La pas­sion de Fran­cine Mercier-Che­vrier

Le Droit Affaires - - Sommaire - par Hugues Théo­rêt Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

« Plaise au roi de me don­ner cent livres. Pour ache­ter livres et vivres. De livres je me pas­se­rais. Mais de vivres je ne sau­rais.»

Cet adage du poète fran­çais Clé­ment Ma­rot (1496-1544) pour­rait cer­tai­ne­ment conve­nir à des Pa­ri­siens de la Re­nais­sance en manque de pain, mais pas à Fran­cine Mercier-Che­vrier, pré­si­dente et fon­da­trice de la Li­brai­rie du So­leil, dont la vie en­tière re­pose sur les livres.

Son par­cours dans l’uni­vers du livre est fait de plu­sieurs cha­pitres dont le pre­mier s’écrit dans son en­fance à Notre-Dame-de-la-Sa­lette, en Ou­taouais. «Nous étions dix en­fants à la mai­son et, dans mon sou­ve­nir, nous avons tou­jours été en­tou­rés de livres», confie-t-elle.

La pas­sion du livre

Ce goût du livre l’a sui­vi tout au long de son par­cours. Dès l’âge de 20 ans, elle oc­cupe un pre­mier em­ploi à la Li­brai­rie Clas­sique à Hull. En 1988, Fran­cine Mercier-Che­vrier dé­cide de faire le saut et d’ou­vrir sa propre li­brai­rie. «Les dé­buts ne furent pas fa­ciles, concède-telle. La li­brai­rie a dé­bu­té dans le sous-sol de notre mai­son à Ayl­mer qu’on a dû hy­po­thé­quer pour fi­nan­cer le dé­mar­rage de l’en­tre­prise. Nous avions tout de même 6 000 titres dans nos rayons, le mi­ni­mum pour être agré­gée comme li­braire. C’est cer­tain que la col­lec­tion Que sais-je ? nous a ai­dé un peu», di­telle avec un sou­rire en coin. Puis, la li­brai­rie a oc­cu­pé ses pre­miers lo­caux à l’angle des bou­le­vards Mont-Bleu et de la Cité-des -Jeunes. La Li­brai­rie du So­leil a en­suite fait des pe­tits. L’en­tre­prise a ou­vert une se­conde suc­cur­sale à Ga­ti­neau puis une troi­sième à Ot­ta­wa en 1996 lorsque Fran­cine Mer­cierC­he­vrier a ache­té la Li­brai­rie Trillium alors en faillite. «Nous avons fer­mé la suc­cur­sale de Ga­ti­neau car c’était un peu trop pour moi. Nous avons conti­nué de­puis ce temps avec les suc­cur­sales de Hull et Ot­ta­wa», pour­suit-elle. En 2002, la suc­cur­sale d’Ot­ta­wa dé­mé­nage ses pé­nates dans l’édi­fice ac­tuel de la rue George dans le Mar­ché By. Pen­dant ce temps, de l’autre cô­té de la ri­vière, la suc­cur­sale de Hull oc­cupe suc­ces­si­ve­ment des lo­caux de Mont-Bleu, de la Place Fleur de Lys, de la Place Car­tier et l’im­meuble ac­tuel si­tué au 55, bou­le­vard SaintRay­mond.

Des li­braires comme em­ployés

Mal­gré ces dé­mé­na­ge­ments suc­ces­sifs, la Li­brai­rie du So­leil a tou­jours gar­dé la même re­cette ga­gnante. «Il est im­por­tant d’avoir des em­ployés stables qui ont une pas­sion pour les livres. Pour moi, nos em­ployés sont des li­braires et non des ven­deurs de livres. Ce­la fait toute la dif­fé­rence au ni­veau du ser­vice à la clien­tèle», ex­plique-t-elle. Elle compte sur des em­ployés qui ont entre 10 et 15 ans d’ex­pé­rience. Pour elle, ce­la vaut de l’or : «J’ai tou­jours eu de bonnes re­la­tions avec nos em­ployés. La preuve est que j’ai d’an­ciens em­ployés qui re­viennent nous voir comme ce fut le cas lors du der­nier Sa­lon du livre de l’Ou­taouais.» Mais au-de­là du per­son­nel, Fran­cine Mercier-Che­vrier croit que le suc­cès de son en­tre­prise re­pose sur la saine ges­tion. «Il faut sa­voir bien gé­rer ses in­ven­taires et gar­der un taux de re­tour le plus bas pos­sible. Le dé­fi est de faire les bons choix de livres en fonc­tion de la de­mande», pré­cise-t-elle.

