LA «LOI GUERTIN» CONTES­TÉE

La conseillère De­nise La­fer­rière se tourne vers les tri­bu­naux.

Le Droit - - LA UNE - PA­TRICK DUQUETTE pdu­quette@le­droit.com

La ma­jo­ri­té des Ga­ti­nois est écoeu­rée d’en­tendre par­ler de la sa­ga Guertin. Et pour­tant, cer­tains élus, De­nise La­fer­rière en tête, s’acharnent à main­te­nir en vie la vieille contro­verse.

Avec son avo­cat Jean-Ca­rol Bou­cher, la conseillère mu­ni­ci­pale es­père dé­mon­trer que le pro­jet de loi pri­vé 227 qui donne le feu vert au pro­jet du nouveau Guertin est… illé­gal.

Et bien, bonne chance ! Me Bou­cher au­ra be­soin de tous ses ta­lents de plai­deur pour convaincre un juge d’in­va­li­der une pièce lé­gis­la­tive adop­tée et même ap­plau­die, pas plus tard que le mois der­nier, par les dé­pu­tés de l’As­sem­blée na­tio­nale.

Oui, on peut lé­gi­ti­me­ment contes­ter le che­min tor­tueux choi­si par l’ad­mi­nis­tra­tion du maire Maxime Ped­neaud-Jo­bin pour faire abou­tir le dos­sier Guertin qui traî­nait de­puis plus de dix ans.

D’ailleurs, Mme La­fer­rière et les autres élus op­po­sés au maire ne s’en privent pas. Ils lui ont abon­dam­ment re­pro­ché l’uti­li­sa­tion du huis clos et le choix d’un partenaire sans ap­pel d’offres. Et ce sont des cri­tiques tout à fait va­lables.

Mais je se­rais éton­né qu’on trouve une faille lé­gale dans le pro­jet de loi pri­vé 227, qui consent jus­te­ment à faire une ex­cep­tion aux règles ha­bi­tuelles pour Ga­ti­neau.

Il faut se rap­pe­ler que la Ville de Ga­ti­neau a conçu cette pièce lé­gis­la­tive en étroite col­la­bo­ra­tion avec les avo­cats du mi­nis­tère des Af­faires mu­ni­ci­pales.

Les pro­cu­reurs des deux par­ties ont tra­vaillé en­semble du dé­but à la fin. On peut pa­rier que la lé­ga­li­té du pro­jet de loi a été vé­ri­fiée plu­tôt deux fois qu’une afin d’évi­ter toute mauvaise sur­prise.

En fait, il est à ce point dou­teux qu’on trouve une ir­ré­gu­la­ri­té dans le pro­jet de loi qu’on peut se de­man­der ce qui se cache réel­le­ment der­rière la dé­marche en­tre­prise par Mme La­fer­rière.

Parce que tout en ac­cu­sant le maire Ped­neaud-Jo­bin de man­quer de trans­pa­rence, tant Mme La­fer­rière que Me Bou­cher re­fu­saient lun­di de dire qui fi­nance leur croi­sade de­vant les tri­bu­naux.

Ils ad­mettent tou­te­fois que la Corporation des en­tre­pre­neurs gé­né­raux du Qué­bec (CEGQ) est as­so­ciée à leur dé­marche. Or l’CEGQ a dé­non­cé avec vi­gueur le pro­jet de loi pri­vé 227 en com­mis­sion par­le­men­taire, en juin der­nier.

D’ailleurs, plu­sieurs des ar­gu­ments avan­cés lun­di par Mme La­fer­rière et Me Bou­cher re­prennent les pré­oc­cu­pa­tions de l’CEGQ, no­tam­ment en ce qui a trait à l’ab­sence d’ap­pels d’offres et les al­lu­sions ré­pé­tées à la col­lu­sion mise au jour à la com­mis­sion Char­bon­neau.

Encore une fois, ce sont des en­jeux lé­gi­times. Mais si Mme La­fer­rière agit comme porte-pa­role de l’CEGQ, qu’elle le dise clai­re­ment.

À moins que cet achar­ne­ment ne vise sur­tout à gar­der le dos­sier Guertin en vie as­sez long­temps pour qu’il de­vienne un en­jeu lors de la cam­pagne à la mai­rie de Ga­ti­neau, l’au­tomne pro­chain.

C’est une stra­té­gie qui pour­rait pro­fi­ter aux ad­ver­saires du maire sor­tant. Les can­di­dats à la mai­rie De­nis Tas­sé et Syl­vie Go­neau se plaisent à ré­pé­ter que le maire Ped­neaud-Jo­bin a ca­ché des choses au reste du conseil mu­ni­ci­pal dans ce dos­sier.

Main­te­nant, il faudra voir s’il est encore pos­sible d’ex­traire du jus élec­to­ral de la sa­ga Guertin, un ci­tron qui a été pres­sé, et pres­sé encore au cours des der­nières an­nées. Les gens ont juste hâte de tour­ner la page une fois pour toutes sur cet épi­sode peu ins­pi­rant de leur petite his­toire.

Tant Mme La­fer­rière que Me Bou­cher re­fu­saient lun­di de dire qui fi­nance leur croi­sade de­vant les tri­bu­naux.

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