VA­LEN­TINE SKEELS : PRIX DE LA DI­VER­SI­TÉ

Le Franco - - LA UNE - PAR SA­BINE VERZIER

Va­len­tine Skeels, pré­si­dente de l’ACFA ré­gio­nale de Red Deer, a été re­con­nue comme Cham­pionne de la di­ver­si­té et de l’in­clu­sion par Di­ver­si­ty Ma­ga­zine lors des Prix de la di­ver­si­té le 11 mai der­nier. Ori­gi­naire de la Po­ly­né­sie Fran­çaise et Fran­co-Al­ber­taine d’adop­tion de­puis 2002, Va­len­tine Skeels est devenue en 16 ans une fi­gure de la fran­co­pho­nie en Al­ber­ta. Re­tour sur son ex­pé­rience.

Le Fran­co : Que re­pré­sente pour vous ce prix ?

Va­len­tine Skeels : Avant tout, c’est une re­con­nais­sance de la com­mu­nau­té fran­co­phone et de sa di­ver­si­té au sens large. La fran­co­pho­nie al­ber­taine est com­po­sée de pe­tites com­mu­nau­tés fran­co­phones comme la com­mu­nau­té afri­caine, et ce sont ces dif­fé­rents élé­ments qui la com­posent. On cé­lèbre ces dif­fé­rences à tra­vers une langue que nous avons en com­mun.

LF : At­ten­diez-vous à le re­ce­voir ?

VS : Non, pas du tout. C’était une très grande sur­prise et un très grand hon­neur. Deux amies à moi ont éga­le­ment re­çu le prix, et elles m’ont in­for­mée que l’évé­ne­ment al­lait être te­nu à Red Deer. J’ai­me­rais re­mer­cier Leï­la Bu­toyi de l’ACFA pro­vin­ciale pour m’avoir no­mi­née.

LF : Est-ce que la fran­co­pho­nie d’ici est très dif­fé­rente de celle que vous connais­siez en Po­ly­né­sie fran­çaise ?

VS : Quand on vient d’un en­droit où le fran­çais est par­lé cou­ram­ment, où il fait par­tie de notre vie de tous les jours, on ne pense pas à la fran­co­pho­nie. C’est lors­qu’on passe à un mi­lieu mi­no­ri­taire, comme l’Al­ber­ta, qu’on réa­lise qu’on est fran­co­phone. Avant de ve­nir au Ca­na­da, je n’étais pas fran­co­phone, mais j’étais fran­çaise, j’ai même ap­pris le mot « fran­co­pho­nie » ici. Et c’est sûr que main­te­nant, si on me de­mande, je suis Ca­na­dienne, mais je suis avant tout fran­co­phone. Je suis une fran­co­phone de l’Al­ber­ta. C’est grâce aux ef­forts de la com­mu­nau­té que j’ai dé­ci­dé en tant que femme im­mi­grante fran­co­phone de m’im­pli­quer plus. Ces per­sonnes ont contri­bué, de près ou de loin, au fait que je suis main­te­nant une fran­co­phone épa­nouie dans un mi­lieu mi­no­ri­taire.

LF : Se­lon vous, quelle place laisse-t-on à la di­ver­si­té dans la fran­co­pho­nie al­ber­taine ?

