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Le Droit Affaires - - Sommaire - par Dominique La Haye Col­la­bo­ra­tion spéciale

Les dé­penses mi­li­taires consti­tuent un sec­teur clé de l’éco­no­mie de plu­sieurs pays. Et la ré­gion n’est pas en reste, puisque cette in­dus­trie y a fait pleu­voir des contrats d’une va­leur de 3,8 mil­liards $ en cinq ans.

Si l’in­dus­trie de la dé­fense re­pré­sente un puis­sant car­bu­rant pour l’éco­no­mie ca­na­dienne avec des ventes an­nuelles de 10 G $, elle l’est éga­le­ment pour la ré­gion de la ca­pi­tale na­tio­nale, où du haut de la tour de la Paix, Ot­ta­wa fait pleu­voir les mil­liards de dol­lars en contrats d’achats mi­li­taires. Au cours des cinq der­nières an­nées, le fé­dé­ral a oc­troyé des contrats to­ta­li­sant au moins 3,8 G $ à des four­nis­seurs si­tués sur les deux rives de la ri­vière des Ou­taouais, pour l’achat no­tam­ment de mu­ni­tions, d’armes, de vé­hi­cules blin­dés, de ca­mions de trans­port moyen et lourd, de na­vires, d’avions ou d’hé­li­co­ptères mi­li­taires, d’uni­formes et

d’équi­pe­ments per­son­nels tels que sacs à dos, tentes et autres.

C’est ce que ré­vèlent les don­nées trans­mises au Droit AF­FAIRES par Ser­vices pu­blics et Ap­pro­vi­sion­ne­ment Ca­na­da (SPAC), mi­nis­tère qui oc­troie les prin­ci­paux contrats gou­ver­ne­men­taux. Ce mon­tant se­rait en réa­li­té plus éle­vé, puisque ces in­for­ma­tions ex­cluent les contrats que la Dé­fense na­tio­nale a aus­si pu ac­cor­der, mais dont il n’a pas été pos­sible d’ob­te­nir une ré­par­ti­tion ré­gio­nale au­près du mi­nis­tère.

Haute tech­no­lo­gie

Cette manne de contrats n’est pas étran­gère au fait que la ca­pi­tale na­tio­nale pos­sède une main-d’oeuvre qua­li­fiée dans ce do­maine. D’après un son­dage réa­li­sé par In­ves­tir Ot­ta­wa, une agence de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique lo­cale, la ré­gion comp­te­rait 190 com­pa­gnies oeu­vrant dans les sec­teurs de la dé­fense, de la sé­cu­ri­té et de l’aé­ro­spa­tial, to­ta­li­sant plus de 10 000 em­ployés.

qu’un avion, c’est une au­to qui vole. Ce qui im­porte, c’est ce qu’il y a de­dans, à sa­voir l’élec­tro­nique, la tour de contrôle, les ar­me­ments, la fa­çon de ra­mas­ser et d’in­té­grer l’in­for­ma­tion », ex­plique l’an­cien di­rec­teur gé­né­ral de la Confé­rence des as­so­cia­tions de la dé­fense (CAD), To­ny Bat­tis­ta, éga­le­ment conseiller prin­ci­pal en ma­tière de dé­fense et de sé­cu­ri­té chez IBM. « C’est la même chose pour les na­vires et les avions de chasse ou tous les autres sys­tèmes mi­li­taires. On ne les voit pas, mais ces ca­pa­ci­tés in­dus­trielles sont pro­duites en bonne par­tie dans la ré­gion », pour­suit-il.

Ef­fer­ves­cence

En poste à Ot­ta­wa, le lea­der na­tio­nal du groupe aé­ro­spa­tial et dé­fense de la firme KPMG, Grant McDonald, pré­voit que l’in­dus­trie conti­nue­ra de croître dans la ré­gion et ailleurs au pays, no­tam­ment en rai­son de la nou­velle po­li­tique de dé­fense du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral, dé­voi­lée en juin der­nier, et dans la­quelle on re­trouve une cen­taine d’ini­tia­tives.

« Ça crée de l’ef­fer­ves­cence dans l’in­dus­trie de la ré­gion et de l’at­ten­tion de com­pa­gnies étran­gères qui sont ici et qui veulent prendre de l’ex­pan­sion ou alors chez celles qui ne sont pas en­core éta­blies ici », ex­plique cet ex­pert.

