Groupe Yves Gagnon

La quin­caille­rie, de père en fille.

Le Droit Affaires - - Sommaire - par Be­noit Sa­bou­rin Col­la­bo­ra­tion spé­ciale bsa­bou­rin@le­droit.com

Quand Yves Gagnon a fait l’achat en 1973 de la quin­caille­rie de son père, à Ché­né­ville, rien ne lais­sait pré­sa­ger que l’en­tre­prise qu’il était sur le point de fon­der al­lait un jour de­ve­nir un chef de file en ma­tière de ré­no­va­tion au Qué­bec. Qua­rante-quatre ans plus tard, le Groupe Yves Gagnon, main­te­nant di­ri­gé par sa fille Ge­ne­viève, compte six suc­cur­sales au Qué­bec et em­bauche 350 em­ployés. En­tre­vue avec deux en­tre­pre­neurs liés par le sang et l’ins­tinct. Yves Gagnon avait 22 ans lorsque son père William lui a of­fert d’ac­qué­rir sa quin­caille­rie qui fai­sait «24 par 24». Il était pour­tant loin d’être des­ti­né à une car­rière dans le monde de la quin­caille­rie. Yves Gagnon sou­hai­tait ini­tia­le­ment de­ve­nir mé­de­cin. Après avoir étu­dié en sciences pures, il est de­ve­nu briè­ve­ment pro­fes­seur de chi­mie dans un col­lège pri­vé à Mon­tréal. Comme quoi l’ave­nir peut ré­ser­ver bien des sur­prises, l’ap­pel des af­faires s’est ma­ni­fes­té sans aver­tis­se­ment pour le jeune homme. «J’avais re­çu une offre pour al­ler tra­vailler au nord de Van­cou­ver. Mon père m’a of­fert de res­ter ici et d’ache­ter. Je n’ai pas hé­si­té. Je ne sais pas pour­quoi j’ai ac­cep­té. C’était l’ins­tinct», confie l’homme âgé de 67 ans, au­jourd'hui re­trai­té. Yves Gagnon par­tait de loin. Il ne connais­sait même pas les dif­fé­rentes es­sences de bois à ses dé­buts. Bois de Construc­tion Ché­né­ville inc. - c’était le

nom du ma­ga­sin à l’époque - ou­vrait à 7 h le ma­tin et fer­mait ses portes à 18 h, six jours par se­maine. Avec son épouse Diane et M. Brière, son seul em­ployé à l'époque, M. Gagnon s’oc­cu­pait des li­vrai­sons et char­geait «à la mi­taine» le ci­ment dans le ca­mion de l’en­tre­prise. Il tou­chait à toutes les fa­cettes du tra­vail de quin­caillier. «J’ai tout ap­pris sur le ter­rain. Je n’avais pas de for­ma­tion pour être dans le com­merce. Chi­miste, c’est loin de cette branche, mais mon père était très en­tre­pre­neur et avait plu­sieurs com­merces. Pro­ba­ble­ment que je ne suis pas tom­bé loin de l’arbre. Ça dor­mait en moi et à un mo­ment don­né, ça s’est éveillé», lance l’homme d’af­faires, qui a été pré­sident et chef de la di­rec­tion du Groupe BMR de 1995 à 2015.

L’ex­pan­sion

Pre­mier dé­ten­teur d’une ban­nière Ro­na au Qué­bec, le quin­caillier de la Pe­ti­teNa­tion a adhé­ré à BMR en 1980. Pe­tit à pe­tit, le Groupe Yves Gagnon a pris de l’ex­pan­sion. Sa pre­mière ac­qui­si­tion a été le ma­ga­sin de Saint-Jean-surRi­che­lieu, en 1989. Le quin­caillier a en­suite ou­vert un nou­veau ma­ga­sin à Ché­né­ville en

2005. Du­rant la même an­née, il fait l’achat de Cou­pal & fils inc., à Mont-Trem­blant. Les suc­cur­sales de Saint-An­dréA­vel­lin et de Saint-Jean-surRi­che­lieu - une deuxième pour cette mu­ni­ci­pa­li­té - ont ou­vert leurs portes en 2012. Les deux bâ­ti­ments ont été les pre­miers BMR Éco At­ti­tude à voir le

jour au Qué­bec. Éclai­rage na­tu­rel en abon­dance, plan­cher ra­diant, sys­tème de ré­cu­pé­ra­tion de cha­leur, mur vé­gé­tal vi­sant à pu­ri­fier l’air, ces centres de ré­no­va­tion ont été construits se­lon les pra­tiques eu­ro­péennes en ma­tière d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique et d’éco­lo­gie. «Nous ne vou­lions pas être LEED, nous vou­lions être plus que ça», sou­ligne fiè­re­ment Yves Gagnon.

