VOD­KA À LA GA­TI­NOISE

Le Droit Affaires - - Sommaire - par Jean Ga­gnon / Col­la­bo­ra­tion spéciale

Sur un vaste ter­rain de l’Aé­ro­parc in­dus­triel de Ga­ti­neau se dis­til­lent des milliers de litres de gin et de vod­ka. Et Pierre Man­tha, pré­sident de l’en­tre­prise Ar­tist in Re­si­dence, rêve de créer d’autres al­cools à sa­veur ré­gio­nale.

VOD­KA, CO­LOM­BIE ET MÉ­CA­NIQUE

sont des mots qu’on en­tend ra­re­ment dans une même phrase. Pour­tant, ils se bous­culent et se té­les­copent dans la bouche du pré­sident de la mi­cro­dis­til­le­rie ar­ti­sa­nale ga­ti­noise Ar­tist in Re­si­dence (Air ), Pierre Man­tha. Pen­dant l’heure que du­re­ra l’en­tre­tien avec lui, ce Hul­lois d’ori­gine ne ces­se­ra de sau­ter d’une idée à l’autre, uti­li­sant un mot pour bon­dir ailleurs.

Ce père de deux en­fants, Ja­cob et Mi­chael, nés d’une union pré­cé­dente, vit au­jourd’hui avec sa conjointe d’ori­gine co­lom­bienne. Et c’est jus­te­ment en Co­lom­bie, mieux connu pour ses car­tels de la drogue que pour la re­nom­mée de ses spi­ri­tueux, que va ger­mer la graine qui de­vien­dra le gin Wax­wing, la Vod­ka­light et une di­zaine d’autres pro­duits en ges­ta­tion. Mais avant d’en ar­ri­ver à la nais­sance de la dis­til­le­rie Ar­tist in Re­si­dence, cet en­tre­pre­neur âgé de 50 ans au­ra eu le temps de gar­nir son por­te­feuille. À sa sor­tie de l’École po­ly­va­lente Le Car­re­four de Ga­ti­neau, il ira à Mont­réal pour y suivre un cours en mé­ca­nique de ca­mions lourds, « pour faire comme mon père », dit-il. Au fil des ans, il se­ra donc mé­ca­ni­cien, contre­maître, mais aus­si pro­prié­taire im­mo­bi­lier et dé­ten­teur entre autres de trois conces­sions de la com­pa­gnie Hi­no Mo­tors Ca­na­da à Ga­ti­neau et Ot­ta­wa. « C’est drôle, mais tout m’est ar­ri­vé for­cé. Mon but n’était pas d’être un gars d’af­faires. C’était pas ça mon da­da. Moi, je vou­lais tra­vailler pour quel­qu’un d’autre », avance ce pa­tron qui a ap­pris l’en­tre­pre­neu­riat ailleurs que sur les bancs d’école.

L’AP­PEL DE LA CO­LOM­BIE

JE PEN­SAIS QUE J’AI­MAIS FAIRE DE LA MÉ­CA­NIQUE, MAIS J’AI RÉA­LI­SÉ PLUS TARD QUE J’AI­MAIS B­TIR. »

Dans des lo­caux tout neufs si­tués dans l’Aé­ro­parc in­dus­triel de Ga­ti­neau, Pierre Man­tha brasse de grosses af­faires. Le gin s’em­bou­teille, la vod­ka se dis­tille, et une li­queur de gin­gembre est en ébul­li­tion. On peut dire qu’il ne joue pas « peu­reux ». « Je veux al­ler par­tout (... ) Mais il faut que je me calme parce que l’ar­gent va man­quer. Mais mon but, ce n’est pas juste le Qué­bec ou l’On­ta­rio. Moi, je veux al­ler en Eu­rope, en Asie. » « Je me donne cinq ans pour vendre un mil­lion de bou­teilles avec 12 marques dif­fé­rentes », am­bi­tionne-t-il. Dé­jà, le gin Wax­wing et la Vod­ka­light connaissent du suc­cès sur les ta­blettes de la So­cié­té des al­cools du Qué­bec ( SAQ ) et Air lorgne évi­dem­ment les rayons de la LCBO ( Li­quor Con­trol Board of On­ta­rio ).

