LETTRE OU­VERTE

Le Franco - - LETTRE OUVERTE -

Cher mon­sieur Zaoua­li,

Je suis gé­né­ra­le­ment dis­cret, mais quand on at­taque par igno­rance la pro­fes­sion dans la­quelle je m'in­ves­tis sans mé­na­ge­ment, j'ai bien de la dif­fi­cul­té à de­meu­rer inerte. Dans un ar­ticle trai­tant de l'aide aux de­voirs pu­blié dans la se­maine du 25 au 31 jan­vier der­nier, vous af­fir­mez que "Tous les do­maines ont évo­lué avec la tech­no­lo­gie sauf l'édu­ca­tion : on en­seigne en­core comme il y a 300 ans". À mon avis, sou­te­nir une telle po­si­tion té­moigne d'une grande mé­con­nais­sance tant sur le plan his­to­rique, que pé­da­go­gique. Il y a 300 ans, une des concep­tions de l'en­fance en vogue consis­tait à consi­dé­rer l'en­fant comme un adulte en mi­nia­ture qui était mau­vais par na­ture et qu'il fal­lait dres­ser afin d'en faire un in­di­vi­du droit et ré­sis­tant. Avant Rous­seau, l'école domp­tait plus qu'elle n'édu­quait. Il y a à peine 100 ans, on ne connais­sait à peu près rien des stades de dé­ve­lop­pe­ment de l'en­fance. Puis, grâce à Pia­get, l'école s'est mise à ac­com­pa­gner plu­tôt qu'à édu­quer. Au­jourd'hui, l'école est plus in­clu­sive que ja­mais; elle ac­cueille et s'adapte à tous les be­soins par­ti­cu­liers et se veut ou­verte sur les cultures qui nous ont fa­çon­nés et qui conti­nuent de le faire à tra­vers les mille vi­sages de l'im­mi­gra­tion. La tech­no­lo­gie est par­tout en salle de classe. Le ta­bleau blanc in­te­rac­tif ouvre ma classe à toutes les res­sources d'In­ter­net. Des or­di­na­teurs per­son­nels et des IPad sont dis­po­nibles pour tous les élèves. Je com­mu­nique et j'in­ter­agis à dis­tance avec mes élèves via Google Class­room et plu­sieurs formes de sys­tèmes de ré­ponse étu­diant (SRS). Ma classe est ju­me­lée avec une classe de l'Île-du-Prince-Edouard avec qui nous échan­geons en di­rect via Google Meet et, per­son­nel­le­ment, j'en­seigne les études so­ciales et les sciences en me ré­fé­rant aux ou­tils in­ter­ac­tifs dé­ve­lop­pés ou au­to­ri­sés par Learn Al­ber­ta. Une simple re­cherche sur votre mo­teur pré­fé­ré vous mon­tre­ra toute l'éten­due des res­sources dis­po­nibles. Avez-vous dé­jà lu les tra­vaux de Dre Mar­tine Pel­le­rin, mon­sieur Zaoua­li ? Il s'agit d'une cher­cheuse de re­nom­mée in­ter­na­tio­nale at­ta­chée à l'Uni­ver­si­té de l'Al­ber­ta et qui a consa­cré la ma­jeure par­tie de sa car­rière à l'étude des tech­no­lo­gies au ser­vice de l'ap­pren­tis­sage d'une langue se­conde. Comme elle, une foule de cher­cheurs s'ap­pliquent à adap­ter la salle de classe aux be­soins des ap­pre­nants du 21e siècle. Dé­fi­ni­ti­ve­ment, il est er­ro­né de pen­ser que le sec­teur de l'édu­ca­tion est à la traîne en ma­tière tech­no­lo­gique et au ni­veau des sa­voir-faire. En re­vanche, ce qui semble ap­par­te­nir à une concep­tion du pas­sé, c'est l'idée se­lon la­quelle les de­voirs se­raient utiles voire né­ces­saires pour la réus­site sco­laire des élèves. En ef­fet, plu­sieurs études ré­centes dé­montrent que les de­voirs n'ap­portent que peu ou pas d'en­ri­chis­se­ment. Pour­quoi ce­la? Peu­têtre parce que l'école d'au­jourd'hui est plu­tôt fon­dée sur les ha­bi­le­tés et les at­ti­tudes, que sim­ple­ment sur les connais­sances. Avec la re­fonte du cur­ri­cu­lum al­ber­tain, les élèves se­ront plus que ja­mais in­ci­tés à de­ve­nir des pen­seurs en­ga­gés, col­la­bo­rant avec les autres et le monde, puis conscients de leur im­pact sur l'en­vi­ron­ne­ment. Ce­la ne s'ap­prend pas sur une feuille de pa­pier en­voyée à la mai­son ni en por­tant un casque de réa­li­té vir­tuelle, mais en in­ter­ac­tion avec ses pairs, im­mer­gé dans une com­mu­nau­té d'ap­pren­tis­sage dy­na­mique et vi­vante. Si vous n'êtes tou­jours pas convain­cu, je vous in­vite à ve­nir vi­si­ter ma salle de classe. Dor­mez tôt la veille, car vous au­rez be­soin d'éner­gie. Sa­lu­ta­tions, Re­né Beau­par­lant En­sei­gnant de 6e an­née Grande Prai­rie, Al­ber­ta

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