La Lai­te­rie de l’Ou­taouais

À la conquête du mar­ché on­ta­rien.

Le Droit Affaires - - Sommaire - par Ge­ne­viève Tur­cot Col­la­bo­ra­tion spé­ciale gtur­cot@le­droit.com

En l’es­pace de sept ans seu­le­ment, La Lai­te­rie de l’Ou­taouais, pro­jet né d’un dé­sir col­lec­tif de main­te­nir une lai­te­rie dans la ré­gion, s’est his­sée par­mi les meilleures de l’in­dus­trie. Ren­contre avec son pré­sident et di­rec­teur gé­né­ral Georges Émond qui ne jure que par une seule règle : la qua­li­té.

«La qua­li­té est au som­met de nos prio­ri­tés, et ce, de­puis le dé­but», convient Georges Émond. Le lait pro­duit à Ga­ti­neau at­teint une du­rée de vie en la­bo­ra­toire de 35 jours, et de 29 jours sur les ta­blettes. Des chiffres à rendre ja­loux les géants de l’in­dus­trie. La mi­cro­lai­te­rie réus­sit à ob­te­nir ces ré­sul­tats avec une ges­tion mi­nu­tieuse des condi­tions sa­ni­taires, mais aus­si parce qu’elle re­pose sur un mo­dèle d’éco­no­mie de proxi­mi­té.

«Nous of­frons le lait le plus frais sur le mar­ché», as­sure le pré­sident, qui a dé­ve­lop­pé sa pas­sion pour la ges­tion de la qua­li­té sur les bancs de l’Ins­ti­tut de tech­no­lo­gie agroa­li­men­taire de St-Hya­cinthe, où il a étu­dié en trans­for­ma­tion lai­tière.

«Le lait ar­rive ici à 15h, il est pas­teu­ri­sé à 21h et em­bou­teillé le len­de­main à

5h, puis à 6h, il prend la route vers les mar­chands. On peut donc dire qu’un consom­ma­teur peut ache­ter un litre de lait qui, la veille, était en­core dans la vache !», lance en riant Georges Émond.

Vo­lume en crois­sance

Quand en 2006 la lai­te­rie lo­cale Le Châ­teau an­nonce sa fer­me­ture, la nou­velle crée une onde de choc dans la ré­gion. Un co­mi­té est ra­pi­de­ment créé et bien des manches sont re­trous­sées pour mettre en branle ce pro­jet qu’al­lait de­ve­nir La Lai­te­rie de l’Ou­taouais.

À titre d’ac­tion­naire prin­ci­pal, Georges Émond sa­vait que la lai­te­rie Le Châ­teau lais­sait der­rière elle un vo­lume suf­fi­sant pour sou­te­nir cette nou­velle en­ti­té. Et de­puis l’ou­ver­ture de la Lai­te­rie en 2010, le vo­lume a aug­men­té chaque an­née.

Ache­ter lo­cal

Reste que la consom­ma­tion de lait est en dé­clin. Au Ca­na­da, la consom­ma­tion moyenne de lait an­nuelle est pas­sée de 89 litres par ha­bi­tant en 1997 à 69 litres en 2016. Des sta­tis­tiques qui n’ef­fraient pas trop le prin­ci­pal in­té­res­sé, qui y voit là plu­tôt un ar­gu­ment pour pous­ser l’in­no­va­tion.

«C’est dif­fi­cile de poin­ter une seule rai­son pour ex­pli­quer la baisse de la consom­ma­tion du lait. On re­trouve main­te­nant sur le mar­ché d’autres pro­duits, comme le lait d’amande et le lait soya. Puis, il y a le vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion. Mais je de­meure confiant, le lait c’est un ali­ment qui est im­pré­gné en nous, qui est à la base de notre ali­men­ta­tion.»

Dou­bler les chiffres

Si le lait a moins la cote au­près des consom­ma­teurs, l’agri­cul­ture de proxi­mi­té et la po­pu­la­ri­té gran­dis­sante de l’achat lo­cal a per­mis à la Lai­te­rie de l’Ou­taouais de se bâ­tir une fi­dèle clien­tèle.

