CÉFFA : PÈ­LE­RI­NAGE DANS LES ROCHEUSES

Le Franco - - LA UNE - PAR LU­CAS PILLERI

Le Con­seil de l'édu­ca­tion de la foi ca­tho­lique chez les fran­co­phones de l'Al­ber­ta (CÉFFA) a of­fert un sé­jour de res­sour­ce­ment dans les sentiers des Rocheuses. Du 18 au 20 mai der­niers, un groupe de 26 Fran­co-Al­ber­tains ont ten­té l'ex­pé­rience afin d'ap­pro­fon­dir leur spi­ri­tua­li­té chré­tienne. En de­hors des murs de leur pa­roisse, ils ont par­cou­ru une tren­taine de ki­lo­mètres ac­com­pa­gnés par Bottes et Vélo, une en­tre­prise qué­bé­coise spé­cia­li­sée dans la for­ma­tion et l’ac­com­pa­gne­ment des pè­le­rins. Ren­contre avec son co­fon­da­teur, Éric La­li­ber­té.

Le Fran­co : Bon­jour Éric. Pou­vez-vous nous ex­pli­quer ce qui vous a ame­né à créer Bottes et Vélo ?

Éric La­li­ber­té : Je suis doc­to­rant en théo­lo­gie à l’Uni­ver­si­té La­val. Je suis spé­cia­li­sé en ac­com­pa­gne­ment spirituel du pè­le­rin de longue ran­don­née. Je pra­tique le pè­le­ri­nage de­puis 2005. Pour mes 40 ans, je suis par­ti faire Com­pos­telle et ça a été un tour­nant dans ma vie. J’y re­tourne pour une qua­trième fois cet été. Les voyages ont tou­jours été pour moi une ma­nière d’al­ler à la ren­contre de l’autre et de grandir. C’est avec cette idée en tête que j’ai créé Bottes et Vélo il y a 5 ans. C’est un centre de for­ma­tion ins­pi­ré de la dé­marche de Com­pos­telle où nous of­frons des sé­jours de 2-3 jours jus­qu’à 15 jours au Qué­bec. LF : Est-ce la pre­mière fois que vous or­ga­ni­sez un pè­le­ri­nage en Al­ber­ta ? En quoi consiste-t-il ?

Éric L. : Oui, c’est la pre­mière fois. J’ai ren­con­tré Ca­ro­line Maillet-Rao, co­or­don­na­trice du CÉFFA, qui vou­lait of­frir aux Fran­co-Al­ber­tains ca­tho­liques la chance de vivre leur spi­ri­tua­li­té de fa­çon dif­fé­rente. Le prin­cipe est de se re­trou­ver au mi­lieu des sanc­tuaires na­tu­rels des Rocheuses, dans des en­droits qui nous coupent le souffle. On va d’un vil­lage à l’autre, dans un es­prit de ren­contre. C’est l’oc­ca­sion de sor­tir de son quo­ti­dien, de ses ha­bi­tudes, de se lais­ser chan­ger par l’ex­pé­rience. On n’est pas un club de marche ni une agence de voyage, on est vrai­ment au ni­veau de la for­ma­tion et de l’ac­com­pa­gne­ment des gens dans leur dé­marche sur les as­pects phy­siques, psy­chiques et spi­ri­tuels. LF : Quel type d’ac­com­pa­gne­ment of­frez­vous lors du pè­le­ri­nage ?

Éric L. : On offre des exer­cices tout au long du par­cours, comme la lec­ture de textes de ré­flexion, l’ob­ser­va­tion phy­sique avec l’odeur, la vue, les sen­sa­tions et les sen­ti­ments. On s’ins­pire de la dé­marche sur le che­min de Com­pos­telle : on se sent tou­jours tou­riste au dé­but, mais après ça on de­vient ran­don­neur. Le but est de s’ob­ser­ver dans la dé­marche. On aide les par­ti­ci­pants à faire le lien entre l’ex­pé­rience et leur vie, à prendre conscience du trop-plein, des en­com­bre­ments qui alour­dissent leur vie. Bri­gitte Ha­rou­ni, co­fon­da­trice de Bottes et Vélo, fait aus­si par­tie du voyage et s’oc­cupe de tout le vo­let pé­da­go­gique. LF : Est-ce une for­mule qui sé­duit ?

