LES LAURIERS DU RDÉE

Le Franco - - FRANCOPHONIE - PAR AN­DRÉ MA­GNY (FRANCOPRESSE)

Dans le cadre du ga­la des Lauriers de la PME, le Ré­seau de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et d’em­ploya­bi­li­té (RDÉE) du Ca­na­da a sou­li­gné le 11 sep­tembre der­nier l’ex­cel­lence des en­tre­pre­neurs fran­co­phones oeu­vrant au Ca­na­da, et par le fait même le par­cours par­fois éton­nant et dis­pa­rate de per­sonnes qui n’ont pas eu peur de fon­cer. C’est à Van­cou­ver qu’a eu lieu la cé­ré­mo­nie ren­dant hom­mage à l’ex­cel­lence en­tre­pre­neu­riale de pe­tites et moyennes en­tre­prises (PME) fran­co­phones et aca­dienne du Ca­na­da. À tous les deux ans de­puis 2001, ce con­cours vise à mon­trer l’ap­port de ces en­tre­prises à leur com­mu­nau­té et à l’éco­no­mie ca­na­dienne, ain­si que la va­leur ajou­tée du fran­çais en af­faires. À ce jour, plus de 200 can­di­da­tures ont été éva­luées. Celles-ci sont no­tées se­lon des cri­tères pré­cis, qui consi­dèrent la per­for­mance éco­no­mique de l’en­tre­prise (70% du poin­tage) et l’en­ga­ge­ment so­cial de l’en­tre­prise (30%). Le pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral du RDÉE Ca­na­da, Jean-Guy Bi­geau, sou­ligne que « le ga­la des Lauriers de la PME 2018 ré­af­firme la vi­ta­li­té des com­mu­nau­tés mi­no­ri­taires fran­co­phones et aca­dienne. Ce sont des com­mu­nau­tés dy­na­miques qui mettent sur pied des pro­jets no­va­teurs », dit-il. La ré­com­pense re­mise à Au­ré­lien Ba­lon­do­na, dans la ca­té­go­rie En­tre­prise di­ri­gée par un en­tre­pre­neur im­mi­grant, illustre par­fai­te­ment les pro­pos de M. Bi­geau. L’in­gé­nieur ori­gi­naire du Ca­me­roun s’est éta­bli à Cal­ga­ry en 2010. Six mois plus tard, il de­ve­nait chef de pro­jet dans une en­tre­prise lo­cale. Après des re­cherches sur les codes de construc­tion au Ca­na­da et en Al­ber­ta, il s’est aper­çu qu’il y avait des op­por­tu­ni­tés énormes pour construire des mai­sons plus éco­lo­giques. En 2014, après que son em­ployeur ait été for­cé à fer­mer ses portes en rai­son de la crise pé­tro­lière, il s’est lan­cé en af­faires en fon­dant Nov­haüs à Edmonton. Son prin­ci­pal ma­té­riau : des conte­neurs ma­ri­times. Dé­pen­dam­ment de la sur­face à construire, les conte­neurs sont dé­cou­pés en mo­dules de dif­fé­rentes gran­deurs « que nous re­col­lons comme des Le­go pour nous don­ner la sur­face es­comp­tée. En ce qui concerne les conte­neurs ma­ri­times, on les trouve par­tout dans le monde en­tier et nous pou­vons au­jourd’hui prendre les tech­no­lo­gies que nous avons dé­ve­lop­pées et les mettre à la dis­po­si­tion des en­tre­pre­neurs lo­caux. » Des pan­neaux so­laires peuvent éga­le­ment être ajou­tés pour maxi­mi­ser l’éner­gie au sein de la mai­son.

DE L’AVE­NIR POUR L’AGRI­CUL­TURE

Les Lauriers in­citent-ils les en­tre­pre­neurs à pour­suivre dans leur voie ? Outre le 1000 $ que re­çoit cha­cun des ga­gnants, sorte de tape, Ke­vin Ar­se­neau, ga­gnant avec sa conjointe Ré­be­ka Fra­zer-Chias­son de La Ferme Terre par­ta­gée, de Ro­gers­ville au Nou­veau-Bruns­wick, dans la ca­té­go­rie En­tre­prise di­ri­gée par un jeune en­tre­pre­neur, est d’avis que cette ré­com­pense en­voie aus­si un si­gnal à « notre com­mu­nau­té, en leur mon­trant qu’on est ca­pable. Ça donne es­poir aux gens que l’agri­cul­ture est en­core viable. » Une ferme dans l’ar­riè­re­pays aca­dien ga­gnante d’un prix d’en­ver­gure na­tio­nale, ce n’est pas rien. Si la co­opé­ra­tive Ferme Terre par­ta­gée pro­dui­sait es­sen­tiel­le­ment des fraises au dé­part, elle est main­te­nant ren­due à plus d’une cin­quan­taine de va­rié­tés de lé­gumes en plus de pro­duire du porc, des vaches et des dindes. Pour Ke­vin Ar­se­neau, aus­si can­di­dat pour le Par­ti vert dans la cam­pagne élec­to­rale néo-bruns­wi­ckoise et qui a re­çu le sou­tien de Da­vid Su­zu­ki dans son com­té de Kent, c’est aus­si une preuve qu’il y a « une nou­velle vague de bio, plus re­ven­di­ca­trice, en Aca­die. » Si, his­to­ri­que­ment, les Aca­diens ne sont pas vrai­ment un peuple d’agri­cul­teurs, le Lau­rier du RDÉE dit éga­le­ment que «des pay­sans peuvent aus­si ga­gner leur vie chez les Aca­diens. »

1 $ = 4 $ FRANCOS

Se­lon une étude me­née en 2017 par RDÉE Ca­na­da pour dres­ser un por­trait des re­tom­bées éco­no­miques dans les com­mu­nau­tés fran­co­phones et aca­dienne lors­qu’on y in­ves­tit 1 $, ce­la gé­né­re­rait 4 $. D’un cô­té, un en­tre­pre­neur albertain comme Au­ré­lien Ba­lon­do­na es­time que son en­tre­prise Nov­haüs est une va­leur ajou­tée pour sa com­mu­nau­té parce qu’elle vise trois ob­jec­tifs : so­cial parce qu’elle offre la pos­si­bi­li­té à toute per­sonne d’avoir un ha­bi­tat ra­pide à construire, éco­no­mique puisque 20 % moins cher que les mai­sons tra­di­tion­nelles et en­fin éco­lo­giques puis­qu’elle mise sur l’en­vi­ron­ne­ment. De l’autre, des agri­cul­teurs en­ga­gés comme Ke­vin Ar­se­neau, Ré­be­ka Fra­zerC­hias­son avec leurs par­te­naires Jean-Eudes (le pa­pa de Ré­be­ka) et Oli­vier Bras­sard, ori­gi­naire du Sa­gue­nay-Lac-Saint-Jean, qui font de la Ferme Terre par­ta­gée un lieu co­opé­ra­tif axé sur l’agro éco­lo­gie pay­sanne et la sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire au point où la ferme passe de 20 pa­niers bio et un mar­ché fer­miers en 2014 à 150 pa­niers bio et 5 mar­chés fer­miers en 2018. Le vi­sage des PME se­rait-il vrai­ment en train de chan­ger ?

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