L’in­dus­trie de la dé­fense est un sec­teur fort im­por­tant chez KPMG qui, se­lon M. McDonald, compte plus d’une di­zaine des prin­ci­paux joueurs de la ré­gion comme clients. Les ex­perts de la firme offrent des ser­vices-conseils sur l’in­dus­trie, no­tam­ment en cas de fu­sions ou d’ac­qui­si­tions d’en­tre­prises et en ma­tière de fis­ca­li­té.

Chaîne ali­men­taire

M. McDonald fait va­loir que la dé­fense est un sec­teur à l’échelle glo­bale, rai­son pour la­quelle, dit-il, plu­sieurs com­pa­gnies étran­gères comptent une fi­liale ca­na­dienne et un siège so­cial à Ot­ta­wa, dans l’es­poir de dé­cro­cher d’im­por­tants contrats du fé­dé­ral.

Bon nombre de ces mul­ti­na­tio­nales ont aus­si comme clients de pe­tits four­nis­seurs de ser­vices lo­caux. Ce­la est d’au­tant plus vrai que la po­li­tique fé­dé­rale sur les re­tom­bées in­dus­trielles et tech­no­lo­giques oblige les com­pa­gnies rem­por­tant les contrats mi­li­taires à ré­in­ves­tir un mon­tant équi­valent au Ca­na­da.

«C’est comme la chaîne ali­men­taire, où tout le monde nour­rit le sui­vant. Les plus grand joueurs de cette in­dus­trie sont donc très fa­vo­rables aux plus pe­tits. Ils veulent qu’ils réus­sissent, parce qu’ils veulent une source d’ap­pro­vi­sion­ne­ment lo­cale», in­dique M. McDonald.

Un em­ployeur ma­jeur

Se­lon M. Bat­tis­ta, l’im­pact éco­no­mique ré­gio­nal de l’in­dus­trie de la dé­fense et de la sé­cu­ri­té est sans au­cun doute si­gni­fi­ca­tif, puisque c’est à Ot­ta­wa que le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral prend les dé­ci­sions quant à l’oc­troi de contrats tou­chant la Garde cô­tière, les Forces ar­mées, la GRC et les ser­vices de ren­sei­gne­ment.

L’in­fluence du fé­dé­ral ex­plique aus­si la pré­sence de centres aca­dé­miques et d’or­ga­ni­sa­tions qui se penchent sur les ques­tions de la dé­fense, telle que la CAD, qui re­groupe 45 as­so­cia­tions, dont plu­sieurs sont éta­blies dans la ré­gion.

M. Bat­tis­ta sou­ligne aus­si le fait que la Dé­fense na­tio­nale de­meure «le plus grand em­ployeur de la ré­gion». Se­lon les don­nées trans­mises par le mi­nis­tère, le nombre de ci­vils et de mi­li­taires en poste à Ot­ta­wa et à Ga­ti­neau, en 2018, s’élève à 20 542 per­sonnes, dont un peu plus de la moi­tié portent l’uni­forme.

Une étude in­terne pro­duite par la Dé­fense na­tio­nale, d’après les don­nées de Sta­tis­tiques Ca­na­da de 2014-2015, ré­vèle par ailleurs que la pré­sence de ces em­ployés et de leurs fa­milles a bel et bien un im­pact éco­no­mique dans la ré­gion, que ce soit sur le sec­teur de l’ha­bi­ta­tion, des taxes et de la pré­sence dans les écoles.

Se­lon l’étude, la masse sa­la­riale an­nuelle net et avan­tages de l’en­semble des em­ployés, soit ci­vils, mi­li­taires, ré­ser­vistes en poste dans la ré­gion to­ta­li­saient 1,3 G $. Les dé­penses lo­cales to­tales de l’ins­tal­la­tion mi­li­taire de 1,4 G $ gé­nèrent quant à elle un im­pact to­tal sur le PIB es­ti­mé à 2,2 G $. Les forces mi­li­taires ré­gu­lières et les em­ployés ci­vils re­pré­sentent en­vi­ron 3 % de la de­mande de lo­ge­ments dans la com­mu­nau­té d’ac­cueil.

PATRICK WOODBURY, LE DROIT

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