Con­joints à la té­lé, com­plices dans la vie

Le Droit - - ARTS ET SPECTACLES - MA­RIE-ÈVE LAM­BERT

Cé­line Bonnier et Be­noit Gouin sont des amis de longue date. Ils ont étu­dié au Conser­va­toire en­semble, à la fin des an­nées 1980, et sont au­jourd’hui «voi­sins de cam­pagne». Étran­ge­ment, du­rant toutes ces an­nées, ils ne se sont pas vrai­ment échan­gé la ré­plique, mis à part dans un épi­sode de Chambre #13 et la pièce Qui a peur de Vir­gi­nia Woolf? , au tout dé­but de leur car­rière. C’est donc avec un ma­lin plai­sir qu’ils se re­trouvent à in­ter­pré­ter le couple prin­ci­pal dans la nou­velle sé­rie de Duo Pro­duc­tions, L’Heure bleue, dont le pre­mier épi­sode — un spé­cial de deux heures — se­ra pré­sen­té mer­cre­di à 20 h sur les ondes de TVA.

« Au fil des ans, on a dé­ve­lop­pé une grande com­pli­ci­té. Ça aide énor­mé­ment sur le pla­teau, sur­tout pour les scènes bou­le­ver­santes où les per­son­nages nagent en eaux troubles », in­dique Be­noit Gouin.

On a vu ce der­nier dans une pro­duc­tion puis une autre de­puis plu­sieurs an­nées, mais c’est la pre­mière fois qu’il tient le rôle prin­ci­pal mas­cu­lin d’une té­lé­sé­rie. « J’ai tou­jours eu des rôles im­por­tants, mais en tant qu’an­ta­go­niste plu­tôt que pro­ta­go­niste», fait-il re­mar­quer.

C’est donc un beau ca­deau que lui font les au­teurs et pro­duc­teurs Mi­chel d’As­tous et Anne Boyer (Ya­mas­ka) avec le per­son­nage de Ber­nard Bou­drias, « un homme, un ma­ri, un père, un en­tre­pre­neur qui va s’ac­cro­cher à tout, qui va vou­loir à tout prix que tout re­de­vienne comme avant, mal­gré la tour­mente post-tra­gé­die » qui suit la mort du plus jeune des deux en­fants du couple de Co­wans­vil­lois.

Be­noit Gouin qua­li­fie son rôle dans L’Heure bleue de « très grand dé­fi d’ac­teur ». « Ber­nard va ré­agir en ser­rant les dents. À la lec­ture, on pour­rait le voir comme le gars en par­fait contrôle, avec des traits à la li­mite ob­ses­sion­nels com­pul­sifs, et on pou­vait fa­ci­le­ment tom­ber dans le piège du per­son­nage mo­no­li­thique. Mais j’ai vou­lu al­ler plus loin, le jouer en mul­ti­couches. J’ai dé­ci­dé d’al­ler cher­cher ses failles, sa sen­si­bi­li­té... ex­plo­rer pour­quoi il est comme ça. J’ai vou­lu le rendre le plus hu­main pos­sible. »

« En fait, on — le réa­li­sa­teur, les au­teurs et nous, les co­mé­diens — a vou­lu faire en sorte que les ré­ac­tions des deux per­son­nages ne soient pas condam­nables parce qu’on com­pren­drait que c’est leur fa­çon res­pec­tive de res­pi­rer. On a dé­ci­dé de mon­trer des gens plu­tôt que des hé­ros », dit-il en­core.

Aux an­ti­podes de son ma­ri, An­neSo­phie Mo­ran, cam­pée par Cé­line Bonnier, trouve dans la fuite la fa­çon de faire face à la mu­sique. « Elle a tout es­sayé pour se sor­tir la tête hors de l’eau. Après un an à vivre dans un état ca­ta­to­nique, elle dé­cide de par­tir sans rien, pas de clés, pas de cel­lu­laire, pas de cartes de cré­dit. Elle aban­donne même son ma­ri et sa fille, et em­barque dans le pre­mier au­to­bus, qui la mè­ne­ra à Mon­tréal », ex­plique la co­mé­dienne, sé­duite par l’au­dace du per­son­nage.

« Hon­nê­te­ment, on a tous dé­jà fan­tas­mé de tout aban­don­ner et re­com­men­cer ailleurs sans avoir le cou­rage de le faire... », glisse-t-elle.

PAS D’EN­FANTS

Cé­line Bonnier et Be­noit Gouin n’ont pas d’en­fants. Même s’ils en avaient eu, ils ne croient pas que leur jeu au­rait été dif­fé­rent. « Ça m’au­rait peut-être af­fec­tée au­tre­ment, mais je n’au­rais pas né­ces­sai­re­ment abor­dé le rôle dif­fé­rem­ment », croit la co­mé­dienne, qui dit avoir ex­tra­po­lé à par­tir du deuil de ses pa­rents, qu’elle a per­dus tous deux il n’y a pas si long­temps à un an d’in­ter­valle.

« En même temps, c’est un peu par­ti­cu­lier puisque le deuil, ce n’est pas quelque chose d’ac­tif. C’est un état. Il est là, en ar­rière-plan, mais l’ac­tion du té­lé­ro­man est ba­sée sur la vie au­tour qui conti­nue et qui te pousse dans le der­rière. Il fal­lait donc être at­ten­tif dans notre jeu ; tout était dans la sub­ti­li­té », pour­suit-elle.

« En fait, ra­joute Be­noit, ça reste un travail de co­mé­dien. Quand on joue un meur­trier en sé­rie, on n’a pas 54 as­sas­si­nats à notre ac­tif. On ob­serve, on va pui­ser dans ce qu’on connaît et on ap­prend à dé­ve­lop­per des che­mins pour sculp­ter l’in­té­rieur de nos per­son­nages et construire des émo­tions. »

« Par contre, je se­rais cu­rieux de voir com­ment un co­mé­dien qui a des en­fants au­rait in­ter­pré­té nos rôles... Et com­ment un co­mé­dien qui a per­du un en­fant les au­rait joués aus­si... », se ques­tionne-t-il.

Hon­nê­te­ment, on a tous dé­jà fan­tas­mé de tout aban­don­ner et re­com­men­cer ailleurs sans avoir le cou­rage de le faire... — Cé­line Bonnier

— PHO­TO ÉRIC MYRE

Cé­line Bonnier et Be­noit Gouin in­ter­prètent le couple prin­ci­pal dans la nou­velle té­lé­sé­rie L’Heure bleue.

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