De­ve­nir par­te­naire d'une ferme

Le Droit Affaires - - Dossier - par Ge­ne­viève Tur­cot Col­la­bo­ra­tion spé­ciale gtur­cot@le­droit.com

Ci­tés comme exemple sur la scène in­ter­na­tio­nale du cô­té qué­bé­cois, les pro­grammes d’agri­cul­ture sou­te­nue par la com­mu­nau­té (ASC) sont en­core trop mé­con­nus du cô­té on­ta­rien. «L’achat lo­cal n’a plus au­tant la cote», dé­plore Gé­rard Ro­chon des Jar­dins Ro­chon. Troi­sième gé­né­ra­tion à culti­ver les quelque 125 acres de cette ferme si­tuée à Ed­wards, à une tren­taine de ki­lo­mètres d’Ottawa, Gé­rard Ro­chon n’a que de bons mots pour l’ASC. Les clients peuvent s’abon­ner à un pro­gramme de pa­niers de lé­gumes heb­do­ma­daires pour la sai­son. «En s’abon­nant, les clients achètent une part de notre en­tre­prise et en échange, ils re­çoivent des lé­gumes», ré­sume l’agri­cul­teur, qui écoule ses pro­duits dans neuf mar­chés pu­blics, dont ceux des mar­ché By et Park­dale à Ottawa. «De­puis quelques an­nées, on sent que le mot lo­cal est de­ve­nu un buzz word, ça ne fait plus aus­si fu­reur qu’avant. Les gros joueurs comme Cost­co et Lo­blaws offrent eux-aus­si des pro­duits lo­caux,

l’in­té­rêt a vrai­ment di­mi­nué.»

Un le­vier éco­no­mique

Qu’ils soient di­rec­te­ment li­vrés à do­mi­cile ou à l’un des nom­breux points de chute de l’en­tre­prise fa­mi­liale, ces pa­niers sont beau­coup plus que des pro­duits frais et lo­caux. Ils re­pré­sentent un le­vier éco­no­mique im­por­tant pour les agri­cul­teurs qui adoptent cette pra­tique. «Avant l’ASC, nous étions en mode sur­vie, concède Gé­rard Ro­chon pour qui la mise en place, il y a cinq ans, d’un pro­gramme de pa­niers de lé­gumes a eu l’ef­fet d’une grande bouf­fée d’air frais pour sa ferme. Comme les clients paient en avance leur abon­ne­ment, l’agri­cul­teur peut souf­fler un peu fi­nan­ciè­re­ment. «Nous avons pu en­fin ache­ter un nou­veau trac­teur, ce qui était loin d’être un luxe !» Mais 95% des gens ne com­prennent pas l’im­por­tance de l’ASC, avance Gé­rard Ro­chon. C’est une fa­çon d’ai­der di­rec­te­ment les pro­duc­teurs lo­caux, d’in­ves­tir dans l’éco­no­mie de sa ré­gion, de créer des em­plois.»

L’exemple d’Équi­terre

Fon­dé en 1995, le ré­seau des fer­miers de fa­mille de l’or­ga­nisme qué­bé­cois Équi­terre re­groupe près de 120 de fermes dans 14 ré­gions de la pro­vince, mais aus­si d’Ottawa et au Nou­veauB­runs­wick. Ce ré­seau, qui est le plus im­por­tant au monde, per­met de nour­rir 52 000 abon­nés an­nuel­le­ment. Gé­rad Ro­chon croit que l’On­ta­rio pour­rait pro­fi­ter elle-aus­si d’un

or­ga­nisme comme Équi­terre qui fe­rait la pro­mo­tion de l’ASC. «Le Qué­bec sup­porte da­van­tage l’agri­cul­ture que l’On­ta­rio. Ici, on in­ves­tit dans les hautes tech­no­lo­gies et les au­to­mo­biles, comme si nour­rir les gens n’était pas si im­por­tant.» Gé­rard Ro­chon de­meure tout de même confiant, même si 30 à 40% des abon­nés sai­son­niers ne re­viennent pas la sai­son sui­vante. Les clients de la fa­mille Ro­chon peuvent ajou­ter des pro­duits comme des oeufs, du miel et de la sa­lade à leurs pa­niers. Le fils de M. Ro­chon, Sé­bas­tien, étu­die aus­si la pos­si­bi­li­té de lan­cer des boîtes prêtes à cui­si­ner, un pro­duit fort po­pu­laire de­puis quelques mois. «Il nous faut in­no­ver si on veut gar­der nos chiffres», confirme l’agri­cul­teur.

Gé­rard Ro­chon Pro­prié­taire Jar­dins Ro­chon

PHO­TOS MAR­TIN ROY, LE DROIT

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