VS : Je trouve que même si on sait que la di­ver­si­té existe, nous n’en par­lons pas as­sez. La langue nous réunit tous, on a tous ça en com­mun et on ne peut pas nous le re­ti­rer. À part ça, nous avons nos propres cultures, nos propres ha­bi­tudes et c’est là, à mes yeux, que nous sommes une com­mu­nau­té riche de plu­sieurs cultures qui crée un bel en­semble fran­co­phone. Il n’y a pas de culture plus im­por­tante que les autres, c’est sim­ple­ment une belle va­rié­té. Nous pou­vons po­ser les ques­tions : Qui som­mes­nous ? D’où ve­nons-nous ? Car nous avons tous une his­toire, une rai­son pour les­quelles nous nous sommes re­trou­vés dans une com­mu­nau­té fran­co­phone. Cer­taines per­sonnes ont du mal à se re­con­naître dans cette com­mu­nau­té, car ils ne savent pas qu’il y a une place pour eux. J’ai­me­rais que cette di­ver­si­té soit plus abor­dée, afin de créer un sens d’ap­par­te­nance au sens large. J’ad­mire toutes les per­sonnes qui y contri­buent dé­jà, mais nous pou­vons tou­jours faire plus. Nous pou­vons par­ta­ger notre ex­pé­rience pour que quel­qu’un se re­con­naisse de­dans. Étant une femme im­mi­grante, je peux re­gar­der le par­cours que j’ai par­cou­ru. Si je ra­joute la com­po­sante fran­co­phone, mon ex­pé­rience s’en­ri­chit. Et en­core plus si je ra­joute le fait que je sois ma­man. Ce sont des ex­pé­riences qui peuvent ai­der d’autres per­sonnes qui ar­rivent et qui ne savent pas à quelle porte frap­per. C’est ce­la que j’ai­me­rais conti­nuer, je vou­drais par­ta­ger mon ex­pé­rience, voir d’autres per­sonnes et en­tendre leurs his­toires.

LF : Que sou­hai­tez-vous pour la fran­co­pho­nie al­ber­taine ?

VS : Je sou­haite que tout le tra­vail qui a été fait de­puis des an­nées conti­nue, car bien que nous ap­por­tons notre pierre à l’édi­fice, nos en­fants se­ront là pour prendre la suite. J’ai­me­rais que nos en­fants qui ont gran­di comme fran­co­phones puissent conti­nuer ce qu’on a com­men­cé, comme nous l’avons fait avec ceux qui ont com­men­cé avant nous. Il faut conti­nuer le mo­men­tum, im­pli­quer la com­mu­nau­té et re­con­naître sa di­ver­si­té. Ma fran­co­pho­nie à moi, elle a plu­sieurs ac­cents, plu­sieurs croyances, plu­sieurs cultures.

LF : Quel mes­sage ai­me­riez-vous faire pas­ser aux nou­veaux ar­ri­vants ?

VS : Nous ne sommes pas tous seuls. Il ne faut pas avoir peur de de­man­der en fran­çais, et même si la pre­mière per­sonne à la­quelle vous al­lez vous adres­ser n’au­ra pas la ré­ponse, la deuxième peut l’avoir. Dans les écoles, dans les églises, dans la com­mu­nau­té, il y a tou­jours quel­qu’un qui pour­ra vous ai­der. Le cli­mat est dif­fi­cile ici en Al­ber­ta, et même après 17 hi­vers, je ne m’y fais tou­jours pas. Je ne peux pas dire que c’est fa­cile, mais nous avons la chance d’être ici et d’avoir une place dans cette com­mu­nau­té fran­co­phone. Cer­tains fran­co­phones ar­rivent ici et ont une no­tion li­mi­tée de l’an­glais, le fran­çais peut leur ou­vrir plu­sieurs portes.

LF : Quelle est la force de la fran­co­pho­nie al­ber­taine se­lon vous ?

VS : Cette di­ver­si­té ! Nous avons une com­mu­nau­té com­po­sée de plu­sieurs fac­teurs, de dif­fé­rences et donc nos ex­pé­riences ne sont pas les mêmes. Nous avons éga­le­ment beau­coup de fran­co­phones très im­pli­qués dans la com­mu­nau­té an­glo­phone, ça ne s’ar­rête pas à notre com­mu­nau­té. Ces per­sonnes sont re­con­nues là-bas et ce­la est très im­por­tant pour nous, car ils contri­buent à la com­mu­nau­té an­glo­phone par le biais de leur fran­co­pho­nie. Peut-être qu’ils ont un rôle mi­nime dans notre com­mu­nau­té, mais leur ex­pé­rience dans la leur, ain­si que leur re­con­nais­sance nous aide en tant que fran­co­phones.

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