Fier­té to­ron­toise

Le Droit - - SPORTS - SYLVAIN ST-LAURENT CHRO­NIQUE sst­laurent@le­droit.com

Une ma­rée bleue. Il n’y a pas d’autres fa­çons de dé­crire la scène.

Le road trip fa­mi­lial des va­cances d’été 2017 nous avait me­nés à To­ron­to. La prin­ci­pale ac­ti­vi­té à l’ho­raire, ce jour-là, était une vi­site de l’Aqua­rium Ri­pley du Ca­na­da. L’aqua­rium est si­tué à un jet de pierre du Ro­gers Centre. Pour y ac­cé­der, il fal­lait donc se frayer un che­min dans la dense ma­rée bleue.

C’était le di­manche 9 juillet. Les Blue Jays s’ap­prê­taient à dis­pu­ter leur der­nier match avant la pause des étoiles. Il était en­vi­ron 10 h. Trois bonnes heures avant le pre­mier lan­cer, il pou­vait fa­ci­le­ment y avoir 10 000 fans vê­tus de bleu dans les en­vi­rons du stade.

Je sa­vais que les Jays avaient la cote. Je ne sa­vais pas que la fièvre avait re­pris à ce point-là.

Je vous ra­conte tout ça, alors que je re­dé­marre la ma­chine, parce qu’il pa­raît que c’est un pro­blème. Le lun­di 10 juillet, dans le ré­pu­té Globe and Mail, un col­lègue co­lum­nist trou­vait le moyen de s’en plaindre.

Les Jays, voyez-vous, ont en­cais­sé une dé­ge­lée de 19-1 dans leur der­nière par­tie avant la pause. Un match af­freux, dis­pu­té dans un stade rem­pli à cra­quer. Le col­lègue du Globe trou­vait dé­plo­rable qu’une grande par­tie des 46 622 spec­ta­teurs oc­cu­paient tou­jours leurs sièges quand la neu­vième manche a dé­bu­té. Le pro­blème, a-t-il écrit, c’est qu’ils vont re­ve­nir. Même si le club de John Gib­bons conti­nue de perdre.

En tout respect, je crois qu’il n’a pas tout com­pris.

En cet été mo­rose, les Blue Jays ne vendent pas né­ces­sai­re­ment que des vic­toires et la pers­pec­tive d’une course au cham­pion­nat.

Les Jays vendent peut-être quelque chose de dif­fé­rent, quelque chose de plus grand, quelque chose de du­rable. Ils vendent peut-être un sen­ti­ment d’ap­par­te­nance. Une fier­té de por­ter le maillot. Une fier­té to­ron­toise.

Il se passe clai­re­ment quelque chose d’in­té­res­sant chez nos voi­sins. Parce que la même ma­rée bleue s’est ré­pan­due sur Maple Leaf Square, le prin­temps der­nier, au pre­mier tour des sé­ries éli­mi­na­toires de la coupe Stan­ley.

La cou­leur de la ma­rée im­porte peu. Quand les di­ri­geants des Rap­tors dé­ploient une gi­gan­tesque ban­nière rouge sur la­quelle il est écrit « We The North » à l’ex­té­rieur du Air Ca­na­da Centre, on sent que la même fier­té to­ron­toise se dé­ploie. On pour­rait étendre cette fier­té jus­qu’à BMO Field, où le To­ron­to FC se main­tient par­mi les trois clubs les plus po­pu­laires de la MLS.

On fe­ra abs­trac­tion des Ar­go­nauts, qui forment l’ex­cep­tion à la règle. Ils fe­ront peut-être l’ob­jet d’une autre chro­nique.

Je vous écris tout ça parce que l’image de la ma­rée bleue m’a trot­té dans la tête tout au long de mes (courtes) va­cances. Je ne peux pas m’em­pê­cher d’en­vier To­ron­to. Je me dis que les di­ri­geants des clubs spor­tifs d’Ot­ta­wa pour­raient ap­prendre à tra­vailler da­van­tage pour s’en ins­pi­rer.

Je me sou­viens de ma pre­mière vraie dis­cus­sion avec la nouveau pré­sident des Sé­na­teurs, Tom An­sel­mi, au dé­but du mois de fé­vrier. Quelques jours après son en­trée en poste, il cher­chait encore ses points de re­père, mais il m’avait dé­cla­ré ce­ci :

« Nous ne sommes pas à Mon­tréal, nous ne sommes pas à To­ron­to. Nous sommes coin­cés en sand­wich entre deux géants de notre sport. J’aime ça. Nous avons l’oc­ca­sion de nous dis­tin­guer. Nous ne pou­vons pas être aus­si gros, mais nous pou­vons de­ve­nir tout aus­si bons. Nous pou­vons in­car­ner Ot­ta­wa, notre pays, le ho­ckey, de fa­çon très cré­dible. Ça m’al­lume. »

C’était une belle en­trée en ma­tière. Ça lais­sait pré­sa­ger de belles choses.

Cinq mois plus tard, ça reste une belle déclaration. Les ap­pli­ca­tions concrètes se font at­tendre.

Le road trip de 2017 a éga­le­ment me­né mon clan à Rouyn-No­ran­da. Les Hus­kies m’ex­cu­se­ront de m’être fau­fi­lé par la porte de l’aré­na Iam­gold qui était res­tée en­treou­verte.

En ré­no­vant leur vieux buil­ding, il y a quelques an­nées, les di­ri­geants de l’or­ga­ni­sa­tion ont choi­si de faire beau­coup de place aux gloires lo­cales. Des photos d’an­ciens pros ori­gi­naires de l’Abi­ti­bi ornent les murs. C’est réus­si.

Je pour­rais conclure cette chro­nique en sug­gé­rant aux Olym­piques de s’en ins­pi­rer quand vien­dra le temps de dé­co­rer leur nou­vel am­phi­théâtre. Ce ne se­ra pas né­ces­saire. Les gens de VMSO s’en char­ge­ront, j’en suis cer­tain.

COMPTE FA­CE­BOOK DES BLUE JAYS — PHO­TO TI­RÉE DU

Les Blue Jays de To­ron­to tiennent chaque été un Fes­ti­val pour ses par­ti­sans. Le Fri­day Fan Fes­ti­val avait lieu le ven­dre­di 7 juillet cette an­née.

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