Éric L. : Au dé­but des an­nées 1980, on comp­tait à peine 500 pè­le­rins par an qui ar­ri­vaient à la ca­thé­drale Saint-Jacques de Com­pos­telle. En 2017, on en dé­nom­brait 300 000 ! La for­mule qui plaît, c’est le pè­le­ri­nage de longues ran­don­nées. Ça s’est af­fran­chi de la re­li­gion pour de­ve­nir un es­pace de ren­contre in­ter­re­li­gieuse et d’in­ter­spi­ri­tua­li­té. Et pour les croyants, c’est un ap­pro­fon­dis­se­ment de la foi. LF : Quels sont les bé­né­fices de ce genre de sé­jours ?

Éric L. : C’est une fa­çon de se sor­tir de sa rou­tine. Les gens trouvent qu’on manque de temps, alors c’est une fa­çon de sor­tir du temps, de sor­tir de l’ur­gence. En mar­chant, on passe dans un autre monde. Et puis il y a toute la di­men­sion com­mu­nau­taire, la ren­contre avec les autres : dis­cu­ter, échan­ger et re­ve­nir à soi, prendre conscience de ce qui est bon dans la vie, de ce qui nous fait du bien. Au mi­lieu de toutes ces in­ci­ta­tions à la consom­ma­tion, ça per­met de prendre le temps de pro­fi­ter avec peu de choses, juste un sac à dos pen­dant plu­sieurs jours et rien ne manque ! LF : Com­ment dé­fi­nis­sez­vous le pè­le­rin ?

Éric L. : Le pè­le­rin, c’est ce­lui qui quitte ses repères usuels. Le che­min qu’il em­prunte est la voie qu’il prend le temps d’ex­pé­ri­men­ter pour at­teindre le sanc­tuaire. Le sanc­tuaire, ce n’est pas une bâ­tisse mais un es­pace dans le­quel on s’épa­nouit. LF : Quel est l’im­pact de ces pè­le­ri­nages sur les par­ti­ci­pants ?

Éric L. : Les gens nous disent qu’ils ont vé­cu quelque chose d’ex­tra­or­di­naire et de bou­le­ver­sant. Bottes et Vélo les aide à in­té­grer cette ex­pé­rience dans leur vie, à ci­bler les choses im­por­tantes dans leur dé­marche, ce qui les a fait vi­brer, et com­ment ils peuvent re­tour­ner chez eux en sa­chant ce qui leur fait du bien, afin de trans­for­mer tran­quille­ment leur quo­ti­dien. LF : À qui s’adresse cette ex­pé­rience ?

Éric L. : Les pro­fils sont va­riés. Il y a des gens qui res­sentent que leur vie manque de pi­quant, que quelque chose est éteint. Par­fois ce sont des gens en deuil. De fa­çon gé­né­rale, ce sont des gens en tran­si­tion qu’on aide à se res­sai­sir. Ils sentent que leur vie manque de sens, même s’il n’y a pas for­cé­ment quelque chose qui va mal. La plu­part du temps ils sont dans la qua­ran­taine ou au­tour de la re­traite, ren­dus à une étape de leur vie où un chan­ge­ment s’opère. Ou bien ce sont des jeunes dans la ving­taine qui ar­rivent à la fin des études et se re­trouvent dans la vie d’adulte sur le marché du tra­vail. L’an pro­chain, Bottes et Vélo re­vien­dra en Al­ber­ta pour of­frir en par­te­na­riat avec le CÉFFA un pè­le­ri­nage du cô­té de Lac La Biche sur le thème de la ré­con­ci­lia­tion. Contac­ter le CÉFFA pour plus de ren­sei­gne­ments.

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