UN NOU­VEAU VI­SAGE POUR LA FRANCOPHONIE

Le Franco - - CALGARY - PAR LUCAS PILLERI

An­dr­zej Wilc­zews­ki n’est pas connu du grand pu­blic mais en­tend bien ti­rer par­ti de sa po­si­tion d’out­si­der. Sou­hai­tant ap­por­ter du sang neuf et bous­cu­ler l’ordre éta­bli qu’il juge ar­chaïque, le can­di­dat mi­lite pour que la langue fran­çaise rayonne dans la pro­vince et que les fran­co­phones ob­tiennent de vrais ser­vices adap­tés à leurs be­soins.

Le Fran­co : Pou­vez-vous re­ve­nir sur votre par­cours et la fa­çon dont vous êtes ar­ri­vé en Alberta ?

An­dr­zej Wilc­zews­ki : Je suis né en Po­logne, j’ai vé­cu en France pour mes études et je pos­sède un mas­ter en bu­si­ness et ad­mi­nis­tra­tion. Lorsque je suis ve­nu au Ca­na­da il y a six ans, je suis d’abord al­lé à Mon­tréal. J’y ai pas­sé un an puis j’ai eu une op­por­tu­ni­té d’em­ploi en Alberta. Ce­la fait main­te­nant cinq ans que je vis ici. De­puis 2012, j’ai tra­vaillé pour des en­tre­prises ou des or­ga­nismes qui ont un rôle dans la pro­mo­tion de la langue fran­çaise. Je suis pro­fes­seur de fran­çais à l’Uni­ver­si­té de Calgary, je suis tra­duc­teur et je m’im­plique dans di­verses or­ga­ni­sa­tions en tant que bé­né­vole, telles que la Ci­té des Ro­cheuses ou l’Al­liance fran­çaise. Le fran­çais a tou­jours été une pas­sion pour moi et toute mon ex­pé­rience uni­ver­si­taire ou pro­fes­sion­nelle a été en lien avec la langue fran­çaise.

LF : Quelle est votre ex­pé­rience au sein de la francophonie al­ber­taine ?

AW : Je suis im­pli­qué dans plu­sieurs or­ga­ni­sa­tions en tant que bé­né­vole. À la Ci­té des Ro­cheuses par exemple, j’aide lors des ver­nis­sages des ex­po­si­tions, des pro­jec­tions de films et des évé­ne­ments. En 2014, j’ai re­çu une ré­com­pense pour mes ef­forts four­nis pour la francophonie. J’en­seigne le fran­çais à l’Uni­ver­si­té de Calgary quelques heures par se­maine par pur plai­sir car je veux trans­mettre la langue aux Ca­na­diens an­glo­phones et étran­gers qui vivent en Alberta. Je par­ti­cipe aus­si beau­coup aux évé­ne­ments, comme le 14 juillet, ou bien les séances de ré­seau­tages pour al­ler à la ren­contre des gens, écou­ter leurs mé­con­ten­te­ments.

LF : Qu’ap­por­te­rez-vous à la com­mu­nau­té si vous êtes élu à la pré­si­dence de l’ACFA pro­vin­ciale ? En quoi consiste votre vi­sion ?

AW : La langue fran­çaise de­vrait être plus re­pré­sen­tée en Alberta et c’est pour­quoi je me pré­sente. Je sou­haite faire avan­cer le fran­çais. D’autre part, je veux of­frir une nou­velle al­ter­na­tive, en rup­ture avec la pré­si­dence pré­cé­dente. La com­mu­nau­té fran­co­phone connaît la même chose de­puis 30 ans. Il faut du sang neuf. On ne me connaît pas mais il faut être cou­ra­geux, il faut faire confiance aux nou­veaux vi­sages et aux nou­velles idées, et non tou­jours aux mêmes per­sonnes qui viennent et re­viennent.

LF : Quelles sont les prio­ri­tés en termes de dos­sier pour vous ?

AW : La nou­velle po­li­tique de ser­vices en fran­çais est une prio­ri­té (ndlr : voir ques­tion sui­vante). Au ni­veau de l’im­mi­gra­tion, c’est un très grand avan­tage de pou­voir par­ler fran­çais car ce­la crée plus d’op­por­tu­ni­tés d’em­ploi et d’études. En san­té, il faut amé­lio­rer l’ac­cès aux soins en fran­çais. La cli­nique fran­co­phone qui a ou­vert à Calgary est in­ache­vée : ce n’est pas si évident de trou­ver des in­fir­miers ou des in­fir­mières, ou bien des mé­de­cins gé­né­ra­listes, qui parlent fran­çais. Il faut rendre conscient les gens que de telles struc­tures existent ou pour­raient exis­ter, et in­ci­ter la pro­vince à en­cou­ra­ger des mé­de­cins fran­co­phones à ve­nir. C’est aus­si le rôle du gou­ver­ne­ment al­ber­tain de prendre les choses en main.

LF : Comment comp­tez­vous faire suite à la po­li­tique de ser­vices en fran­çais an­non­cée par le gou­ver­ne­ment en juin der­nier ?

AW : La nou­velle po­li­tique de ser­vices en fran­çais, c’est bien jo­li sur le pa­pier mais c’est vide. La réa­li­té, c’est que c’est ex­trê­me­ment dif­fi­cile de se faire ser­vir en fran­çais ou d’exi­ger d’avoir un ser­vice en fran­çais. Je veux faire en sorte que cette po­li­tique ini­tiée par le gou­ver­ne­ment al­ber­tain soit réel­le­ment prise en consi­dé­ra­tion et que des ef­forts concrets soient faits.

LF : En quoi votre pré­si­dence se­ra-t-elle dif­fé­rente de celle de votre pré­dé­ces­seur si vous êtes élu ?

AW : Un nou­veau vi­sage fe­rait du bien. Il faut ar­rê­ter avec le vieux cercle. Je n’ai ni amis, ni en­ne­mis. J’écou­te­rai les gens, les fran­co­phones, leurs be­soins. Je ne viens pas du mi­lieu où il existe des liens avec tel ou tel or­ga­nisme, du co­pi­nage qui peut in­fluen­cer. J’ai tout à prou­ver et rien à perdre.

LF : Vous êtes le seul can­di­dat ré­cem­ment de­ve­nu ca­na­dien. Est-ce se­lon vous un atout ou un han­di­cap ?

AW : Je suis de­ve­nu ca­na­dien il y a deux ans. La na­tio­na­li­té, ça ne se prend pas, ça se mé­rite. J’étais su­per content de de­ve­nir ci­toyen ca­na­dien. C’est un pays ma­gni­fique. C’est un vrai avan­tage de vivre dans un pays bi­lingue et mul­ti­cul­tu­rel. Je parle moi-même cou­ram­ment quatre langues: le fran­çais, l’an­glais, le po­lo­nais et l’es­pa­gnol. Ce­la me donne une autre pers­pec­tive, une grande ou­ver­ture d’es­prit, une ou­ver­ture sur le monde. J’aime écou­ter, échan­ger et dis­cu­ter avec les gens. J’ai beau­coup voya­gé dans ma vie et c’est une ri­chesse énorme.

LF : Un der­nier mot pour les lec­teurs du Fran­co ?

AW : Il faut sa­voir oser et faire confiance aux nou­veaux dé­fis. La phrase que j’adres­se­rais aux lec­teurs est la sui­vante : il ne faut pas avoir peur car c’est en ayant du cou­rage qu’on fait avan­cer les choses.

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