Pas­ser le flam­beau

La re­lève fa­mi­liale a fait son en­trée dans le gi­ron de l’en­tre­prise au tour­nant des an­nées 2000. Ge­ne­viève Gagnon avait ter­mi­né quelques an­nées plus tôt son bac­ca­lau­réat en ges­tion fi­nan­cière in­ter­na­tio­nale. Après des sé­jours pro­fes­sion­nels à l’étran­ger, elle est ap­pe­lée en 2000 à ve­nir «re­dres­ser» un dé­taillant de la chaîne BMR. Son man­dat se­ra fi­na­le­ment éten­du à l’en­semble du Qué­bec.

Elle ai­de­ra les quin­cailliers in­dé­pen­dants as­so­ciés à BMR dans la ges­tion de leur ma­ga­sin. En 2003, alors qu’elle est âgée de 27 ans, la jeune femme se fait of­frir le siège de di­rec­teur gé­né­ral du Groupe Yves Gagnon. Comme son père l’a fait en 1973, elle ne ré­flé­chit pas quand la pro­po­si­tion lui est faite. «Est-ce que je m’en­li­gnais pour être dans les en­tre­prises de la fa­mille au dé­part, je ne sais pas. Je pense qu’in­cons­ciem­ment, on peut pro­ba­ble­ment dire que oui. J’ai tou­jours tra­vaillé au ma­ga­sin quand j’étais plus jeune», se re­mé­more la ges­tion­naire. Il faut dire qu’une femme qui s’ame­nait dans un do­maine «conser­va­teur» comme le sec­teur de la ré­no­va­tion avec un poste de ges­tion n’était pas cou­tume il y a une quin­zaine d’an­nées. Les choses ont un peu chan­gé de­puis. «Je m’amuse à dire que j’avais deux prises contre moi. J’étais la fille de et j’étais une femme dans un do­maine d’hommes. J’avais ces deux dé­fis au dé­part, mais je me suis tou­jours or­ga­ni­sée pour que ce ne soit pas une em­bûche», af­firme Ge­ne­viève Gagnon. Père et fille disent avoir tou­jours eu la même vi­sion d’af­faires. La roue a tou­jours bien tour­né entre eux. Sur­tout, les deux par­tagent la même qua­li­té pre­mière: l’ins­tinct. D’ailleurs, si on de­mande à Ge­ne­viève Gagnon où elle voit l’en­tre­prise dans cinq ou dix ans, sa ré­ponse est plu­tôt claire. «Pour dif­fé­rentes rai­sons, que ce soit la com­pé­ti­tion ou le manque de re­lève au ni­veau des pro­prié­taires de ma­ga­sin, le mar­ché est en

mou­vance. Il y a beau­coup d’oc­ca­sions d’af­faires dans le mar­ché en ce mo­ment. Main­te­nant, il faut les éva­luer et faire nos choix là-de­dans. Nous n’avons pas de plan pré­cis. Ce qui a fait le suc­cès de l’en­tre­prise de mon père, c’est son ins­tinct. Je fais un peu la même chose. J’y vais beau­coup par fee­ling et par op­por­tu­ni­tés et on ver­ra où ça va nous me­ner», in­dique celle qui est aus­si pro­prié­taire d’Évo­lu­tions Struc­tures. Pour Yves Gagnon, qui sa­voure les joies de la re­traite de­puis un peu plus de deux ans, il ne pour­rait être plus fier de la tour­nure des évé­ne­ments. «J’ai pris le flam­beau de mon père. Ge­ne­viève a pris mon flam­beau. Main­te­nant, j’es­père que ça va conti­nuer», conclut-il.

Ge­ne­viève Gagnon Di­rec­trice gé­né­rale, BMR Groupe Yves Gagnon

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