Le par­ti des an­glos?

Le Droit - - LA UNE - GIL­BERT LAVOIE Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Ils se­ront 13, peut-être 14 ou 15, peu im­porte. Les par­ti­ci­pants au dé­bat qué­bé­cois des can­di­dats à la suc­ces­sion de Ste­phen Har­per ont peu de chance d’im­pres­sion­ner l’élec­to­rat fran­co­phone le 17 jan­vier. Parce qu’avec au­tant d’uni­lingues an­glo­phones sur la scène, cette ren­contre risque de tom­ber dans une ba­na­li­té peu or­di­naire. Une fois que tout le monde au­ra lu ou ba­ra­goui­né en fran­çais son pe­tit dis­cours d’in­tro­duc­tion, on voit mal comment les can­di­dats pour­ront dé­battre ef­fi­ca­ce­ment de l’ave­nir du pays et de leur par­ti.

Le plus grand dan­ger qui les guette est de confir­mer ce qui a tou­jours été : le Par­ti conser­va­teur du Ca­na­da est le par­ti du ROC (Rest of Ca­na­da), une grande for­ma­tion po­li­tique dans l’his­toire du pays, mais qui a tou­jours éprou­vé beau­coup de dif­fi­cul­tés dans ses com­mu­ni­ca­tions avec le Qué­bec et la fran­co­pho­nie ca­na­dienne.

Il a fal­lu les deux man­dats de Brian Mul­ro­ney pour nouer des al­liances entre les conser­va­teurs et l’élec­to­rat qué­bé­cois, mais ce sont des liens fra­giles. Si le pro­chain chef est in­ca­pable de s’ex­pri­mer ef­fi­ca­ce­ment en fran­çais, le par­ti en souf­fri­ra. On nous di­ra que Ste­phen Har­per a été pre­mier mi­nistre du Ca­na­da pen­dant une dé­cen­nie, mais il a fait les ef­forts né­ces­saires en fran­çais. De plus, il ne faut ja­mais ou­blier que sa vic­toire, au dé­part, a été en grande par­tie at­tri­buable au scan­dale des com­man­dites sous Jean Ch­ré­tien.

De­puis Pierre El­liott Tru­deau, le Par­ti li­bé­ral a une longue tra­di­tion de bi­lin­guisme et d’al­ter­nance entre fran­co­phones et an­glo­phones chez ses chefs. Les lea­ders li­bé­raux an­glo­phones comme John Tur­ner, Mi­chael Igna­tieff et Paul Mar­tin n’ont pas eu beau­coup de suc­cès, mais ils ont tous sa­tis­fait aux exi­gences de bi­lin­guisme de la fonc­tion. L’élec­tion du gou­ver­ne­ment de Jus­tin Tru­deau s’ins­crit dans cette li­gnée. Il se­rait iro­nique de voir le Par­ti conser­va­teur re­tom­ber dans ses vieux torts d’uni­lin­guisme, alors que les li­bé­raux sont de re­tour dans la tra­di­tion des Tru­deau.

La même ques­tion se po­se­ra d’ailleurs au Nou­veau Par­ti dé­mo­cra­tique qui doit trou­ver un suc­ces­seur à Tho­mas Mul­cair cette an­née. M. Mul­cair ré­pon­dait par­fai­te­ment aux exi­gences du bi­lin­guisme at­ten­du par l’élec­to­rat fran­co­phone de ce pays. Avant lui, seul Jack Lay­ton avait rom­pu avec le bi­lin­guisme mal­adroit des Ed Broadbent, Au­drey McLaugh­lin et Alexa McDo­nough. Les néo-dé­mo­crates, qui ont fait élire 16 de leurs 44 dé­pu­tés au Qué­bec, loin de­vant l’On­ta­rio qui n’en compte que 8, risquent de perdre tous leurs ap­puis aux élec­tions de 2019 s’ils re­tombent dans leurs vieux tra­vers d’uni­lin­guisme an­glo­phone.

Re­tour chez les conser­va­teurs : Gé­rard Del­tell a fait va­loir ré­cem­ment, en en­tre­vue au So­leil, que le ni­veau de bi­lin­guisme re­quis du pro­chain chef de­vra lui per­mettre d’af­fron­ter Jus­tin Tru­deau au dé­bat des chefs. C’est ef­fec­ti­ve­ment le prin­ci­pal test. M. Tru­deau est plus à l’aise en an­glais qu’en fran­çais, mais il de­meure qu’il lui se­ra beau­coup plus fa­cile de rem­por­ter le dé­bat au Qué­bec si ses ad­ver­saires ne sont pas bi­lingues.

La si­tua­tion in­quiète dé­jà les ob­ser­va­teurs du Ca­na­da-an­glais qui font va­loir que les conser­va­teurs se­ront in­ca­pables de re­prendre le pou­voir sans le Qué­bec. Le Globe and Mail fai­sait va­loir, dans son édi­tion de lun­di, que Maxime Ber­nier est le seul can­di­dat qué­bé­cois sé­rieux, mais qu’il n’est pas ac­cep­té au Qué­bec. Se­lon le jour­nal, seul An­drew Scheer se­rait ca­pable de « se dé­brouiller » en fran­çais.

Se dé­brouiller, ça va pour com­man­der un re­pas au res­tau­rant, mais sans plus. Je vous pa­rie que RDI et LCN n’au­ront pas la pa­tience de dif­fu­ser le dé­bat du 17…

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