LA MARIJUANA FAIT AUS­SI SA REN­TRÉE

Le Franco - - RÉGIONS - PAR FUAT SEKER

C’est la ren­trée, et il est temps pour les uni­ver­si­tés canadiennes d’éla­bo­rer des po­li­tiques en ré­ac­tion à la lé­ga­li­sa­tion du can­na­bis. Bon nombre d’in­cer­ti­tudes de­meurent, mais une chose est cer­taine, se­lon la doc­teure Pa­tri­cia Con­rod, cher­cheuse fi­nan­cée par les Ins­ti­tuts de re­cherche en san­té du Ca­na­da (IRSC) dans le do­maine du can­na­bis, et pro­fes­seure de psy­chia­trie à l’Uni­ver­si­té de Mon­tréal, « au-de­là d’im­po­ser des règles strictes, les cam­pus doivent se pré­pa­rer à ac­com­pa­gner leurs étu­diants à tra­vers des pro­grammes de pré­ven­tion ».

C’est le 19 juin 2018 que le pro­jet de loi sur la lé­ga­li­sa­tion du can­na­bis a été adop­té, mais sa vente lé­gale ne com­men­ce­ra qu’à par­tir du 17 oc­tobre. « Les dif­fé­rentes pro­vinces et mu­ni­ci­pa­li­tés ont dé­jà im­po­sé cer­taines lignes di­rec­trices et restrictions. Les uni­ver­si­tés de­vront donc dans un pre­mier temps te­nir compte de plu­sieurs ni­veaux de ré­gle­men­ta­tion dans l’éla­bo­ra­tion de leurs po­li­tiques », ex­plique Mme Con­rod qui sou­ligne par ici la com­plexi­té de la tâche.

Alors que le cadre en­tou­rant la lé­ga­li­sa­tion du can­na­bis évo­lue constam­ment, et laisse plu­sieurs ques­tions sans ré­ponse, la ville de Calgary a dé­jà pris les de­vants. Le 4 avril 2018, son conseil mu­ni­ci­pal avait ap­prou­vé un sta­tut in­ter­di­sant toute consom­ma­tion de can­na­bis en pu­blic, avant de cou­per la poire en deux le 29 août. Elle a fi­na­le­ment dé­voi­lé quatre lieux po­ten­tiels où il se­rait pos­sible de consom­mer du can­na­bis en pu­blic. « Dans ce cas-là, la po­li­tique uni­ver­si­taire sur les es­paces ex­té­rieurs de­vra donc res­pec­ter cette me­sure », tient à pré­ci­ser la cher­cheuse de l’IRSC. L’hé­té­ro­gé­néi­té du mi­lieu uni­ver­si­taire contri­bue éga­le­ment aux dif­fi­cul­tés, car sur le cam­pus il y a aus­si des en­fants qui uti­lisent les ins­tal­la­tions. Lorsque l’on de­mande à Pa­tri­cia Con­rod s’il est réel­le­ment pos­sible de per­mettre la consom­ma­tion de can­na­bis n’im­porte où sur le cam­pus, elle ré­pond : « L’odeur que dé­gage la plante re­pré­sente un pro­blème pra­tique, et au­de­là de ça il y a les ob­jec­tifs de la loi, comme pro­té­ger les en­fants. Ces consi­dé­ra­tions sont vrai­ment im­por­tantes ».

QUELS IM­PACTS ?

« Plu­sieurs études aux ÉtatsU­nis ont mon­tré que la lé­ga­li­sa­tion du can­na­bis n’a pas d’ef­fet à court terme, en re­vanche le pro­ces­sus de lé­ga­li­sa­tion qui dure 2 à 3 ans a un im­pact ma­jeur », com­mente la cher­cheuse avant de dé­crire le pro­ces­sus : « Il sem­ble­rait que ce soit le pro­ces­sus de lé­ga­li­sa­tion qui soit à la base de la pro­mo­tion des at­ti­tudes plus li­bé­rales vis-à-vis du can­na­bis. La consé­quence, c’est une hausse de consom­ma­tion par­mi les jeunes adultes, et les jeunes adultes consti­tuent la po­pu­la­tion ma­jo­ri­taire sur les cam­pus ».

La doc­teure ex­plique qu’à court terme, la consom­ma­tion de can­na­bis « ra­len­tit le fonc­tion­ne­ment cog­ni­tif, per­cep­tuel et les in­ter­ac­tions fonc­tion­nelles ». À long terme, « les fonc­tions de la mé­moire et toutes les fonc­tions exé­cu­tives sont tou­chées. Le plus grave, c’est son im­pact sur la san­té men­tale ».

Pa­tri­cia Con­rod pré­co­nise un ac­com­pa­gne­ment des ser­vices pour leurs étu­diants à tra­vers des pro­grammes de pré­ven­tions, et des in­ter­ven­tions concrètes sur le ter­rain. « Il faut les ac­com­pa­gner so­cia­le­ment, psy­cho­lo­gi­que­ment, et ne pas ou­blier le sec­teur de la dé­pen­dance », sug­gère-t-elle.

DÉPÉNALISER POUR MIEUX EN­CA­DRER

La cher­cheuse dans le do­maine du can­na­bis ad­met vo­lon­tiers son pa­ra­doxe. Même si elle af­firme que « les bé­né­fices de la marijuana sur la san­té sont nuls, et voire qua­si­ment in­exis­tants », elle pré­tend quand même que la cor­po­ra­tion mé­di­cale re­com­mande la dé­cri­mi­na­li­sa­tion de la consom­ma­tion de drogues. « La com­mu­nau­té mé­di­cale avait tout de même conseillé un âge mi­ni­mum de 25 ans pour sa consom­ma­tion », pré­cise-t-elle.

En­ca­drer pour mieux ré­gu­ler, voi­là la so­lu­tion se­lon le doc­teur Con­rod. « Si la consom­ma­tion est pu­nie, alors il est im­pos­sible d’of­frir et d’im­plan­ter des me­sures ré­gu­la­trices ». De plus, de­puis le 16 jan­vier, les Ins­ti­tuts de re­cherche en san­té du Ca­na­da (IRSC) ont nom­mé 14 pro­jets qui se par­ta­ge­ront 1,4 mil­lion de dol­lars en sub­ven­tions du pro­gramme Ca­ta­ly­seur dans le but d’étu­dier les ré­per­cus­sions du can­na­bis, des études qui n’au­raient pas pu être me­nées sans cette lé­ga­li­sa­tion.

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