GRATTON

Dans le « confort » d’un McDo

Le Droit - - LA UNE - DE­NIS GRATTON CHRO­NIQUE dgrat­ton@le­droit.com go­fundme.com (mots-clés : «Texas walk trip»)

Lorsque j’ai ren­con­tré Ghis­laine Beau­doin le mois der­nier, quelques jours avant qu’elle en­tre­prenne sa longue marche vers le Texas, je lui ai de­man­dé si elle était un peu ap­pré­hen­sive.

« Il y a des fous un peu par­tout, vous sa­vez », lui ai-je lan­cé. Et elle de me ré­pli­quer : « Oui, je sais qu’il y a des gens dé­ran­gés dans ce monde. Mais il y a aus­si du bon monde sur cette Terre ».

Eh bien... après 16 jours de marche, Mme Beau­doin est en train de prou­ver qu’il y a ef­fec­ti­ve­ment des gens au grand coeur sur cette pla­nète.

Ghis­laine Beau­doin, je vous le rap­pelle, est cette Ga­ti­noise âgée de 61 ans qui a quit­té sa ré­si­dence de Bu­ckin­gham le 1er avril der­nier dans le but de mar­cher jus­qu’au Texas, à ap­proxi­ma­ti­ve­ment 3000 ki­lo­mètres de Ga­ti­neau. Re­trai­tée de la fonc­tion pu­blique fé­dé­rale, elle a tou­jours rê­vé de vi­si­ter cet état amé­ri­cain. Elle a donc dé­ci­dé de s’y rendre à pied, pour l’aven­ture, avec son pe­tit chien nom­mé Beast comme seul com­pa­gnon de route.

Elle marche donc de­puis 16 jours. Elle a tra­ver­sé la fron­tière amé­ri­caine il y a un peu plus d’une se­maine et elle se trou­vait hier dans une ville du nom de Wa­ter­loo, dans l’État de New York, à ap­proxi­ma­ti­ve­ment 350 km de Ga­ti­neau. Elle a donc com­plé­té un dixième de son tra­jet. C’est dé­jà ça !

Mais ce n’est pas tou­jours fa­cile, avoue-t-elle. Les condi­tions mé­téo­ro­lo­giques lui per­mettent ra­re­ment de plan­ter sa tente et de pas­ser la nuit à la belle étoile.

L’autre jour, c’est dans un McDo qu’elle a pas­sé la nuit avec Beast. Mais le len­de­main soir, dans un autre McDo d’une pe­tite ville un peu plus loin sur sa route, on lui a in­di­qué qu’il était in­ter­dit de dor­mir dans l’éta­blis­se­ment. C’est donc dans une buan­de­rie qu’elle a trou­vé re­fuge jus­qu’au pe­tit ma­tin. « J’en ai pro­fi­té pour la­ver mes vê­te­ments et la­ver Beast. Prête pour une autre se­maine, Youp­pi ! », a-telle écrit sur sa page Fa­ce­book.

On sait qu’une per­sonne se porte bien quand elle conclut ses mes­sages d’un « youp­pi ! »...

Cer­taines nuits sont beau­coup plus fa­ciles – et plus confor­tables – pour la mar­cheuse de Bu­ckin­gham. Comme mercredi der­nier, par exemple, alors qu’elle se trou­vait dans un vil­lage nom­mé San­dy Creek, tou­jours dans l’État de New York, et que cette dame – une étran­gère – est al­lée la re­trou­ver sur sa route.

« Elle est une dame âgée de 86 ans qui a une grande mai­son à San­dy Creek, m’a ra­con­té Mme Beau­doin. Il s’agit d’une mai­son qui était au­tre­fois un bed & break­fast. Elle ne s’en sert que pour sa fa­mille main­te­nant puis­qu’elle a eu 12 en­fants. Je reste ici pour deux do­dos, car j’ai le pied gauche qui a be­soin de prendre une pause. »

Mme Beau­doin a re­pris la route deux jours plus tard, en pleine forme. Mais quand la nuit a com­men­cé à tom­ber sur le vil­lage de Ci­ce­ro, là où elle était ren­due, elle n’ar­ri­vait pas à trou­ver un en­droit pour cou­cher. Mais comme elle m’a dit avant son dé­part : « Il y a du bon monde sur cette Terre ». Elle ra­conte :

« J’entre dans un dé­pan­neur et je de­mande au jeune com­mis s’il connaît un mo­tel dans le coin. Il com­mence à cher­cher pour moi. Su­per gen­til, su­per ai­dant. Il texte sa mère au cas où elle connaî­trait quel­qu’un. Après en­vi­ron 30 mi­nutes, je com­mence à de­man­der aux clients du dé­pan­neur. Le deuxième couple qui entre, la dame s’in­té­resse à Beast. Je lui pose la ques­tion et son ma­ri de ré­pondre : “At­ten­dez, je vais al­ler de­man­der à ma belle-mère dans l’au­to.” Il re­vient 10 mi­nutes plus tard. Ils m’offrent de me prendre moi et mon car­rosse dans leur ca­mion, m’em­mènent à un beau mo­tel et paient pour moi. Ils vont en­suite me cher­cher à sou­per et re­viennent me le por­ter. Wow ! Tu parles ! Ja­mais re­çu rien de pa­reil. Je suis aux anges. »

Du bon monde, di­sait-elle... Je vous re­viens avec d’autres nou­velles de Ghis­laine Beau­doin dans une pro­chaine chro­nique. Et comme plu­sieurs le font dé­jà, vous pou­vez la suivre dans ses pé­ri­pé­ties sur sa page Fa­ce­book. « C’est ex­tra de voir les gens qui me suivent (sur Fa­ce­book), m’a-telle écrit vendredi der­nier. Ils me parlent, ils m’en­cou­ragent et me disent de belles choses. C’est très ap­pré­cié. Et sa­chez que Beast va mer­veilleu­se­ment bien, il est un su­perbe com­pa­gnon. »

À sou­li­gner que Mme Beau­doin a lan­cé une cam­pagne de so­cio­fi­nan­ce­ment pour amas­ser des fonds tout au long de sa route, des fonds qu’elle re­met­tra, à son re­tour, à des causes qui lui tiennent à coeur.

— MAR­TIN ROY, AR­CHIVES LE DROIT

Par­tie de Bu­ckin­gham le 1er avril der­nier, Ghis­laine Beau­doin a par­cou­ru plus de 350 km à pied en di­rec­tion du Texas.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.