LE FRIC, C’EST CHIC !

Le Franco - - BILLET D'HUMEUR - HÉ­LÈNE LEQUITTE Ré­dac­trice en chef Le Fran­co

Cette se­maine je vous pro­pose une pe­tite ré­flexion construite à par­tir d’une anec­dote qui m’est ar­ri­vée. Cha­cun est libre d’y por­ter un avis ou un ju­ge­ment dif­fé­rent.

L’autre jour, alors que je flâ­nais sur Lin­ke­dIn comme tant de pro­fes­sion­nels, je suis tom­bée sur un com­men­taire qui m’a fait ré­flé­chir sur le rap­port dif­fé­rent que nous en­tre­te­nons les uns les autres face à l’ar­gent. Le com­men­taire sti­pu­lait : « J’adore tra­vailler, j’adore l’ar­gent, mon but dans la vie c’est de de­ve­nir mil­lion­naire ! ». Comme le dit la chan­son : le fric c’est chic (même si dans la ver­sion ori­gi­nale du groupe dis­co Chic, ça s’écri­vait freak). Étant moi-même une adepte de la va­leur tra­vail, le re­gistre ici em­ployé sonne quelque peu dif­fé­rem­ment. Culte ab­so­lu de l’ar­gent et at­ti­tude hy­per dé­com­plexée en­vers le billet vert, je n’ai pu m’em­pê­cher d’y voir ce que j’ap­pel­le­rais le syn­drome Trump. La dif­fé­rence entre Do­nald Trump et un in­di­vi­du lamb­da qui ido­lâtre, ad­mire et imite le style ar­ro­gant, ‘re­quin’ de l’ac­tuel pré­sident des États-Unis, c’est que ce der­nier vient d’une fa­mille riche. Il est donc plus ai­sé, par­don­nez-moi le jeu de mots, d’être pré­somp­tueux de la sorte, con­trai­re­ment à un ano­nyme en re­cherche d’as­cen­sion so­ciale. Au fi­nal, n’est pas Trump qui veut! Si pour cer­tains l’ar­gent est sy­no­nyme d’au­to­no­mie, pour d’autres il per­met de sor­tir de sa condi­tion so­ciale. Après, tout ré­side dans la ma­nière de faire les choses. Le « fric » c’est donc chic, car il peut ache­ter beau­coup de choses, à sa­voir : la sé­cu­ri­té, le confort, le pres­tige, le luxe, le pou­voir, les re­la­tions, cer­tains iront même jus­qu’à dire le res­pect. Se­lon les tra­vaux de Mas­low, psy­cho­so­cio­logue amé­ri­cain, les mo­ti­va­tions d’une per­sonne sont ba­sées et clas­sées se­lon cinq be­soins fon­da­men­taux : be­soins phy­sio­lo­giques, les sen­ti­ment de sé­cu­ri­té, d’ap­par­te­nance, d’es­time ou de re­con­nais­sance, et d’ac­com­plis­se­ment per­son­nel. S’il y a bien une chose que l’ar­gent ne puisse pas ache­ter, il sem­ble­rait que ce soit jus­te­ment… l’es­time de soi. Au­tre­ment, la confu­sion de genre entre avoir et être nous guette. Car des ri­chesses, il en existe de toutes sortes. La beau­té in­té­rieure, l’ap­ti­tude à ai­mer, res­sen­tir, se mettre à la place de, l’ap­pré­cia­tion des choses simples, font aus­si par­tie de la ri­chesse de la vie. Plu­sieurs études ont mon­tré que la ri­chesse ma­té­rielle, et non émo­tion­nelle ou in­tel­lec­tuelle, peut en­trer en conflit avec l’em­pa­thie et la com­pas­sion. Le dic­ton qui dit que “l’ar­gent ne fait pas le bon­heur” in­fluence cer­tai­ne­ment notre com­por­te­ment, mais ce n’est pas la seule rai­son d’être. Quand la place de l’ar­gent de­vient dé­me­su­rée, ne pre­nons-nous pas le risque de de­ve­nir des êtres proches du per­son­nage prin­ci­pal du film d’Ame­ri­can Psy­cho : le né­vro­sé so­cio­pathe Pa­trick Ba­te­man? La na­ture pro­fonde de l’être hu­main ne consiste-t-elle pas à éta­blir des liens sin­cères avec ses pairs? Sans émo­tions, avec l’ar­gent pla­cé sur un pié­des­tal, quelle va­leur tient la vie? Ré­so­lu­ment, on peut être pauvre de sa ri­chesse.

Ch­ris­tian Bale joue le rôle de Pa­trick Ba­te­man dans le film Ame­ri­can Psy­cho.

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