Vive la reine des neiges

Le Droit - - LA UNE - PA­TRICK DUQUETTE pdu­quette@le­droit.com

Quand j’ai vu la nou­velle dans mon jour­nal, je me suis dit : oh non, pas en­core… Mais oui, Jean-Paul Per­reault re­lance sa croi­sade pour faire dé­bap­ti­ser la rue Am­herst à Ga­ti­neau.

Et nous voi­là sans doute re­par­tis pour un autre dé­bat hy­po­crite, à grands coups de dé­cla­ra­tions pom­peuses et mo­ra­li­sa­trices du pré­sident d’Im­pé­ra­tif fran­çais.

La pre­mière fois que le dé­bat a fait rage, c’était en 2011, JeanPaul Per­reault et sa bande ont mo­bi­li­sé les séances pu­bliques du conseil mu­ni­ci­pal pen­dant des mois pour faire dé­bap­ti­ser la rue.

Et quand le conseil mu­ni­ci­pal a fi­na­le­ment dé­ci­dé, avec sa­gesse, de main­te­nir le sta­tu quo, Jean-Paul Per­reault, tel un cu­ré du haut de sa chaire, a dé­cla­ré que ce n’était rien de moins que le « Jour de la honte » à Ga­ti­neau. Et que tous ceux qui ne pensent pas comme lui pé­ris­sent en en­fer !

À la li­mite, je m’en fiche un peu du sort de la rue Am­herst.

Si ça dé­range tant que ça des gens qu’une rue rap­pelle le sou­ve­nir d’un sombre per­son­nage de notre his­toire, et bien qu’on la re­bap­tise avec un nom in­si­gni­fiant comme l’Ave­nue de la Reine-des-Neiges ou la rue Cen­drillon. Les âmes sen­sibles pour­ront dor­mir en paix.

D’ailleurs, je soup­çonne JeanPaul Per­reault de s’en fi­cher au­tant que moi. Et c’est bien ce qui m’énerve le plus dans cette af­faire.

Lorsque j’en­tends Jean-Paul Per­reault se dra­per dans la ver­tu et s’in­di­gner de ce que Ga­ti­neau ho­nore en­core la mé­moire de l’« in­fâme » général Am­herst, je ne crois pas une se­conde en sa sin­cé­ri­té.

Quand il re­lit l’his­toire du XVIIIe siècle à la lueur des va­leurs du XXIe siècle, quand il parle d’Am­herst comme d’un « gé­no­ci­daire » et d’un « cri­mi­nel de guerre » (deux termes qui n’exis­taient même pas à l’époque où le général anglais a vé­cu !), je vois sur­tout un homme qui cherche un pré­texte pour faire de la ré­cu­pé­ra­tion po­li­tique et at­ti­rer l’at­ten­tion sur son mou­ve­ment.

J’y vois un op­por­tu­niste qui pro­fite de ce que le maire De­nis Co­derre pro­met de chan­ger le nom de la rue Am­herst à Mon­tréal (sous le pré­texte de la ré­con­ci­lia­tion avec les au­toch­tones) pour re­lan­cer le dé­bat à Ga­ti­neau.

Tout ça se pro­duit, comme par ha­sard, à la veille des élections mu­ni­ci­pales, alors que M. Per­reault sait très bien que l’ac­tuel maire Maxime Ped­neaud-Jo­bin, qui tente de se faire ré­élire, était de la poi­gnée de conseillers fa­vo­rables à un chan­ge­ment de nom en 2011.

Si c’était juste de moi, je ne chan­ge­rais rien. Je gar­de­rais le nom de la rue Am­herst. Parce que le de­voir de mé­moire m’im­porte plus que la mo­rale du jour. Je suis al­ler­gique au ser­mon des cu­rés.

Sur­tout, je trouve qu’une so­cié­té perd quelque chose d’in­es­ti­mable quand elle dé­bou­lonne ses vieilles sta­tues et ne rem­place pas les plaques his­to­riques vo­lées dans ses parcs. Même si le général Jef­frey Am­herst était une or­dure de la pire es­pèce, il fait tout de même par­tie de notre his­toire col­lec­tive et il ne nous sert à rien de le nier.

Ces jours-ci, on dé­bou­lonne à toute vi­tesse les sta­tues et on re­bap­tise des bâ­ti­ments. Tout ça au nom d’une cer­taine rec­ti­tude po­li­tique et d’une vi­sion tron­quée du pas­sé. On ré­écrit l’his­toire à la fa­çon de Dis­ney en bif­fant tout ce qui dé­passe et porte à la contro­verse. Tant pis pour le de­voir de mé­moire. Et vive la reine des neiges.

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