«Entre 35 et 40% des consom­ma­teurs de la ré­gion optent pour notre pro­duit», ex­plique Georges Émond, qui cite en exemple les lai­te­ries lo­cales du Lac-Saint-Jean qui réus­sissent à al­ler cher­cher jus­qu’à 80% du mar­ché. «Nous pou­vons donc nous aus­si as­pi­rer à dou­bler nos chiffres dans une ré­gion comme la nôtre.»

C’est d’ailleurs pour­quoi les ar­ti­sans de la Lai­te­rie ont tri­mé dur pour mul­ti­plier les points de vente. En plus des mar­chés à grande sur­face, les pro­duits sont main­te­nant dis­po­nibles dans da­van­tage de dé­pan­neurs. La Lai­te­rie lorgne aus­si le mar­ché on­ta­rien et son po­ten­tiel mil­lion de consom­ma­teurs.

Place à l’in­no­va­tion

L’in­no­va­tion rime avec de nou­veaux pro­duits. Aux dif­fé­rents types de lait dé­jà dis­po­nibles, dont le très po­pu­laire lait au cho­co­lat, la Lai­te­rie a ajou­té un lait sans lac­tose. Un yo­gourt à boire se­ra éga­le­ment of­fert pro­chai­ne­ment, grâce no­tam­ment à une sub­ven­tion ré­cente du mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture, des Pê­che­ries et de l’Ali­men­ta­tion du Qué­bec.

La Lai­te­rie est aus­si en plein pro­ces­sus de cer­ti­fi­ca­tion afin de pro­duire un lait bio­lo­gique. Ce lait, aus­si is­su de pro­duc­teurs lo­caux, se­ra pas­teu­ri­sé en pre­mier afin de ne pas être en contact avec le lait tra­di­tion­nel. Le lait bio de l’Ou­taouais pour­rait être com­mer­cia­li­sé d’ici quelques mois. Dé­jà, d’im­por­tants dis­tri­bu­teurs ont dé­mon­tré un in­té­rêt pour ce nou­veau lait. Bien qu’en­core mar­gi­nale (le lait bio­lo­gique re­pré­sente 1,19 % de la pro­duc­tion lai­tière to­tale au Ca­na­da), la de­mande pour le lait bio­lo­gique est en hausse au pays avec une crois­sance an­nuelle de près de 20%.

L’in­no­va­tion passe aus­si par une mul­ti­tude de dé­tails et de dé­marches peau­fi­nées par l’équipe de la lai­te­rie pour qui Georges Émond ne ta­rit pas d’éloges. «Je crois beau­coup dans la nou­velle ère de ges­tion où les em­ployés sont vus comme des col­la­bo­ra­teurs. C’est d’ailleurs la force de la Lai­te­rie.»

Les quelque 30 em­ployés de l'en­tre­prise sont membres de la Co­opé­ra­tive de tra­vailleurs ac­tion­naire de la Lai­te­rie de l’Ou­taouais, qui pos­sèdent 12% des parts de l’en­tre­prise so­ciale. Un autre 12% des ac­tions est dé­te­nu par la Co­opé­ra­tive des consom­ma­teurs de la Lai­te­rie de l’Ou­taouais, qui re­groupe 800 membres.

Les exemples d’in­no­va­tion sont nom­breux. «Ici, les caisses vides sont re­froi­dies dans nos fri­gos avant que le lait n’y soit dé­po­sé, afin de li­mi­ter les échanges ther­miques et de main­te­nir la qua­li­té du pro­duit.»

Une lai­te­rie en­ga­gée

L’en­ga­ge­ment com­mu­nau­taire reste aus­si l’un des grands pôles de l’en­tre­prise. Im­pli­quée dans di­verses causes so­ciales, mais aus­si édu­ca­tives – les étu­diants se suc­cèdent dans les bu­reaux pour col­li­ger des études de cas – la Lai­te­rie sou­haite aus­si dou­bler son im­pli­ca­tion en 2017.

«Les causes sont nom­breuses et il y a tel­le­ment de choses que nous pou­vons faire pour re­don­ner à notre com­mu­nau­té», de conclure Georges Émond.

PHO­TO PA­TRICK WOODBURY, LE DROIT

Georges Émond

PHO­TOS PA­TRICK WOODBURY, LE DROIT Pré­sident et di­rec­teur gé­né­ral Lai­te­rie de l'Ou­taouais

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