DUQUETTE

Perte de temps

Le Droit - - LA UNE - PA­TRICK DUQUETTE pdu­quette@le­droit.com

L’heure est grave, mes­dames et mes­sieurs.

Ot­ta­wa veut per­mettre la cul­ture à do­mi­cile d’un maxi­mum de 4 plants de pot, mais Qué­bec ne veut rien sa­voir.

Les mi­nistres qué­bé­cois Jean-Marc Fournier et Lu­cie Charlebois poussent les hauts cris.

Ils se disent dans leur bon droit. Qué­bec a tout à fait le droit d’en­ca­drer la lé­ga­li­sa­tion du pot de ma­nière plus res­tric­tive qu’Ot­ta­wa, af­firment-ils.

Ils re­prochent à Jus­tin Tru­deau de man­quer de res­pect en­vers le Qué­bec.

Je plains dé­jà le pauvre po­li­cier qui de­vra faire ap­pli­quer les règles après la lé­ga­li­sa­tion.

Sur le bal­con d’une ré­si­dence de Ga­ti­neau, il aper­çoit 4 plants de pot.

Il ap­plique quoi ? Le Code cri­mi­nel ou la loi qué­bé­coise ?

Nous voi­là en plein coeur d’une chi­cane fé­dé­rale-pro­vin­ciale.

Al­lez, ti­rons tous un peu sur notre joint de pot, mes­dames, mes­sieurs.

Voi­là, on se sent plus calme ? Sur le fond, je suis d’ac­cord avec Qué­bec.

Si la lé­ga­li­sa­tion de la ma­ri­jua­na se fait vrai­ment dans une op­tique de san­té pu­blique, on de­vrait in­ter­dire la cul­ture à do­mi­cile.

L’idée même de la lé­ga­li­sa­tion, c’est de contrô­ler la qua­li­té du can­na­bis, no­tam­ment la quan­ti­té de THC conte­nue dans les plants.

Ac­tuel­le­ment, nos jeunes fument du pot qu’ils se pro­curent sur le mar­ché noir, sans en connaître la com­po­si­tion exacte.

L’idée de la lé­ga­li­sa­tion, c’est de dire : quoi qu’on fasse, nos jeunes fu­me­ront du can­na­bis. Au­tant s’as- sur­er qu’on en connaisse la te­neur.

Or comment des gens qui font pous­ser du pot dans leur jar­din, entre les concombres et les to­mates, vont-ils en contrô­ler la qua­li­té, hein ?

Des jar­di­niers en herbe, qui veulent s’as­su­rer d’en faire pous­ser « du bon », pour­raient être ten­tés d’ajou­ter des pes­ti­cides et autres co­chon­ne­ries pour sti­mu­ler la crois­sance de leurs plants.

Ce se­ra dif­fi­cile, voire im­pos­sible de contrô­ler la qua­li­té des plants de pot culti­vés à do­mi­cile.

Sur le fond, Qué­bec a rai­son. Le fé­dé­ral de­vrait per­mettre aux pro­vinces de ré­gle­men­ter la cul­ture à do­mi­cile comme elles l’en­tendent.

Main­te­nant, est-ce que ça vaut la peine de me­ner toute une ba­taille au­tour de cet en­jeu ? Non.

Ot­ta­wa veut per­mettre la cul­ture des plants à do­mi­cile pour contrer le mar­ché noir. Mais dans l’op­tique où les prix du pot lé­gal et du pot illé­gal vont fi­nir par s’équi­li­brer — d’ici deux ans, se­lon des ex­perts — il n’y a pas de gros en­jeu là.

Peut-être qu’au dé­but de la lé­ga­li­sa­tion, il y au­ra un en­goue­ment sou­dain pour la cul­ture de la ma­ri­jua­na à do­mi­cile. Cer­tains vont se dé­cou­vrir une sou­daine pas­sion pour le jar­di­nage.

Mais ça pas­se­ra as­sez vite. Comme toutes les modes.

On s’in­quiète beau­coup des 18-25 ans. Toutes pro­por­tions gar­dées, ce sont eux qui consomment le plus de can­na­bis au pays.

Mais nos jeunes sont beau­coup plus ha­biles avec une ma­nette de jeux vi­déo qu’avec un sé­ca­teur.

S’ils veulent ache­ter du pot, ils vont s’en com­man­der en ligne. C’est plus simple que de faire pous­ser des plants sur le bal­con.

Cette chi­cane sur la cul­ture à do­mi­cile est une perte de temps et ne fait qu’ajou­ter à la con­fu­sion am­biante.

Cette chi­cane sur la cul­ture à do­mi­cile est une perte de temps et ne fait qu’ajou­ter à la con­fu­sion am­biante

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