L.O. : NOU­VELLE AP­PROCHE RÉ­GLE­MEN­TAIRE

Le Franco - - LA UNE -

Quatre mois après son en­trée en fonc­tion, le com­mis­saire aux langues of­fi­cielles (CLO) a pu­blié le 10 mai un Rap­port spé­cial au Par­le­ment sur la mo­der­ni­sa­tion du Rè­gle­ment de la Loi sur les langues of­fi­cielles. En concluant son rap­port de 22 pages, il émet une seule re­com­man­da­tion : qu’un des co­mi­tés per­ma­nents des langues of­fi­cielles étu­die les en­jeux re­la­tifs à une mo­der­ni­sa­tion en pro­fon­deur du vo­let com­mu­ni­ca­tions avec le pu­blic et pres­ta­tion de ser­vices du Rè­gle­ment sur les langues of­fi­cielles.

Ray­mond Thé­berge qua­li­fie cette ré­vi­sion d’« oc­ca­sion ex­tra­or­di­naire ». Il pri­vi­lé­gie « une ap­proche fon­dée sur des prin­cipes» afin de mettre en place « un cadre rè­gle­men­taire du­rable et fi­dèle aux va­leurs fon­da­men­tales de la Loi et de la Charte ca­na­dienne des droits et li­ber­tés ». Dans son rap­port, le CLO ré­sume les évè­ne­ments po­li­tiques et ju­ri­diques ain­si que les in­ter­ven­tions de ses pré­dé­ces­seurs ayant af­fec­té l’ap­pli­ca­tion de la rè­gle­men­ta­tion de­puis la ré­forme lé­gis­la­tive en 1988. Il rap­pelle aus­si les prin­cipes mis de l’avant par le com­mis­sa­riat en 2017 : l’ac­ces­si­bi­li­té à des ser­vices de qua­li­té égale dans les deux langues, la prise en compte de la spé­ci­fi­ci­té des com­mu­nau­tés, le ca­rac­tère ré­pa­ra­teur des droits lin­guis­tiques, des me­sures d’in­ci­ta­tion pour l’ap­pa­reil fé­dé­ral et une ap­proche rè­gle­men­taire sim­pli­fiée. Il dresse éga­le­ment un bi­lan des pro­blèmes en­cou­rus et ré­per­to­riés en grande par­tie par le com­mis­saire D’Iber­ville Fortier dès 1990. « Tout comme la Loi est qua­si consti­tu­tion­nelle, sou­tient Ray­mond Thé­berge, il faut re­con­naître que le Rè­gle­ment est qua­si lé­gis­la­tif. »

UNE RE­FONTE EN PRO­FON­DEUR

Le di­rec­teur gé­né­ral de l’Ins­ti­tut ca­na­dien de re­cherche sur les mi­no­ri­tés lin­guis­tiques, Éric Forgues, est d’ac­cord avec les constats du com­mis­saire. « Si le gou­ver­ne­ment met­tait en oeuvre les pro­po­si­tions qui sont faites, on au­rait un Rè­gle­ment net­te­ment plus avan­ta­geux pour les com­mu­nau­tés. » Éric Forgues trouve es­sen­tiel d’in­sis­ter sur le ca­rac­tère ré­pa­ra­teur des droits lin­guis­tiques et il ap­pré­cie la sug­ges­tion de sim­pli­fier la rè­gle­men­ta­tion. « C’est très com­plexe pour le pu­blic qui ne com­prend pas la lo­gique de son ap­pli­ca­tion. » Pour qu’une co­hé­rence s’im­pose, es­time le so­cio­logue, il faut « évi­ter des si­tua­tions ab­surdes comme celle où un voyageur perd ses droits dans un avion entre deux aé­ro­ports. Ou en­core celle où les fran­co­phones plus nom­breux dans une ville n’ont pas droit à des ser­vices pu­blics dans les deux langues of­fi­cielles, alors que les fran­co­phones moins nom­breux ailleurs y ont droit. » De plus, le cher­cheur ap­pré­cie que le com­mis­saire re­prenne la pro­po­si­tion ori­gi­nale de la sé­na­trice Ma­ria Cha­put (dans une sé­rie de pro­jets de loi à par­tir de 2010) de rendre plus in­clu­sive la dé­fi­ni­tion de la fran­co­pho­nie. « C’est cette ques­tion qui, à l’ori­gine, a dé­clen­ché la ré­vi­sion du Rè­gle­ment. »

UN PRO­CES­SUS LAN­CÉ EN 2016

Suite à des pres­sions de la part des mi­no­ri­tés fran­co­phones in­quiètes no­tam­ment de la fer­me­ture de bu­reaux fé­dé­raux, Pa­tri­moine ca­na­dien et le Con­seil du Tré­sor ont an­non­cé en 2016 la ré­vi­sion du Rè­gle­ment et l’adop­tion d’une nou­velle ver­sion en 2019. Un des co­mi­tés des langues of­fi­cielles du Par­le­ment, ce­lui du Sé­nat, a en­ta­mé en 2017 une ré­vi­sion de l’en­semble du texte lé­gis­la­tif. Il a te­nu jus­qu’à

«TOUT COMME LA LOI EST QUA­SI CONSTI­TU­TION­NELLE, IL FAUT RE­CON­NAÎTRE QUE LE RÈ­GLE­MENT EST QUA­SI LÉ­GIS­LA­TIF. » - RAY­MOND THÉ­BERGE

« SI LE GOU­VER­NE­MENT MET­TAIT EN OEUVRE LES PRO­PO­SI­TIONS QUI SONT FAITES, ON AU­RAIT UN RÈ­GLE­MENT NET­TE­MENT PLUS AVAN­TA­GEUX POUR LES COM­MU­NAU­TÉS. » - ÉRIC FORGUES, DI­REC­TEUR GÉ­NÉ­RAL DE L’INS­TI­TUT CA­NA­DIEN DE RE­CHERCHE SUR LES MI­NO­RI­TÉS LIN­GUIS­TIQUES

pré­sent une tren­taine de consul­ta­tions et en­ten­du quelque 120 té­moins. Son rap­port est at­ten­du en 2019, au mo­ment du 50e an­ni­ver­saire de la Loi. Le com­mis­saire a lan­cé en avril sa propre consul­ta­tion sur la Loi par l’en­tre­mise d’un for­mu­laire en ligne. La cueillette de com­men­taires se ter­mi­ne­ra le 31 mai.

Ray­mond Thé­berge, co­mis­saire aux langues.

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