L’ENSEIGNEMENT PEUT-IL SAU­VER LE FRAN­ÇAIS ?

Le Franco - - LA UNE - Pour vi­si­ter la page Fa­ce­book : www.fa­ce­book.com/ choix­de­theo PAR LU­CAS PILLERI

Le choix de Théo, do­cu­men­taire co­pro­duit par le pro­fes­seur Tho­mas Cau­vin et réa­li­sé par Mi KL Es­pi­nasse, a été dif­fu­sé sa­me­di 26 mai au cSPACE par l’Al­liance fran­çaise de Cal­ga­ry. L’oeuvre met en lu­mière le re­nou­veau du fran­çais en Loui­siane grâce au suc­cès de l’im­mer­sion. Suite à sa dif­fu­sion au Ca­na­da et aux États-Unis, les conver­sa­tions s’animent et la com­mu­nau­té échange afin d’as­su­rer un bel ave­nir à la langue fran­çaise en Amé­rique du Nord.

Théo, c’est ce Loui­sia­nais qui a dé­ci­dé à l’âge de 14 ans d’ap­prendre le fran­çais. Après des études et plu­sieurs sé­jours lin­guis­tiques en France et au Ca­na­da, il est de­ve­nu lui-même pro­fes­seur en im­mer­sion. « Théo est sym­bo­lique car il ré­sume bien le com­bat de ces jeunes en Loui­siane qui veulent pré­ser­ver la langue », in­dique Tho­mas Cau­vin, pro­fes­seur d’his­toire à l’Uni­ver­si­té d’État du Co­lo­ra­do, an­cien­ne­ment à l’Uni­ver­si­té de Loui­siane à La­fayette. Le film de 51 mi­nutes se penche sur le phé­no­mène de l’im­mer­sion fran­çaise en Loui­siane qui de­puis quelques dé­cen­nies re­donne des cou­leurs au fait fran­çais dans la ré­gion. Pour Tho­mas Cau­vin et Mi KL Es­pi­nasse, réa­li­sa­teur et an­cien en­sei­gnant en im­mer­sion fran­çaise en Loui­siane, l’ob­jec­tif était de « mon­trer l’en­vers du dé­cor ». En se ba­sant sur les té­moi­gnages de nom­breux ac­teurs du sec­teur fran­co­phone, tels que des en­sei­gnants, des élèves d’im­mer­sion, des hommes et femmes po­li­tiques, des his­to­riens, d’an­ciens pré­si­dents du CODOFIL (Con­seil pour le dé­ve­lop­pe­ment du fran­çais en Loui­siane) et des sé­na­teurs, les deux pas­sion­nés ont vou­lu mettre en avant « tous ces ac­teurs ano­nymes comme Théo » qui per­mettent au fran­çais de briller.

S’AP­PUYER SUR L’HIS­TOIRE

Si la Loui­siane s’en sort aus­si bien, c’est aus­si grâce à sa riche his­toire fran­co­phone. C’est par l’ac­ti­visme de ses dé­fen­seurs que l’état a su re­nouer avec ses ra­cines fran­co­phones mul­tiples. « Les Ca­juns, ou Ca­diens, ont fait un tra­vail im­por­tant, sou­ligne le pro­fes­seur d’his­toire. Le sud-ouest de la Loui­siane est de­ve­nu un pays aca­dien dès le mi­lieu du 18e siècle. Il y a eu aus­si beau­coup de Créoles et de Ca­ri­béens fran­co­phones, et des Fran­çais sont ar­ri­vés au 17e siècle. Même cer­taines tri­bus au­toch­tones parlent fran­çais. Il y a une grande plu­ra­li­té ». La Loui­siane est l’une des rares ré­gions en Amé­rique où le fran­çais est une langue d’hé­ri­tage. « Ça fait par­tie de la culture lo­cale, il y a une his­toire fa­mi­liale, on trouve sou­vent des grands-pa­rents qui parlent en­core fran­çais. Et on peut re­lier la langue à la mu­sique, à la nour­ri­ture et à l’his­toire », ob­serve Tho­mas Cau­vin. Théo re­prend donc le flam­beau. En tant que l’un des seuls Loui­sia­nais à en­sei­gner dans les pro­grammes d’im­mer­sion de sa ré­gion na­tale, il est em­blé­ma­tique de ce re­nou­veau et mi­lite pour don­ner plus de poids à ses com­pa­triotes dans l'enseignement de la langue de Mo­lière.

