monde laïque. Au­jourd’hui, elle di­rige une des plus grandes ins­ti­tu­tions du sa­voir de la ca­pi­tale fé­dé­rale. Chan­tal Beau­vais est rec­trice de l’Uni­ver­si­té Saint-Paul de­puis 2009. Le slo­gan de l’Uni­ver­si­té? «Chan­ger la face du monde !»

Un ba­teau lent à tour­ner

La pre­mière femme laïque à di­ri­ger l’Uni­ver­si­té Saint-Paul a im­po­sé des chan­ge­ments qui ont cau­sé bien des bou­le­ver­se­ments à l’in­terne. «Le chan­ge­ment a été dif­fi­cile à gé­rer, c’était le chaos au dé­but, au­tant par­mi le per­son­nel que chez les étu­diants.

Les ré­ac­tions ont été vis­cé­rales en­vers mes pro­po­si­tions», ad­met la dame ori­gi­naire de Rouyn-No­ran­da. Mais comme la com­mu­ni­ca­tion est la chose la plus im­por­tante pour elle, son mes­sage a fi­ni par être ac­cep­té. Et le ba­teau uni­ver­si­taire est en train de bou­ger. Des en­tentes ont été conclues avec une ving­taine d’uni­ver­si­tés à tra­vers le monde (Aus­tra­lie, France, Ir­lande, Phi­lip­pines, entre autres) per­met­tant aux étu­diants de com­plé­ter leur for­ma­tion ailleurs. Des ponts ont aus­si été bâ­tis avec La Cité et le Col­lège Bo­réal pour ajou­ter un as­pect plus tech­nique à la for­ma­tion de base de l’Uni­ver­si­té. «J’aime les dé­fis, prendre des risques, j’ai l’es­prit en­tre­pre­neu­rial», re­con­naît Chan­tal Beau­vais. Dans son cas, le dé­fi était de taille : don­ner un air de jeu­nesse à une uni­ver­si­té créée en 1848 par les Oblats de Ma­rie Im­ma­cu­lée. Dé­fi re­le­vé. De­puis son ar­ri­vée à la tête de l’ins­ti­tu­tion de la rue Main à Ot­ta­wa, la clien­tèle étu­diante a bon­di de 50 %, les voyants bud­gé­taires ne sont plus au rouge et un étu­diant sur cinq pro­vient de l’étran­ger. Des pu­bli­ci­tés sur fond oran­gé sont ap­pa­rues un peu par­tout dans les mé­dias. Et pour la pre­mière fois de son his­toire, l’Uni­ver­si­té a lan­cé une cam­pagne de sous­crip­tion de plus de 15,7 mil­lions de dollars, avec pour ob­jec­tif de faire rayon­ner l’uni­ver­si­té en­core plus loin. Et pour aug­men­ter sa clien­tèle fran­co­phone, Saint-Paul s’est rap­pro­chée des conseils sco­laires fran­co­phones d’Ot­ta­wa. L’idée est d’élar­gir la clien­tèle du pre­mier cycle pour aug­men­ter le fi­nan­ce­ment de l’ins­ti­tu­tion et ul­ti­me­ment, pour ajou­ter de nou­veaux pro­grammes. Chan­tal Beau­vais est une re­dou­table femme d’af­faires. Dans sa bouche, des ex­pres­sions comme «coûts de re­vient par étu­diant, plan d’af­faires, com­pé­ti­tion in­ter­na­tio­nale» sont cou­rantes. Mais at­ten­tion, l’Uni­ver­si­té Saint-Paul conserve néan­moins son ADN ca­tho­lique et en­ga­gé. «Nous sommes ici pour avoir un im­pact so­cial. Nous de­meu­rons une école d’hu­ma­ni­té», pré­cise la rec­trice.

«On gère l’uni­ver­si­té comme une en­tre­prise so­ciale. Nos pro­fits, on les ré­in­ves­tit ici». Ce mé­lange de coeur et d’en­tre­pre­neu­riat lui vient de sa for­ma­tion. Chan­tal Beau­vais est doc­teur en phi­lo­so­phie et dé­tient un di­plôme d’études su­pé­rieures en ad­mi­nis­tra­tion pu­blique de l’ENAP. Elle a éga­le­ment sui­vi des cours à la pres­ti­gieuse Uni­ver­si­té Har­vard, sur le cou­rage et … la ges­tion du chaos!

Des bud­gets dif­fi­ciles à bou­cler

Cette ou­ver­ture sur le monde, Chan­tal Beau­vais l’exé­cute dans des condi­tions fi­nan­cières dif­fi­ciles. La pro­vince ré­duit ses sub­ven­tions d’un pour cent par an­née et les frais de sco­la­ri­té sont pla­fon­nés. Il faut donc aug­men­ter la clien­tèle étu­diante, jus­qu’à

1 500 si pos­sible, pour ob­te­nir un meilleur équi­libre fi­nan­cier, pré­voit la rec­trice. Et comme les études en théo­lo­gie ou en droit ca­no­nique ont de moins en moins la cote, il faut se tour­ner vers des pro­grammes plus pra­tiques, plus in­té­grés au mar­ché du tra­vail, pour­suit-elle. Cet au­tomne, par exemple, Saint-Paul a lan­cé un pro­gramme en In­no­va­tion so­ciale afin d’ame­ner les gens à gé­rer des co­opé­ra­tives, des or­ga­nismes de cha­ri­té ou d’éco­no­mie so­ciale. Des ate­liers se­ront conçus pour ai­der l’étu­diant à mettre ses connais­sances en pra­tique.

Troi­sième man­dat ?

Chan­tal Beau­vais, qui en est à son deuxième man­dat à titre de rec­trice, ai­me­rait bien ob­te­nir un re­nou­vel­le­ment pour une pé­riode de trois ans. «Il y a en­core plein de choses à faire», dit-elle. Peut-être n’a-t-elle pas en­core réus­si à chan­ger la face du monde, mais l’an­cienne re­li­gieuse est réel­le­ment en train de chan­ger le vi­sage de l’Uni­ver­si­té Saint-Paul, tout en lui conser­vant son âme.

PHO­TOS ÉTIENNE RANGER , LE­DROIT

Chan­tal Beau­vais

Rec­trice, l’Uni­ver­si­té Saint-Paul

Par Marc Gau­thier Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

PHO­TOS ÉTIENNE RANGER , LE­DROIT

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.