En Penn­syl­va­nie, il né­go­cie pré­sen­te­ment l’achat d’un ter­rain en plein ter­ri­toire amish, une po­pu­la­tion vi­vant en marge de la so­cié­té mo­derne ac­tuelle, afin d’y ins­tal­ler une dis­til­le­rie pour conqué­rir le mar­ché amé­ri­cain. Pour l’ins­tant, c’est sa conjointe qui ap­porte une touche in­ter­na­tio­nale à l’en­tre­prise en te­nant bou­tique en Co­lom­bie, là d’où tout est par­ti. « Je vais une ou deux fois par an­née en Co­lom­bie ( ... ) chaque fois que j’y vais, il y a un gars qui me parle tou­jours de bois­son », mi­traille-t-il à toute vi­tesse de fa­çon désor­don­née. Et c’est à force de l’écou­ter qu’il en vient à rê­ver d’une vod­ka faite à Ga­ti­neau, une bois­son qu’il se­rait ca­pable de consom­mer.

L’HOMME QUI NE BOIT PAS

Car aus­si étrange que ce­la puisse pa­raître, Pierre Man­tha ne consomme pas d’al­cool, ou si peu. « Je vais prendre une bière, té­ter une bière, et je vais ar­rê­ter ça là. Dans la fa­mille Man­tha de Hull, ça pre­nait un coup et c’était tou­jours de la chi­cane, des ba­tailles, de la pri­son. Pour moi, bois­son égale des pro­blèmes. »

Le fait de ne pas boire, il consi­dère ça comme un atout pour me­ner à bien l’aven­ture. « Je suis pas un gars de Har­ley-Da­vid­son qui achète un con­ces­sion­naire Har­ley parce qu’il aime les Har­ley. Je suis un gars de pro­jets (... ) J’ai pas be­soin d’une grosse mai­son, j’ai pas be­soin d’un gros char. J’au­rais pu m’ache­ter une mai­son d’un mil­lion, m’ache­ter des Fer­ra­ri, mais je n’en ai pas be­soin (...). Je ne suis pas un gars à l’ar­gent, j’ai ja­mais été un gars à l’ar­gent ( ...). L’ar­gent, c’est pour faire des pro­jets. Je veux faire une dif­fé­rence », égrène-t-il au fil de la conver­sa­tion. Cette dif­fé­rence, il l’a fait en uti­li­sant l’eau de source cou­lant non loin de son usine, en ache­tant du maïs de l’Ou­taouais, et en em­bau­chant des tra­vailleurs de la ré­gion. Pas pour rien que les consom­ma­teurs d’ici re­cherchent « le gin de Ga­ti­neau » dans les suc­cur­sales de la SAQ. « Un mé­ca­ni­cien de truck qui est dans la bois­son et qui veut réus­sir à l’in­ter­na­tio­nal, on est dans un pro­jet rê­veur. On n’est pas en­core ar­ri­vé. Mais je vous jure que ça va mar­cher. Je ne faillis rien, mais je mange des vo­lées. Je ne me mets pas dans le trouble fi­nan­ciè­re­ment, je suis bien peu­reux. Je dois être res­pon­sable », conclut-il d’un même souffle.

Pierre Man­tha

PHO­TOS PA­TRICK WOOD­BURY, LE DROIT

De gauche à droite, Pierre Man­tha ac­com­pa­gné du res­pon­sable de la pro­duc­tion, Alain Le­bel, du res­pon­sable de l’em­bou­teillage, Do­mi­nyk Le­blanc, de son frère et res­pon­sable de la dis­til­la­tion, Mi­chel Man­tha, et de la co­or­don­na­trice au mar­ke­ting, Joa­nie Be­noit.

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