ÉDITORIAL

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LE FRAN­CO : UN JOUR­NAL, PAS UN OU­TIL DE COM­MU­NI­CA­TION

Le Jour­nal Le Fran­co existe de­puis de nom­breuses an­nées - 1928 pour être exact. Se­lon son man­dat, il re­pré­sente et parle de la com­mu­nau­té fran­co­phone. Der­niè­re­ment, un évé­ne­ment m'a fait ré­flé­chir sur la ma­nière dont Le Fran­co était per­çu par cer­tains re­pré­sen­tants de la com­mu­nau­té. Pour­quoi cette per­cep­tion existe-telle ? Quel est le rôle d'un jour­nal com­mu­nau­taire, en si­tua­tion mi­no­ri­taire ? Toutes ces ques­tions me semblent es­sen­tielles à la bonne san­té de la com­mu­nau­té.

En tant que seul jour­nal fran­co­phone de l’Al­ber­ta, il n'est pas rare d'être contac­té afin de ré­di­ger un ar­ticle sur un évé­ne­ment ou une ren­contre im­por­tante. Ce­pen­dant, si le jour­nal se veut être le té­moin de ces évé­ne­ments, il n'est pas pour au­tant un ou­til de com­mu­ni­ca­tion, voire une cau­tion pour la bonne marche de cer­taines né­go­cia­tions.

L’écri­ture d’un ar­ticle, et la fa­çon dont il est ré­di­gé, n’est pas un tra­vail ano­din. D’un cô­té, il y a le tra­vail de com­mu­ni­cant qui consiste à re­pré­sen­ter et dé­fendre au mieux les in­té­rêts d’un or­ga­nisme, ou d’une ins­ti­tu­tion. De l’autre, le tra­vail de jour­na­liste consiste, lui, à cou­vrir et in­ter­ro­ger au be­soin l’ac­tua­li­té. Il cherche à mettre en lu­mière des as­pects im­por­tants aux yeux des Fran­co-Al­ber­tains. Cri­ti­quer, agir en contre­pou­voir, peut don­ner pour cer­tains une im­pres­sion de né­ga­ti­vi­té. Ce­pen­dant, le rôle du jour­na­liste ne consiste pas à être à tout prix po­pu­laire, ai­mé, ni dé­tes­té.

Il consiste bel et bien à re­pré­sen­ter, mais aus­si abor­der et sou­le­ver des en­jeux, des pro­blé­ma­tiques et des si­tua­tions qui ont un im­pact direct sur la vie de la com­mu­nau­té. Dé­battre et in­for­mer per­met ain­si au pro­ces­sus dé­mo­cra­tique de s’exer­cer plei­ne­ment.

Les rai­sons de cette per­cep­tion re­lè­ve­raient-elles au­jourd’hui de la simple confu­sion de genre, ou bien d’une mau­vaise in­for­ma­tion re­layée au fil des an­nées sur le rôle du jour­nal ? Certes, Le Fran­co se­ra tou­jours du cô­té de la com­mu­nau­té. Néan­moins il ne peut être conçu comme un moyen de pro­mo­tion pour ob­te­nir une vi­si­bi­li­té concer­nant un pro­jet X, sur­tout lorsque ce der­nier n’est même pas en­core ap­prou­vé.

Le Jour­nal Le Fran­co se­ra tou­jours pour les Franc os Al­bert ains,etn on pas pour celles et ceux qui cherchent à l’uti­li­ser pour faire avan­cer leur pion sur l’échi­quier. CETA : JUS­TIN TRU­DEAU EN OPÉ­RA­TION SÉ­DUC­TION

Après les États-Unis, Jus­tin Tru­deau a fait une vi­site re­mar­quée en Eu­rope en fé­vrier der­nier. De Stras­bourg à Ber­lin, il a ten­té de sé­duire ses in­ter­lo­cu­teurs, s’adres­sant au Par­le­ment eu­ro­péen pour sa­luer la ré­cente ap­pro­ba­tion de l’ac­cord de libre-échange CETA entre l’Union eu­ro­péenne et le Ca­na­da. C’était la pre­mière fois qu’un pre­mier mi­nistre ca­na­dien s’ex­pri­mait face à l’hé­mi­cycle eu­ro­péen. Le CETA au­ra fait cou­ler beau­coup d’encre cette an­née. L’ac­cord entre le Ca­na­da et l’UE per­met­tra de sup­pri­mer 99% des droits de douane. L’en­tente semble à pre­mière vue ju­teuse, mais est loin de faire l’una­ni­mi­té. L’ac­cord a été ju­gé tour à tour an­ti­dé­mo­cra­tique, trop fa­vo­rable aux mul­ti­na­tio­nales, ou bien en­core dan­ge­reux pour l’en­vi­ron­ne­ment et l’agri­cul­ture.

Mal­gré les cri­tiques, l’ac­cord a été ap­prou­vé dans un contexte par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile, au len­de­main des chocs du Brexit et de l’élec­tion de Do­nald Trump. «Si nous réus­sis­sons, le CETA peut de­ve­nir le mo­dèle de tous les fu­turs ac­cords com­mer­ciaux am­bi­tieux. Si­non, il pour­rait bien s’agir du der­nier», avait alors mis en garde Jus­tin Tru­deau.

LES MÉ­DIAS DANS TOUS LEURS ÉTATS

L’édi­to du 29 juin 2017 s’était pen­ché sur notre ma­nière de consom­mer l’in­for­ma­tion. Le 27e ga­la de l’As­so­cia­tion de la presse fran­co­phone (APF), dont Le Fran­co est membre, avait d’ailleurs abor­dé en juin l’épi­neuse ques­tion de l’ave­nir du jour­nal pa­pier.

Le constat au­ra été clair en 2017. Si le pa­pier n’est pas mort, le nu­mé­rique va de l’avant. Les coûts moindres du di­gi­tal et la di­mi­nu­tion des aides fé­dé­rales ne rendent pas la vie fa­cile au pa­pier. Pour au­tant, les deux ver­sions peuvent co­ha­bi­ter et se com­plé­ter.

Le jour­nal pa­pier rem­plit un rôle es­sen­tiel. D’une part, il touche de fa­çon in­com­pa­rable la tranche d’âge des ba­by­boo­mers. D’autre part, il consti­tue un lien phy­sique pour les membres d’une com­mu­nau­té en si­tua­tion mi­no­ri­taire. Les mé­dias com­mu­nau­taires comme Le Fran­co font certes par­tie d’une niche, mais ils sont les seuls à par­ler des vrais su­jets dont la com­mu­nau­té.

Où le vi­rage nu­mé­rique nous amè­ne­ra-t-il donc en 2018 ?

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