PRÉ­VE­NIR POUR GUÉRIR MAL­GRÉ LA BAR­RIÈRE CULTU­RELLE

Le Franco - - LA UNE - PAR LU­CAS PILLERI

Le Centre de bien-être et de pré­ven­tion pour Afro-Ca­na­diens de l’Al­ber­ta (CBEP) ré­pond à un réel be­soin de sen­si­bi­li­sa­tion de­puis sa créa­tion en 2015. Car les po­pu­la­tions d’ori­gine afri­caine sont à risque pour plu­sieurs ma­la­dies ch­ro­niques. Le tra­vail de pré­ven­tion s’avère né­ces­saire mais doit se faire en te­nant compte des « in­fluences cultu­relles, re­li­gieuses et mys­tiques ». « La po­pu­la­tion afro­ca­na­dienne est par­mi les plus vul­né­rables », lance Ngan­da Lu­ki, di­rec­teur gé­né­ral du CBEP. Créé en no­vembre 2015, l’or­ga­nisme com­mu­nau­taire à but non lu­cra­tif vise à sen­si­bi­li­ser aux taux de risque éle­vés aux­quels sont ex­po­sés ces in­di­vi­dus. « Les ma­la­dies ch­ro­niques comme le dia­bète, l’hy­per­ten­sion ou l’in­farc­tus sont plus cou­rantes chez les po­pu­la­tions afri­caines, su­da­sia­tiques, puis chi­noises, et en­fin cau­ca­siennes », pré­cise le res­pon­sable qui est aus­si mé­de­cin mi­cro­bio­lo­giste. En cause : les ha­bi­tudes ali­men­taires, comme « la con­som­ma­tion d’ali­ments sa­lés, gras ou su­crés et la faible con­som­ma­tion de fruits et de lé­gumes », les ha­bi­tudes de vie avec « moins d’ac­ti­vi­tés phy­siques », et « peut-être aus­si l’hé­ri­tage gé­né­tique », in­forme le spé­cia­liste. L’or­ga­nisme tente ain­si de ré­pondre à un « manque de struc­ture de san­té com­mu­nau­taire sus­cep­tible de ré­pondre aux be­soins des po­pu­la­tions eth­no­cul­tu­relles im­mi­grantes, sur­tout d’ori­gine afri­caine ».

QUAND LA CULTURE FAIT BAR­RAGE

« Ces po­pu­la­tions ne sont pas ha­bi­tuées à al­ler chez un mé­de­cin pour faire des exa­mens », sou­ligne Ngan­da Lu­ki. Chez les Afri­cains, les ma­la­dies au­raient « des causes mys­tiques, comme les mau­vais sorts ou les pu­ni­tions di­vines », in­forme le res­pon­sable. Ain­si, quand une per­sonne est ma­lade, elle es­saie­ra de ré­soudre le pro­blème d’abord de fa­çon tra­di­tion­nelle avant d’avoir re­cours à la mé­de­cine mo­derne, « no­tam­ment en s’adon­nant à des prières ou en uti­li­sant des plantes mé­di­ci­nales ». Pris­cille De Bon­té Poe­ri est ins­tal­lée en Al­ber­ta de­puis 9 mois. Ori­gi­naire de la Côte d’Ivoire, elle té­moigne de cette dif­fé­rence d’ap­proche. « Les mé­thodes de se soi­gner sont dif­fé­rentes, c’est beau­coup plus tra­di­tion­nel en Afrique. On uti­lise beau­coup les plantes ou d’autres tech­niques spé­ciales. Et on peut aus­si faire ap­pel à un pra­ti­cien en mé­de­cine tra­di­tion­nelle », ap­pe­lé aus­si tra­di­pra­ti­cien ou gué­ris­seur. Aux dires de la jeune femme, les doc­teurs de fa­mille se font rares en Afrique, « ré­ser­vés à une élite », et les grosses struc­tures al­ber­taines comme les cli­niques et hô­pi­taux peuvent être in­ti­mi­dantes pour les nou­veaux ar­ri­vants. « Per­son­nel­le­ment, j’évite au maxi­mum les hô­pi­taux et je n’aime pas les pres­crip­tions. Ce sys­tème ne me plaît pas. Quand ma mère était ma­lade, son ré­flexe était d’al­ler cher­cher des plantes et de se soi­gner seule. J’ai gran­di avec cette ha­bi­tude », ra­conte-t-elle. Face à cette réa­li­té, le doc­teur Lu­ki milite pour sen­si­bi­li­ser à la mé­de­cine mo­derne, « car une fois que les mé­thodes tra­di­tion­nelles s’avèrent in­ef­fi­caces, c’est sou­vent trop tard », re­gret­tet-il. Les ser­vices de sen­si­bi­li­sa­tion et d’édu­ca­tion of­ferts par le CBEP prennent dif­fé­rentes formes. « Nous tra­vaillons avec les com­mu­nau­tés re­li­gieuses et eth­no­cul­tu­relles, nous ai­dons dans le do­maine des soins pour les aî­nés, nous avons un pro­gramme pour les dé­lin­quants eth­no­cul­tu­rels, nous fai­sons de la pro­mo­tion des bonnes Le conseil d'ad­mi­nis­tra­tion du CBEP. ha­bi­tudes ali­men­taires, et nous sou­te­nons les gens at­teints de ma­la­die et les sur­vi­vants de ma­la­dies car­diaques », dé­taille le di­rec­teur. Pour se faire en­tendre, l’or­ga­nisme va à la ren­contre de son pu­blic : « On va par exemple dans les églises ou les fêtes com­mu­nau­taires, on dis­tri­bue nos pros­pec­tus, et on a aus­si une page Fa­ce­book et un site Web ». Les pre­miers ré­sul­tats se font dé­jà voir pour le di­rec­teur : « La men­ta­li­té com­mence à chan­ger. De plus en plus les gens font at­ten­tion à leur ré­gime ali­men­taire, ils es­saient de consom­mer plus de fruits et de lé­gumes et ils se rendent compte que l’ac­ti­vi­té phy­sique est une bonne chose ». Afin de prendre en compte la di­ver­si­té cultu­relle et lin­guis­tique de la po­pu­la­tion afri­caine, le CBEP offre ses ser­vices dans les deux langues of­fi­cielles, ain­si que dans plu­sieurs autres langues du conti­nent, comme le swa­hi­li, le lin­ga­la et le wo­lof. L’or­ga­nisme fonc­tionne ac­tuel­le­ment avec trois em­ployés, un conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de sept per­sonnes, plu­sieurs bé­né­voles et est si­tué dans la Ci­té fran­co­phone à Ed­mon­ton.

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