DÉO SOU­TIENT L’AUDIOVISUEL FRAN­CO­PHONE

Le Franco - - LA UNE - PAR LU­CAS PILLERI

« IL Y A UN ÉNORME BE­SOIN EN TA­LENTS FRAN­CO­PHONES. ON EST SOU­VENT OBLI­GÉS DE SOR­TIR DE LA PRO­VINCE POUR EM­BAU­CHER. » - CO­REY LORANGER, FAR WEST PRO­DUC­TIONS

Le mi­nis­tère Di­ver­si­fi­ca­tion de l’éco­no­mie de l’Ouest (DÉO) Ca­na­da a an­non­cé lun­di 8 jan­vier un in­ves­tis­se­ment de 750 000 $ sur trois ans dans le dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur fran­co­phone de la pro­duc­tion au­dio­vi­suelle et nu­mé­rique. Cette bonne nou­velle est ac­cueillie avec en­thou­siasme par les so­cié­tés concer­nées, dont trois en Al­ber­ta, té­moins et ac­trices de la crois­sance vi­gou­reuse du sec­teur.

La de­mande de sub­ven­tion au­ra fi­na­le­ment été ap­prou­vée. Fai­sant suite à une col­la­bo­ra­tion entre l’Al­liance des pro­duc­teurs fran­co­phones du Ca­na­da (APFC) et On Screen Ma­ni­to­ba (OSM), la re­quête dé­po­sée en jan­vier 2017 au­près du gou­ver­ne­ment a convain­cu. « C’est un in­ves­tis­se­ment tout à fait per­ti­nent et né­ces­saire », re­lève Ca­rol Ann Pi­lon, di­rec­trice gé­né­rale de l’APFC.

Les deux or­ga­nismes en­tre­tiennent des liens étroits. En l’oc­cur­rence, le pro­jet com­mun est « d’ac­croître la ca­pa­ci­té de pro­duc­tion en fran­çais, de pro­fi­ter des op­por­tu­ni­tés de dé­ve­lop­pe­ment et d’in­no­va­tion, et d’aug­men­ter la vi­si­bi­li­té de nos pro­duc­tions », in­forme la res­pon­sable.

L’ar­gent oc­troyé par DÉO re­vien­dra à OSM qui le ré­in­ves­ti­ra dans des ac­ti­vi­tés au ser­vice des ac­teurs du sec­teur, par exemple en or­ga­ni­sant des col­loques na­tio­naux conviant pro­duc­teurs, réa­li­sa­teurs, dis­tri­bu­teurs et dif­fu­seurs.

SI­LENCE, ÇA TOURNE !

Le sec­teur est en pleine crois­sance. « Il y a une vitalité », ré­sume Ca­rol Ann Pi­lon. Dé­serte il y a en­core trois ans, la pro­duc­tion au­dio­vi­suelle en Al­ber­ta compte dé­sor­mais trois boites de pro­duc­tion. « C’est en bouillon­ne­ment, c’est fan­tas­tique ! », ap­plau­dit la res­pon­sable. Pour elle, l’ar­ri­vée d’Unis TV dans le pay­sage a été dé­ci­sive, créant un ap­pé­tit qu’il faut « conti­nuer à nour­rir ».

Far West Pro­duc­tions, mai­son de pro­duc­tion bi­lingue ba­sée à Ed­mon­ton, pour­rait bé­né­fi­cier in­di­rec­te­ment de l’in­ves­tis­se­ment. « C’est une an­nonce im­por­tante », es­time Co­rey Loranger, réa­li­sa­teur, pro­duc­teur et ani­ma­teur

fran­co­phone. « On voit les pro­duc­teurs dans l’ouest tra­vailler et créer des pro­jets de plus grande am­pleur donc ce genre de fi­nan­ce­ment va cer­tai­ne­ment ai­der à la crois­sance de l’in­dus­trie dans les Prai­ries, ana­lyse-til. Reste à voir com­ment ce fi­nan­ce­ment se­ra dis­per­sé ».

Co­rey Loranger es­père, entre autres, que l’in­ves­tis­se­ment per­met­tra d’amé­lio­rer le bas­sin de res­sources : « Il y a un énorme be­soin en ta­lents fran­co­phones. On est sou­vent obli­gés de sor­tir de la pro­vince pour em­bau­cher », confie-t-il.

Même constat pour Ste­phan Ga­briele, fon­da­teur de la so­cié­té Orange Ice­berg Me­dia, fon­dée en 2008 et ba­sée à Cal­ga­ry de­puis 2013. « On a un dé­fi dans l’Ouest : trou­ver des ta­lents fran­co­phones, sur­tout dans l’écri­ture, donc cette nou­velle ne peut qu’al­ler dans la bonne di­rec­tion ». Même si l’en­tre­prise se porte très bien avec deux do­cu­men­taires

pré­vus pour l’au­tomne, il faut gar­der en tête que « les pro­duc­teurs res­tent tou­jours à la mer­ci du pro­chain contrat ».

LE GOU­VER­NE­MENT EN SOU­TIEN

C’est la pre­mière fois que le sec­teur de l’audiovisuel fran­co­phone en si­tua­tion mi­no­ri­taire re­çoit une sub­ven­tion de la part de DÉO. Pour Ca­rol Ann Pi­lon, la dé­ci­sion re­flète une po­si­tion du gou­ver­ne­ment fa­vo­rable : « Plu­sieurs le­viers sont mis en place de­puis quelques an­nées pour que la pro­duc­tion prenne tout son élan ».

Du cô­té de Loft Pro­duc­tions, ba­sée à Ed­mon­ton de­puis 2015, on se ré­jouit : « C’est tou­jours im­por­tant de re­con­naître que c’est pos­sible de pro­duire, de réa­li­ser, de tra­vailler dans l’in­dus­trie du film dans notre coin de pays », com­mente la co­fon­da­trice et pro­duc­trice Ma­rie-France Guer­rette.

Pour la pro­fes­sion­nelle, il est im­por­tant de dé­fendre la pro­duc­tion ci­né­ma­to­gra­phique en fran­çais dans l’ouest. « On peut pro­duire des choses dans nos villes, dans nos vil­lages, dans nos ré­gions, car on a des his­toires à ra­con­ter ! », lance-t-elle. Té­moin de la crois­sance de ces der­nières an­nées, elle est contente de voir que ce genre de fonds ré­ser­vés aux fran­co­phones « per­met de sur­vivre ».

Ain­si le sec­teur est dé­pen­dant des fi­nan­ce­ments pu­blics, et no­tam­ment du Fonds des mé­dias où une en­ve­loppe est ré­ser­vée à la pro­duc­tion fran­co­phone à l’ex­té­rieur du Qué­bec. Mais, si l’en­ve­loppe a suf­fi pen­dant de nom­breuses an­nées, au­jourd’hui elle ne par­vient plus à com­bler les be­soins avec plus de 20 mil­lions de dol­lars de pro­jets. Beau­coup es­pèrent donc que l’in­ves­tis­se­ment ré­cem­ment an­non­cé ne soit que le dé­but d’une sé­rie…

Ste­phan Ga­briele, fon­da­teur de la so­cié­té Orange Ice­berg, sur le pla­teau de “Cha­let de l’Al­ber­ta”

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.