Zone de confort = zé­ro

Le Droit - - ARTS & SPECTACLES - RI­CHARD THERRIEN

Il y a des té­lé­réa­li­tés vides et in­utiles, et d’autres, dont on sort avec l’im­pres­sion d’avoir ap­pris quelque chose. Le lot du diable, qui com­mence jeu­di à 21 h à His­to­ria, est de la se­conde ca­té­go­rie. À la fa­çon des co­lons en Abi­ti­bi dans les an­nées 30, de va­leu­reux can­di­dats au­ront à s’ins­tal­ler sur une terre en pleine fo­rêt, sans eau cou­rante ni élec­tri­ci­té. Un seul d’entre eux met­tra la main sur le ma­got de 100 000 $.

Les huit can­di­dats sont di­vi­sés en deux co­lo­nies, celle de la ca­bane brû­lée et celle de la ca­bane de l’épi­nette. Ils doivent suivre les di­rec­tives de Louis Cham­pagne, qui agit comme ins­pec­teur de la co­lo­nie, et qui les sou­met à des dé­fis pas tou­jours évi­dents. À ces 8 can­di­dats s’ajou­te­ront de nou­veaux, jus­qu’à ce qu’ils soient 14, puis qu’on les éli­mine un à un pour qu’il n’en reste qu’un, le grand ga­gnant du lot du diable.

On s’en­tend qu’on est loin du luxe de l’hô­tel, mais j’ai été sur­pris que deux ca­banes, même mo­destes, soient dé­jà mises à la dis­po­si­tion des can­di­dats. La rai­son est simple : s’ils avaient dû construire la leur de toutes pièces, ils au­raient pas­sé tout le mois à cou­per des arbres, ce qui n’au­rait pas été in­té­res­sant pour la té­lé.

Un des spé­ci­mens les plus in­tri­gants s’ap­pelle Lu­cas. Il met­tra un cer­tain temps à avouer à ses co­équi­piers qu’il a quit­té Mon­tréal pour al­ler vivre dans la fo­rêt comme un homme des bois. À 23 ans, il vit de la na­ture, ce dont il rê­vait de­puis l’en­fance. Son idole : Tar­zan. Pas un être aso­cial puis­qu’il garde quand même con­tact avec ses amis de la ville, et a un compte Fa­ce­book. Il était même au lan­ce­ment de presse mer­cre­di der­nier. Pas simple tou­te­fois de com­bi­ner son sta­tut de nou­veau pa­pa avec son mode de vie par­ti­cu­lier. Dans la sé­rie, les autres le per­ce­vront comme une me­nace, sa­chant qu’il peut se dé­brouiller mieux que per­sonne.

Ju­lie, une coif­feuse de 30 ans de Saint-Vic­tor de Beauce, ap­pa­raît par­mi les plus co­lo­rés. Elle l’ad­met d’em­blée : elle prend de la place et risque d’en éner­ver cer­tains. En termes d’aga­ce­ment, je mi­se­rais plus sur Alain, un en­tre­pre­neur en élec­tri­ci­té de Re­pen­ti­gny, ma­cho et qui ne se laisse pas mar­cher sur les pieds. Quand son équipe dis­pose d’une pe­tite somme d’ar­gent à dé­pen­ser au ma­ga­sin gé­né­ral, le fu­meur en manque in­siste pour ache­ter du ta­bac. Ni­co­las, un étu­diant en agro­no­mie de Qué­bec, com­plè­te­ment lum­ber­sexual avec son look de cou­reur des bois, a tout à fait la tête de l’em­ploi. Mar­tin, un me­nui­sier et mu­si­cien ama­teur de Be­loeil, est le frère de Rick et Lu­lu Hu­ghes.

Quand j’ai vu qu’une par­ti­ci­pante avait 67 ans, je me suis dit qu’elle était cou­ra­geuse. Quand vous connaî­trez Lau­ra, pro­prié­taire d’un gîte tou­ris­tique en Gas­pé­sie, vous ra­va­le­rez vos idées pré­con­çues ; je ne ré­sis­te­rais pas cinq mi­nutes à cô­té d’elle. Ce pe­tit bout de femme est plus en forme que la plu­part d’entre nous, coupe du bois, plante des clous et fait tout ce que ses jeunes co­équi­piers peuvent faire.

Il faut sou­li­gner la réa­li­sa­tion ef­fi­cace de Da­vid Gau­thier et de Mé­la­nie Moi­san. J’ai eu beau­coup de plai­sir à voir les can­di­dats se dé­pê­trer avec le peu qu’on leur four­nis­sait. Au dé­part, l’en­traide et la col­la­bo­ra­tion priment sur les conflits et la com­pé­ti­tion. On ima­gine que ça chan­ge­ra en cours de route. On se plaint sou­vent, à rai­son, qu’His­to­ria parle de moins en moins d’his­toire, mais il y a réel­le­ment un vo­let pé­da­go­gique au Lot du diable, ap­por­té par di­vers per­son­nages qui rendent vi­site aux groupes. À mi-che­min entre la gen­tillesse et la sé­vé­ri­té, Louis Cham­pagne fait un ins­pec­teur de la co­lo­nie di­ver­tis­sant, qui sau­rait te­nir tête à Sé­ra­phin. Inu­tile de dire qu’entre les prises, l’ac­teur de Mi­nuit, le soir avait droit à un lo­gis douillet dans une pour­voi­rie, à quelques ki­lo­mètres.

Le tour­nage s’est éten­du sur un mois l’été der­nier, dans La­nau­dière. À peine trois jours de pluie, ce qui a mi­ni­mi­sé la pré­sence d’in­dé­si­rables mous­tiques. Deux in­fir­mières veillaient sur les can­di­dats à temps plein. Une seule bles­sure à si­gna­ler, un ac­ci­dent de hache su­bi par un co­mé­dien, qui s’est re­mis de­puis. Alors que les can­di­dats de Des­ti­na­tion Nor’ouest et La ruée vers l’or, les deux sé­ries de TFO et TVA, étaient da­van­tage lais­sés à eux­mêmes, l’équipe in­ter­vient dans le par­cours du Lot du diable, im­po­sant des dé­fis et des contraintes : la construc­tion d’un pont, d’un puits d’eau po­table, d’une ligne té­lé­pho­nique pour ap­pe­ler leurs proches. Rien à man­ger ? Tiens, une cou­leuvre fe­ra l’af­faire. Et gare à vous si le toit laisse pas­ser l’eau, votre équipe en paie­ra le prix tôt ou tard. On me­su­re­ra même la gé­né­ro­si­té des can­di­dats en leur en­voyant un va­ga­bond en quête d’un lo­gis.

Avec un bud­get de 2 mil­lions $, His­to­ria af­firme qu’il s’agit de sa plus im­por­tante pro­duc­tion à ce jour. Mais elle se­ra vite dé­pas­sée par la mi­ni­sé­rie Jean Bé­li­veau, qui elle, a coû­té un mil­lion par épi­sode. Les 10 épi­sodes d’une heure du Lot du diable se­ront dif­fu­sés si­mul­ta­né­ment à Sé­ries+, une autre chaîne de Co­rus.

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