Saint Apol­li­naire, priez pour nous...

Le Droit - - ACTUALITÉS - GIL­BERT LA­VOIE CHRO­NIQUE Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Peur, pré­ju­gés, ra­cisme ou in­to­lé­rance : peu im­porte les mo­tifs à la base du re­fus de l’im­plan­ta­tion d’un ci­me­tière mu­sul­man à Saint-Apol­li­naire, les ré­sul­tats de ce ré­fé­ren­dum ne donnent pas une bonne image au Qué­bec. Même le Globe and Mail de To­ron­to s’est in­té­res­sé à cette his­toire il y a 10 jours, ten­tant d’ex­pli­quer les cir­cons­tances d’un aus­si gros dé­bat pour une par­celle de ter­rain dans une si petite mu­ni­ci­pa­li­té.

Le re­jet de ce pro­jet de ci­me­tière est un triste cha­pitre dans nos re­la­tions avec la com­mu­nau­té mu­sul­mane, qui nous avait tou­chés dans sa tris­tesse et sa di­gni­té en jan­vier à la suite de l’at­ten­tat à la Grande Mos­quée de Qué­bec. Après un tel échec, c’est à nos élus mu­ni­ci­paux et pro­vin­ciaux qu’il ap­par­tient de trou­ver une so­lu­tion. Après tout, Phi­lippe Couillard, Ré­gis La­beaume et De­nis Co­derre avaient pro­non­cé de belles pa­roles de so­li­da­ri­té et de com­pas­sion à la suite de ce drame.

Il ne faut pas grand-chose pour at­ti­ser les pas­sions et di­vi­ser les peuples. Il a suf­fi du code de vie d’un pe­tit vil­lage mé­con­nu, Hé­roux­ville, en 2007, pour créer une tem­pête mé­dia­tique à l’échelle de toute la pro­vince.

Dans le cas de Saint-Apol­li­naire, il ne s’agis­sait que d’un ci­me­tière. Pour­tant, qu’y a-t-il de plus calme et de plus pai­sible qu’un tel en­droit? Et qu’y a-t-il de plus nor­mal que de vou­loir être en­ter­ré dans un en­droit au­quel on peut s’iden­ti­fier pour des rai­sons per­son­nelles ou re­li­gieuses?

Vous êtes-vous po­sé la ques­tion? À quel en­droit vou­lez-vous que l’on dis­pose de votre dé­pouille ou de vos cendres après votre décès? Faites l’exer­cice si vous n’avez ja­mais ré­flé­chi à cette ques­tion… Vous vou­lez être in­ci­né­ré? Mais que fe­ra-t-on de vos cendres? Les en­voyer au même ci­me­tière qui a ac­cueilli vos pa­rents ou d’autres membres de votre fa­mille? Les re­tour­ner dans votre région na­tale? Les dis­sé­mi­ner dans le fleuve ou dans le Grand Nord? Les conser­ver dans une urne au-des­sus du foyer dans le sa­lon de vos en­fants? Je vous mets au dé­fi de me four­nir la ré­ponse. Votre ré­ponse…

Je suis né à Ri­mous­ki, j’ai des pa­rents dans le lot d’un ci­me­tière à un ki­lo­mètre de la ferme où j’ai été éle­vé. Bel en­droit pour aller dor­mir pour l’éter­ni­té. Mais non, la vie m’a ame­né ailleurs et je ne sais pas encore quoi faire de mes restes à la fin du grand voyage. Je ne sais pas, mais j’ai bien l’in­ten­tion de choi­sir. Parce que la vie, c’est im­por­tant, mais la mort aus­si. Voi­là pour­quoi il est im­pen­sable qu’on ne puisse trou­ver un lieu pour le der­nier re­pos de nos conci­toyens d’ori­gine mu­sul­mane. Ils sont ve­nus de très loin. Il est cruel de les condam­ner à re­tour­ner dans leur pays pour y trou­ver un ci­me­tière qui ré­ponde à leurs sou­haits. Et il est triste de voir qu’on a lais­sé à une petite poi­gnée de gens le soin de dé­ci­der pour tout le Qué­bec de la fa­çon d’ac­com­mo­der cette com­mu­nau­té.

J’uti­lise dé­li­bé­ré­ment le mot «ac­com­mo­der» parce qu’il ne s’agit pas des ac­com­mo­de­ments qui ont tel­le­ment fait contro­verse au Qué­bec de­puis Hé­roux­ville. Il s’agit d’uti­li­ser un pe­tit lot qué­bé­cois dans un ter­ri­toire im­men­sé­ment grand, pour ac­cueillir, avec respect et ami­tié, les membres d’une com­mu­nau­té qui y a droit.

Que di­rait Saint-Apol­li­naire de Ra­venne des ré­sul­tats de ce ré­fé­ren­dum dans un ter­ri­toire bap­ti­sé à son nom? Lui qui vint d’An­tioche à Rome avec saint Pierre, qui fut en­voyé à Ra­venne pour y prê­cher la foi, et qui fut mar­ty­ri­sé à cause de sa foi? Peut-être qu’il prie­rait pour nous et qu’il nous en­sei­gne­rait une plus grande ou­ver­ture aux autres.

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