Portes ou­vertes à la mos­quée de Ga­ti­neau

Le Droit - - ACTUALITÉS - JACQUES-NOR­MAND SAU­VÉ jn­sauve@le­droit.com

Le Centre is­la­mique de l’Ou­taouais, de la rue Lois dans le sec­teur Hull, te­nait sa se­conde jour­née portes ou­vertes, sa­me­di. L’ob­jec­tif : dé­mys­ti­fier et dé­cloi­son­ner la com­mu­nau­té mu­sul­mane et la rendre moins oc­culte et plus ac­ces­sible.

La pre­mière édi­tion de cette ini­tia­tive s’était dé­rou­lée l’an der­nier, en­vi­ron deux mois après l’at­ten­tat de Qué­bec. La com­mu­nau­té mu­sul­mane d’Ot­ta­wa-Ga­ti­neau s’était alors ré­veillée, stu­pé­faite, en n’y croyant pas vrai­ment, confie au Droit l’imam Ah­med Li­mane. Sa com­mu­nau­té avait tou­jours vé­cu avec la cer­ti­tude que rien ne pou­vait la me­na­cer au Canada.

« Après les at­ten­tats, il y avait de l’in­quié­tude et un sen­ti­ment de peur, de confu­sion. À un mo­ment don­né, on ne croyait pas ce qu’on en­ten­dait parce que ça, ça ar­rive dans des pays qui ne sont pas de droit. [...] Quand on a su que c’était vrai, on a pris nos pré­cau­tions pour as­su­rer notre sé­cu­ri­té. Et en même temps, oui, il y a eu ce sen­ti­ment de peur et de tris­tesse. Mais en­core une fois, ce qui est ar­ri­vé n’est pas re­pré­sen­ta­tif du Qué­bec que je connais », ra­conte l’imam de la mos­quée hul­loise.

LE FAN­TÔME DE QUÉ­BEC

Si l’an pas­sé, la pre­mière jour­née portes ou­vertes sui­vait de peu l’at­ten­tat de Qué­bec, cette an­née, la se­conde se pro­duit en pleine au­dience pour les ob­ser­va­tions sur la peine d’Alexandre Bis­son­nette, avec la suite de la preuve de la Cou­ronne qui de­vrait avoir lieu ce lun­di au tri­bu­nal. Le cau­che­mar n’est donc pas vrai­ment ter­mi­né.

Est-ce que l’in­sé­cu­ri­té ha­bite tou­jours la com­mu­nau­té mu­sul­mane d’Ot­ta­wa-Ga­ti­neau ?

« Ça nous re­vient à l’es­prit que rien n’est sûr, rien n’est cer­tain, mais [...] on garde une note po­si­tive pour le fu­tur, on garde l’es­poir que ces choses ne se re­pro­dui­ront plus ja­mais dans notre pays », ajoute l’imam.

L’an pas­sé, près de 500 per­sonnes avaient ré­pon­du à l’ap­pel et par­ti­ci­pé aux portes ou­vertes de 2017. Une veillée et une marche de solidarité avaient aus­si été or­ga­ni­sées. Cette an­née, les vi­si­teurs étaient moins nom­breux, mais l’imam Li­mane sou­haite conti­nuer à ou­vrir sa mos­quée au voi­si­nage.

UNE VASTE COM­MU­NAU­TÉ

Ah­med Li­mane es­time que la com­mu­nau­té mu­sul­mane d’Ot­ta­wa s’élève à près de 120 000 per­sonnes ; celle de Ga­ti­neau, à près de 7000 à 10 000 in­di­vi­dus. Si les mu­sul­mans d’Ot­ta­wa sont da­van­tage is­sus du Sud-est asia­tique et du Moyen-Orient, ceux de Ga­ti­neau sont sou­vent ori­gi­naires des pays fran­co­phones du Magh­reb et de l’Afrique de l’ouest.

Et la mos­quée de Hull est très fré­quen­tée. Près de 1200 per­sonnes se pré­sentent à la prière du ven­dre­di, chaque se­maine. Les autres soirs de se­maine, l’hi­ver, c’est de 100 à 150 per­sonnes qui viennent y prier quo­ti­dien­ne­ment. Tout pro­chai­ne­ment, lorsque le Ra­ma­dan s’amor­ce­ra en mai, la mos­quée se­ra rem­plie tous les jours jus­qu’à la rup­ture du jeûne, un mois plus tard.

Les évé­ne­ments de Qué­bec ont-ils avi­vé une cer­taine ré­volte chez des mu­sul­mans de sa com­mu­nau­té ?

« Dieu mer­ci, le dis­cours ex­tré­miste ne se re­trouve pas chez nous ici. D’abord, parce que moi, en tant qu’imam, je ne prône pas ce genre de dis­cours ; j’y crois pas », conclut l’imam Ah­med Li­mane.

— MAR­TIN ROY, LE DROIT

C’était jour­née portes ou­vertes, sa­me­di, au Centre is­la­mique de l’Ou­taouais de Ga­ti­neau.

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