KAÏN EMBRASSE SA SÉ­RÉ­NI­TÉ RE­TROU­VÉE

Le Droit - - CAHIER DES ARTS - YVES BERGERAS yber­ge­ras@le­droit.com

Pour Kaïn, al­ler à la ren­contre de son pu­blic, ce n’est pas seule­ment un pas res­pec­tueux : c’est une étape fon­da­men­tale de la vie du band.

« C’est la base du pro­jet de Kaïn, c’est dans son em­bryon, parce que toute notre ins­pi­ra­tion vient des gens, vient de la route et des belles ren­contres que nous y fai­sons de­puis ces 16 der­nières an­nées. c’est vrai­ment ça notre école de mu­sique. Et quelle meilleure rai­son que ces ren­contres [existe-t-il] pour s’en­tê­ter en­core à faire des al­bums en­semble ? », lance le chan­teur Steve Veilleux.

Les membres de Kaïn s’ap­prêtent à lan­cer leur nou­vel al­bum – Wel­come Bon­heur, le 6e de la bande – mer­cre­di 20 sep­tembre à Ga­ti­neau, après avoir fait la même chose à Drum­mond­ville (leur fief), Mon­tréal, Qué­bec puis Trois-Ri­vières, et juste avant de s’en­li­gner pour Sher­brooke deux jours plus tard.

Ce qui fas­cine Steve Veilleux, c’est « la loyau­té par­ti­cu­liè­re­ment tou­chante » de leurs ad­mi­ra­teurs. « Et Ga­ti­neau fait par­tie de­puis le dé­but de notre pe­tite et longue his­toire à la fois. On y a eu de très beaux mo­ments en fes­ti­vals, que ce soit aux Mont­gol­fières ou dans les en­vi­rons, d’Ayl­mer à Bu­ckin­gham. Je crois que c’est [en Ou­taouais] qu’on est mon­tés sur nos pre­mières grandes scènes. Et puis nos concerts à la salle Odys­sée [quelques an­nées plus tard] sont res­tés gra­vés dans notre disque dur col­lec­tif », pré­cise le chan­teur, pour qui « ça al­lait de soi que la belle ré­gion de Ga­ti­neau al­lait être de la fête », in­cluse dans cette sé­rie de lan­ce­ments au cours des­quels la bande joue le disque dans son in­té­gra­li­té.

Pré­vu au Mi­no­taure, ce lan­ce­ment ga­ti­nois af­fiche dé­jà com­plet... signe que la fièvre Kaïn a ins­tan­ta­né­ment re­pris, si­tôt la mise en mar­ché es­ti­vale du pre­mier ex­trait, Comme un

bum – « qui a re­çu un bel ac­cueil » constate Veilleux.

NOU­VEAU RÉA­LI­SA­TEUR

Il faut dire que le qua­tuor a un peu for­cé les fans à tra­vailler sur leur pa­tience : le disque est prêt de­puis presque un an. L’al­bum a été réa­li­sé par Éloi Pain­chaud – qui est pra­ti­que­ment « de­ve­nu le cin­quième » lar­ron du qua­tuor, ob­serve Steve Veilleux en s’ex­cu­sant du « cli­ché ».

« Éloi, c’est vrai­ment un gars de bande, et on te­nait ab­so­lu­ment à tra­vailler avec lui. C’est pour ça qu’on est ren­trés si tôt en stu­dio », seule fa­çon d’ac­com­mo­der les ho­raires char­gés des uns et de l’autre.

NOU­VEAU SON

« Éloi nous a per­mis de rap­per notre son », es­time Veilleux, en men­tion­nant leur grande ap­pré­cia­tion com­mune pour les so­no­ri­tés des an­nées 70.

« En stu­dio, on a écou­té beau­coup de Tom Pet­ty et de Eagles, mais l’idée, c’était pas de re­pro­duire ou re­co­pier tex­tuel­le­ment les ar­ran­ge­ments vo­caux – de toute fa­çon, qui ose­rait ? – mais de re­trou­ver l’es­prit de l’époque, la fa­çon de faire des prises de son, les cra­que­ments, l’écho des B-3 [orgues Ham­mond, NDLR], les [ajouts de choeurs] dans les re­frains, le cô­té tan­tôt un peu plus rock ‘n’ roll, tan­tôt plus tou­chant, in­tros­pec­tif ou épu­ré... Tout ça, c’était des ave­nues qu’on avait peu ex­plo­rées, et où Éloi nous a ame­nés. » Wel­come Bon­heur a été en­re­gis­tré en oc­tobre 2016. « On s’est en­ca­ba­nés, on s’est payé la traite : ç’a été un gros par­ty mu­si­cal, fait dans une belle sé­ré­ni­té. » La­quelle a d’ailleurs « don­né le titre de l’al­bum ». Car après avoir pris le par­ti de