De 7 à 77 ans

À l’image des al­bums de Tin­tin, la Li­brai­rie du So­leil s’adresse à une clien­tèle de 7 à 77 ans. Mais elle dif­fère d’une suc­cur­sale à l’autre. La clien­tèle de Ga­ti­neau re­pose sur­tout sur de jeunes fa­milles, des étu­diants, des ama­teurs de lit­té­ra­ture plus clas­sique, tan­dis que celle d’Ot­ta­wa re­joint da­van­tage des étu­diants uni­ver­si­taires, des fonc­tion­naires fé­dé­raux, des tou­ristes et des di­plo­mates. Au­jourd’hui, la Li­brai­rie du So­leil compte dans ses deux suc­cur­sales plus de 60 000 titres, ce qui consti­tue le plus grand in­ven­taire de toutes les li­brai­ries de l’Ou­taouais. Les ventes de livres re­pré­sentent 95 % du chiffre d’af­faires, le reste étant ab­sor­bé par la vente de jeux édu­ca­tifs. La fon­da­trice de la li­brai­rie ne pour­rait cer­tai­ne­ment pas ac­com­plir toutes ses tâches sans l’aide de ses em­ployés et de ses nou­veaux as­so­ciés, Jean-Phi­lip Guy, di­rec­teur de la suc­cur­sale d’Ot­ta­wa, et co­pro­prié­taire de la Li­brai­rie du So­leil, et Maude Ver­ret, di­rec­trice et ac­tion­naire de la suc­cur­sale de Ga­ti­neau.

Des dé­fis à re­le­ver

Mal­gré son suc­cès, Fran­cine Mer­cierC­he­vrier ne reste pas as­sise sur ses lau­riers. Elle a en­core beau­coup de dé­fis à re­le­ver. En 1988, ex­pli­quet-elle, il n’y avait pas de ma­ga­sins à grande sur­face et de vente de livres dans les phar­ma­cies. Au­jourd’hui, la concur­rence vient de par­tout.

C’est sans comp­ter les livres nu­mé­riques et les ventes en ligne qui font par­ti­cu­liè­re­ment mal aux li­brai­ries in­dé­pen­dantes. La Li­brai­rie du So­leil doit aus­si com­po­ser avec une baisse no­toire d’achats de livres du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral qui s’ap­pro­vi­sionne main­te­nant en ligne ou achète des livres nu­mé­riques.

«Le pas­sage au nu­mé­rique est une réa­li­té avec la­quelle il faut vivre, mais il y au­ra tou­jours une clien­tèle fi­dèle au livre pa­pier, en par­ti­cu­lier pour le livre jeu­nesse car les en­fants ne lisent pas sur des ta­blettes élec­tro­niques», ras­sure-t-elle. Fran­cine Mer­cierC­he­vrier ac­corde d'ailleurs beau­coup d’im­por­tance à sa clien­tèle jeu­nesse à la suc­cur­sale de Ga­ti­neau. «Je vois sou­vent des grands-pa­rents ve­nir ache­ter des livres pour leurs pe­tits-en­fants. Ils contri­buent ain­si à trans­mettre aux jeunes le goût de la lec­ture. J’en suis fière car la réus­site sco­laire et la lec­ture vont de pair», croit-elle. En 2018, la li­brai­rie souf­fle­ra ses 30 bou­gies. La fon­da­trice a-t-elle pré­vu des ac­ti­vi­tés spé­ciales pour sou­li­gner cet an­ni­ver­saire ? «Nous vou­lons faire un évé­ne­ment, mais je n’y ai pas en­core vrai­ment songé», ré­pond-t-elle. Pour­quoi ne pas écrire un livre sur ses trente an­nées d’ex­pé­rience en li­brai­rie ? Il se ven­drait comme des pe­tits pains chauds.

Fran­cine Mercier-Che­vrier

pré­si­dente et fon­da­trice de la Li­brai­rie du So­leil

PHO­TOS ETIENNE RANGER, LE­DROIT

PHO­TOS ÉTIENNE RANGER, LE­DROIT

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.