Sé­jour douillet à l’orée de la na­ture

Le Droit - - VOYAGES - VIOLAINE BALLIVY

PORT SEVERN, On­ta­rio — On ne va pas à Port Severn pour le dy­na­misme de ce vil­lage du nord de l’On­ta­rio. C’est tout juste si on y trouve une épi­ce­rie, un bu­reau de poste et un ca­fé dans son centre-ville qui n’en est pas tout à fait un, de ceux qu’on tra­verse en quelques en­jam­bées à peine sans même s’en rendre compte.

Non, si l’on vient ici, c’est pour se cou­per du brou­ha­ha de la ville, et les pro­prié­taires hô­te­liers l’ont bien sai­si en pro­po­sant es­sen­tiel­le­ment des es­ca­pades en nid douillet aux tra­vailleurs de To­ron­to — à 90 mi­nutes de voi­ture de là — et aux aven­tu­riers de la baie Geor­gienne qui, après quelques nui­tées en cam­ping ou en cha­let rus­tique, rêvent d’un peu de confort.

Port Severn est né au dé­but du XIXe siècle, pro­pul­sé par le dé­ve­lop­pe­ment du mou­lin Ch­ris­tie, où l’on dé­taillait les im­menses pins blancs abat­tus dans les vastes fo­rêts de la ré­gion, puis trans­por­tés jus­qu’ici au gré des ri­vières.

La ville de tra­vailleurs est de­ve­nue une ville de re­pos quand les mou­lins ont ces­sé leur ac­ti­vi­té, au XXe siècle, et qu’il a fal­lu cher­cher un nou­veau souffle éco­no­mique au pa­te­lin.

Le Rawley Re­sort est l’un des plus ré­cents éta­blis­se­ments du sec­teur, même si ses ori­gines re­montent aux an­nées 20. C’est ici qu’Ed­gar Ot­to Raw­son et James Gaw­ley, res­pec­ti­ve­ment in­gé­nieur et em­ployé du mou­lin Ch­ris­tie, bâ­tirent en 1922 un vaste cha­let pour leurs par­ties de pêche (c’est en com­bi­nant leurs deux pa­tro­nymes qu’ils ob­tien­dront le nom de Rawley). Usé, dé­lais­sé, le lodge se­ra fi­na­le­ment re­bâ­ti en 2005 en ver­sion plus luxueuse, avec des ins­tal­la­tions ré­par­ties en plu­sieurs pa­villons et un jar­din des plus agréables.

Les chambres pro­po­sées y sont des plus spa­cieuses : un grand sa­lon dou­blé d’un coin cui­sine com­plet — oui, avec de vrais verres et un tire-bou­chon, d’au­tant plus pra­tique qu’il y a une pe­tite suc­cur­sale de la Ré­gie des al­cools de l’On­ta­rio (LCBO) à deux mi­nutes de l’hô­tel — et un foyer élec­trique, tel­le­ment moins char­mant qu’un vrai, mais tout de même plus ra­pide à al­lu­mer.

Il faut dire que c’est la na­ture qu’on ap­pré­cie le plus ici et, du même coup, tous les at­tri­buts de l’hô­tel qui nous per­mettent d’en pro­fi­ter le plus pos­sible. Comme cette ré­plique d’un phare — à l’ar­chi­tec­ture qui nous laisse un peu du­bi­ta­tifs —, mais en haut de la­quelle on pro­fi­te­ra de vues ma­gni­fiques sur la ré­gion, en­tre­lacs de ri­vières et de fo­rêts de pins blancs. Belle idée, aus­si, que la salle ins­tal­lée un étage plus bas, dite « aux mi­roirs », de ceux tous ronds rap­pe­lant les hu­blots d’un na­vire, qu’on a rem­plie de livres et de ma­ga­zines pour in­ci­ter au far­niente. Tant que le temps le per­met, on pro­fi­te­ra aus­si des nom­breuses chaises Mus­ko­ka ins­tal­lées sur le bord de l’eau ou au­tour d’un feu.

Ré­so­lu­ment axé sur le bien-être, l’hô­tel pro­pose aus­si un ser­vice de soins qu’il fau­dra tou­te­fois payer en sup­plé­ment, et la note peut vite grim­per pour un sé­jour qui est dé­jà ré­ser­vé aux por­te­feuilles plus gar­nis.

Au res­tau­rant, le me­nu est in­vi­tant, plus ac­tuel que ceux gé­né­ra­le­ment pro­po­sés dans ce genre d’en­droit, avec des op­tions vé­gé­ta­riennes qui ne font pas of­fice de simple mal né­ces­saire ; la carte des vins pro­pose une sé­lec­tion de crus on­ta­riens in­té­res­sants. Le pe­tit­dé­jeu­ner est plus dé­ce­vant, ba­nal, et à ce prix, on au­rait ap­pré­cié ob­te­nir au moins un cap­puc­ci­no in­clus.

N’em­pêche qu’on y pas­se­ra un jo­li mo­ment, sur­tout après une es­ca­pade plus rus­tique dans la na­ture si belle des en­vi­rons.

— VIOLAINE BALLIVY, LA PRESSE.

Dor­mir ailleurs. Rawley Re­sort, Port Severn, On­ta­rio.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.