LA FRAN­CO­PHO­NIE IN­TER­NA­TIO­NALE À LA RESCOUSSE

Mais, mal­gré les ef­forts de cer­tains ha­bi­tants comme Théo, la Loui­siane a dû se tour­ner vers l’ex­té­rieur pour pal­lier le manque de res­sources. Le film dé­voile la réa­li­té du ter­rain dans cet état du Sud des États-Unis « où les Loui­sia­nais fran­co­phones ont réus­si à sau­ver le fran­çais grâce aux com­mu­nau­tés in­ter­na­tio­nales », d’après le pro­fes­seur et pro­duc­teur. En ef­fet, les pro­grammes d’im­mer­sion lo­caux n’ont eu de choix que de re­cru­ter à l’in­ter­na­tio­nal et ain­si « la plu­part des pro­fes­seurs d’im­mer­sion ne sont pas Amé­ri­cains mais Afri­cains, Fran­çais, Belges ou Ca­na­diens ». C’est grâce à cette ou­ver­ture de la Loui­siane à la fran­co­pho­nie in­ter­na­tio­nale que le fran­çais a pu se sta­bi­li­ser dans la ré­gion. L’en­jeu est de taille puis­qu’il s’agit aus­si de pré­ser­ver l’hé­ri­tage an­ces­tral des Ca­juns, Créoles et Fran­çais.

PAR­TA­GER POUR FAIRE AVAN­CER

En étant dif­fu­sé dans plus de qua­rante salles aux États-Unis et au Ca­na­da, le do­cu­men­taire sus­cite l’in­té­rêt et en­gage le dé­bat. « Au Ca­na­da, on voit sou­vent des com­pa­rai­sons entre la Loui­siane et les pro­vinces ca­na­diennes, alors qu’aux États-Unis on pose plu­tôt des ques­tions sur le sys­tème édu­ca­tif et les moyens al­loués », rap­porte Tho­mas Cau­vin. Dans le cadre de sa tour­née au Ca­na­da, les Al­liances fran­çaises d’Ot­ta­wa, Win­ni­peg, Vic­to­ria, Cal­ga­ry et Van­cou­ver ont pu pro­je­ter le film. Cô­té États-Unis, il a été dif­fu­sé dans les Al­liances de la Nou­velle Or­léans, La­fayette, Den­ver et Wor­ces­ter, ain­si que dans des chambres de com­merce et des écoles fran­çaises en Nou­velle-An­gle­terre, et chez plu­sieurs as­so­cia­tions de pro­fes­seurs de fran­çais et de pa­rents d’élèves. En com­pa­rant la fran­co­pho­nie loui­sia­naise à la fran­co­pho­nie ca­na­dienne, ou al­ber­taine en l’oc­cur­rence, « on ar­rive à mieux cer­ner les en­jeux, les dé­fis et les so­lu­tions ». Pour le pro­duc­teur, le film per­met ain­si de « re­lier les com­mu­nau­tés fran­co­phones d’Amé­rique du Nord qui sont sou­vent iso­lées », tout en fai­sant la pro­mo­tion de l’im­mer­sion. « On es­père contri­buer à la créa­tion d’un ré­seau d’échange », com­plète le pas­sion­né. Le do­cu­men­taire est mis gra­tui­te­ment à la dis­po­si­tion des écoles, conseils sco­laires, bi­blio­thèques, et autres as­so­cia­tions in­té­res­sées.

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