Fe­de­rer maître en son royaume

Le Suisse dé­croche une hui­tième cou­ronne à Wim­ble­don

Le Droit - - LA UNE - HOWARD FENDRICH

— L’at­tente de Ro­ger Fe­de­rer pour un autre triomphe à Wim­ble­don est ter­mi­née.

Fe­de­rer a mis la main sur un hui­tième titre en car­rière au All En­gland Club et sur un 19e sacre à un tour­noi du Grand Che­lem di­manche, tout ça sans concé­der une seule manche en deux se­maines, grâce à une convain­cante vic­toire de 6-3, 6-1, 6-4 contre le Croate Ma­rin Ci­lic, en 1 h 41 mi­nutes.

Après un duel qui s’est avé­ré da­van­tage un cou­ron­ne­ment qu’un af­fron­te­ment, que Fe­de­rer a conclu avec son hui­tième as de la jour­née, l’in­cre­vable Suisse a le­vé les deux bras au ciel. En­vi­ron une mi­nute plus tard, as­sis près de la chaise de l’ar­bitre en chef, il a es­suyé des larmes qui cou­laient de ses yeux. Et c’est là qu’il a réa­li­sé que cette at­tente de cinq ans était en­fin ter­mi­née.

« Wim­ble­don a tou­jours été mon tour­noi pré­fé­ré, et le se­ra tou­jours. Mes idoles y ont mar­ché et joué sur les courts, ici. À cause d’eux, je pense être de­ve­nu un meilleur joueur, aus­si », a dé­cla­ré Fe­de­rer.

« D’écrire une page d’his­toire ici à Wim­ble­don a beau­coup d’im­por­tance, pour toutes ces rai­sons. C’est aus­si simple que ce­la. »

Dans les faits, l’is­sue du match n’a fait de doute que pen­dant en­vi­ron 20 mi­nutes, le temps que Fe­de­rer a né­ces­si­té pour prendre l’avance pour la pre­mière fois du match. Ci­lic n’a ja­mais réus­si à re­trou­ver les in­ti­mi­dants ser­vices et les com­pactes vo­lées qui l’avaient conduit vers sa seule conquête d’un tour­noi ma­jeur, aux In­ter­na­tio­naux des États-Unis de 2014. En cours de route, le Croate avait d’ailleurs cor­ri­gé Fe­de­rer en trois manches, en de­mi-fi­nale.

Cette fois-ci, Fe­de­rer ne lui en a pas don­né la chance et il a mis fin à sa di­sette sur la pres­ti­gieuse pe­louse de Londres, une pé­riode mar­quée par deux dé­faites en fi­nale face au Serbe No­vak Djo­ko­vic, en 2014 et en 2015.

Avec ce hui­tième titre en car­rière à Wim­ble­don, Fe­de­rer s’est dé­ta­ché de l’Amé­ri­cain Pete Sam­pras et du Bri­tan­nique William Ren­shaw. Sam­pras a mé­ri­té six de ses titres entre 1993 et 1999 et son sep­tième, en 2000. Ren­shaw a ré­col­té les siens du­rant les an­nées 1880, à une époque où le cham­pion de l’an­née pré­cé­dente n’avait be­soin que de jouer un seul match pour dé­fendre son titre.

OU­VER­TURE POUR CI­LIC

Sous un ciel cou­vert et par un temps plu­tôt frais, le pre­mier jeu a ré­vé­lé ce qui sem­blait être le plan de match de Ci­lic : at­ta­quer le re­vers de Fe­de­rer. Les cinq points de Ci­lic lors de ce jeu ini­tial ont d’ailleurs été le ré­sul­tat d’er­reurs du Suisse au re­vers. Par ailleurs, les trois points de Fe­de­rer ont été en­re­gis­trés à la suite de bourdes du Croate au coup droit.

Fe­de­rer a com­mis les deux pre­mières doubles fautes du match, une lors de cha­cun de ses deux pre­miers jeux au ser­vice. Et c’est en­core Fe­de­rer, et non Ci­lic, qui a fait face à une pre­mière balle de bris, au qua­trième jeu. Tou­te­fois, Ci­lic a ex­pé­dié un re­tour dans le fi­let et Fe­de­rer al­lait amor­cer une sé­quence de 17 points à son ser­vice.

Dès le jeu sui­vant, Fe­de­rer a bri­sé le ser­vice de Ci­lic pour se don­ner une avance de 3-2, ai­dé par trois er­reurs de son ri­val et un point de toute beau­té. Ci­lic a ten­té un amor­ti, Fe­de­rer a re­joint la balle et l’a re­tour­née avec un angle dif­fi­cile.

Ci­lic a ré­cu­pé­ré la balle à son tour, mais ce fai­sant il a chu­té per­met­tant à Fe­de­rer de réus­sir un coup ga­gnant au­quel ont bruyam­ment ré­agi les spec­ta­teurs.

Fe­de­rer a ajou­té un deuxième bris de ser­vice, ce­lui-là pour clore la pre­mière manche, à la suite d’une double faute de Ci­lic, qui a fra­cas­sé sa ra­quette contre sa chaise avant de chan­ger de cô­té. Il s’est en­suite as­sis et a cou­vert son vi­sage d’une ser­viette blanche.

Après que Fe­de­rer eut pris une avance de 3-0 au dé­but de la deuxième manche, Ci­lic n’a pu re­te­nir ses larmes pen­dant qu’il re­ce­vait la vi­site d’un mé­de­cin et d’un soi­gneur. À ce mo­ment par­ti­cu­lier, il était dif­fi­cile de sa­voir, exac­te­ment, de quoi souf­frait le Croate. Lors d’une sub­sé­quente pause mé­di­cale, un soi­gneur a re­pla­cé le ban­dage sur le pied gauche de Ci­lic.

Le Croate a ex­pli­qué que cette am­poule s’est ma­ni­fes­tée lors de son match de de­mi-fi­nale contre Sam Quer­rey ven­dre­di.

« C’est vrai­ment l’une de mes jour­nées les plus mal­heu­reuses, a com­men­té Ci­lic. J’ai per­du du fluide juste sous l’am­poule sur mon pied. (...) Chaque fois que je de­vais ré­agir ra­pi­de­ment – chan­ger ra­pi­de­ment de di­rec­tion – j’en étais in­ca­pable. »

Fe­de­rer avait bien vu quelque chose clo­chait chez son ri­val, mais igno­rait quoi, exac­te­ment.

« Parce que je ne sa­vais pas, je me suis dit “Concentre-toi sur ton jeu. Concentre-toi sur ton match. Conti­nue de jouer. La bonne chose, c’est que je dé­te­nais dé­jà l’avance. »

Au troi­sième set, Fe­de­rer a ins­crit le bris dont il avait be­soin lors du sep­tième jeu, pour rompre l’éga­li­té de 3-3, et il ne res­tait plus à sa­voir com­ment il met­trait fin au match. Il y est ar­ri­vé avec un as chro­no­mé­tré à 183 km/h.

Ce triomphe cou­ronne une re­mar­quable re­lance de la car­rière de Fe­de­rer, lui qui a lais­sé le court cen­tral de Wim­ble­don, il y a un an, en­va­hi par les doutes. Il s’était ren­du jus­qu’en de­mi-fi­nale, soit, mais pour la pre­mière fois de sa car­rière, le corps com­men­çait à vou­loir lâ­cher.

Qua­torze ans après son pre­mier triomphe, il ob­te­nait son hui­tième.

« La route a été longue », a re­con­nu Fe­de­rer.

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