Pleu­rer pour rire (son der­nier al­bum, pa­ru en 2013), Kaïn af­fiche au­jourd’hui sa vo­lon­té d’ac­cueillir à bras ou­verts une sé­ré­ni­té qui n’a pas tou­jours fait par­tie de son ADN, mal­gré les chan­sons fes­tives. La bande a ac­cep­té qu’il ne ser­vait à rien de se battre contre « le bien-être et la re­con­nais­sance qu’on vit en ce mo­ment, tant à titre per­son­nel que col­lec­ti­ve­ment, en tant que band ».

« Le mixage a été ache­vé un mois plus tard, re­trace le chan­teur. «Mais ça fait des mois qu’on se le ré­ap­pro­prie et qu’on fait des re­touches. En fait, on re­touche tout, sans ar­rêt : les photos, les pistes, les mix... Ça ne sert à rien de se men­tir, des mu­si­ciens réunis en­semble, avec beau­coup trop de temps sur les bras, c’est ça que ça donne, pour­suit-il en s’es­claf­fant de rire. Le peau­fi­nage est tou­te­fois me­su­ré : «On fait at­ten­tion de ne pas se perdre», ajoute-t-il en re­pre­nant son sé­rieux.

Les quatre gars ont «pro­fi­té de ces quelques mois pour ame­ner l’al­bum exac­te­ment là où on le vou­lait». Reste qu’«il était temps qu’on le sorte. On a très hâte de le par­ta­ger avec le monde !»

NOU­VEAU MEMBRE

La fé­bri­li­té de Veilleux vient aus­si du fait que Kaïn est à un «tour­nant» de son exis­tence. Le qua­tuor a chan­gé de pro­fil.

En avril der­nier, le gui­ta­riste Pa­trick Le­mieux a quit­té le na­vire. Pas en cla­quant la porte, mais tout de même pour des rai­sons de di­ver­gences de pers­pec­tives quant à l’ave­nir de la bande, au ni­veau d’im­pli­ca­tion et de sa­cri­fices que ce­la al­lait re­pré­sen­ter, laisse en­tendre Steve Veilleux, en sou­li­gnant que l’ex-col­lègue a tout de même par­ti­ci­pé «en to­ta­li­té» à l’enregistrement du disque. En «conden­sant» les sources de fric­tion, les se­maines pas­sées en­semble en stu­dio ont consti­tué «le point culmi­nant» qui a per­mis à tous de réa­li­ser qu’«il fal­lait prendre une dé­ci­sion».

Les trois an­ciens – Eric Ma­heu à la basse, Ya­nick Blan­chette der­rière la bat­te­rie et Steve Veilleux à la gui­tare et au mi­cro – se sont donc ad­joint une nou­velle re­crue, John An­tho­ny Ga­gnon Ro­bi­nette, qui s’est em­pa­ré de la deuxième gui­tare. «John An­tho­ny était notre pre­mier choix, sur notre courte liste. On l’avait vu jouer dans un fes­ti­val en Gas­pé­sie, avec un su­per band coun­try et une éner­gie conta­gieuse.»

En le ren­con­trant en per­sonne, par après, les gars de Kaïn avaient ins­tan­ta­né­ment apprécié «la per­son­na­li­té, le contact hu­main et l’échange mu­si­cal» du jeune gui­ta­riste, ain­si que «son vé­cu, as­sez ex­cep­tion­nel pour un jeune de 26 ans». La tran­si­tion s’est donc faite en dou­ceur, «avec un na­tu­rel as­sez dé­con­cer­tant», s’étonne en­core Steve Veilleux.

«Il reste très humble et très groun­dé, alors qu’il pour­rait s’en­fler la tête, en étant pa­ra­chu­té là. Et ce qui nous fait du bien, à nous autres, c’est le coup de pied aux fesses qu’il amène, avec sa drive. Il nous rap­pelle la re­con­nais­sance et la fougue de nos dé­buts. C’est un vent de fraî­cheur, un re­gard ex­té­rieur qui nous fait vrai­ment du bien, tant dans le ca­mion de tour­née que quand on prend un ca­fé en­semble.»

— PHOTO COURTOISIE

Eric Ma­her, Ya­nick Blan­chette, Steve Veilleux et John An­tho­ny Ga­gnon Ro­bi­nette se­ront de pas­sage au Mi­no­taure pour un spectacle à gui­chets fer­més le 20 sep­tembre.

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