NOU­VEL AR­RI­VANT : ÉVI­TER LE DÉCROCHAGE SCO­LAIRE

Le Franco - - LA UNE - PAR ALFRED M. LUKHANDA

Chaque an­née, des mil­liers de nou­veaux arrivants viennent s’éta­blir au Ca­na­da. Par­mi eux, de nom­breux en­fants dont cer­tains ont at­ten­du plu­sieurs an­nées, soit dans un pays en guerre, soit dans un camp de ré­fu­giés, ou en­core dans un pays de tran­sit. Dans les se­maines ou les mois qui suivent leur ar­ri­vée, les en­fants prennent alors le che­min de l’école. Com­ment évi­ter l’écueil du décrochage sco­laire face à un tel contraste de réa­li­té et de cul­ture ? Une ren­trée sco­laire qui se fait dans les règles ou presque. Pamphile Mburugu, dont l’épouse et les 6 en­fants viennent de Bu­ka­vu, à l’est de la Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique du Con­go, me­sure l’am­pleur des dé­fis aux­quels vont être confron­tés leurs en­fants : « Tout est nou­veau pour eux : la langue, le cli­mat, la cul­ture, le sys­tème édu­ca­tif ». Quelles dis­po­si­tions les mi­lieux sco­laires, les or­ga­nismes d’ac­cueil et d’éta­blis­se­ment ou en­core les com­mu­nau­tés eth­no­cul­tu­relles pren­nen­tils pour fa­ci­li­ter l’in­té­gra­tion sco­laire de ces en­fants afin de les mettre à l’abri du décrochage et de l’échec ?

DES IN­QUIÉ­TUDES JUSTIFIÉES

Le décrochage sco­laire est un mal ré­pan­du sur l’en­semble du ter­ri­toire ca­na­dien. Rap­pe­lons quelques faits. Deux rap­ports sur le décrochage sco­laire pu­bliés en 2009 au Qué­bec dressent un por­trait de la si­tua­tion. Les chiffres qu’ils don­naient étaient alar­mants : « 27% au se­con­daire, 33 % en for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, 40% dans la for­ma­tion des adultes, 61% au cé­gep... Voi­là les pour­cen­tages d’élèves au Qué­bec qui dé­crochent avant la fin de leurs études ». Telle fut la conclu­sion de l’étude me­née par Pierre Pot­vin de l’Uni­ver­si­té du Qué­bec à Trois-Ri­vières. Le rap­port du Groupe d’ac­tion sur la per­sé­vé­rance sco­laire di­ri­gé par l’homme d’af­faires mont­réa­lais, Jacques Mé­nard, par­lait quant à lui d’un taux avoi­si­nant 31%. Dans son ré­cent rap­port in­ti­tu­lé Décrochage sco­laire au Qué­bec : dix ans de sur­place, mal­gré les ef­forts de fi­nan­ce­ment, pu­blié en mai 2018, l’Ins­ti­tut du Qué­bec es­time que la pro­vince du Qué­bec conti­nue à pré­sen­ter la pire per­for­mance au ni­veau ca­na­dien : l’écart est de 20% avec l’On­ta­rio (84%), la Nou­velle-Écosse (84%) et le Nou­veau-Bruns­wick (84%). L’avant-der­nière place est oc­cu­pée par la Sas­kat­che­wan (72%), sui­vie de l’Al­ber­ta (75%), du Ma­ni­to­ba (76%) et de la Co­lom­bie-Bri­tan­nique (77%). Entre les deux blocs se si­tuent Terre-Neuve-etLa­bra­dor (82%) et l’Île- du-Prince-Édouard (80%). Comme on peut le consta­ter, le pro­blème est pan­ca­na­dien. Aus­si, les nou­veaux arrivants qui prennent connais­sance de telles sta­tis­tiques pa­niquent…. Éta­bli à Mon­tréal de­puis en­vi­ron 18 ans, Ju­lien Ku­ku se sou­vient de dé­fis aux­quels il était confron­té : « Le sys­tème édu­ca­tif dans le­quel nous avons étu­dié est to­ta­le­ment dif­fé­rent de ce­lui dans le­quel étu­dient nos en­fants. Il y a des choses que nous ap­pre­nions en même temps que nos en­fants quand nous les as­sis­tions dans leurs de­voirs ». Le père de fa­mille men­tionne aus­si que les ho­raires de tra­vail par­fois aty­piques ne per­met­taient pas à cer­tains pa­rents d’être à la mai­son au mo­ment où leurs en­fants avaient be­soin de leur aide pour les de­voirs. Et pour les pa­rents qui ne connais­saient pas la langue dans la­quelle étu­diaient leurs en­fants, l’échec sco­laire pa­rais­sait dif­fi­cile à conju­rer. Au­tant de fac­teurs qui ali­mentent les in­quié­tudes des nou­veaux arrivants face au nou­veau sys­tème sco­laire dans le­quel doivent s’in­té­grer leurs en­fants.

LES OR­GA­NISMES D’AC­CUEIL CONSCIENTS DES PRO­BLÈMES

In­ter­pel­lé par les dé­fis d’in­té­gra­tion dans les mi­lieux sco­laires, le Centre d’ac­cueil et d’éta­blis­se­ment du Nord de l’Al­ber­ta prend, dès sa créa­tion, le tau­reau par les cornes. « On a com­men­cé par des ate­liers d’aide aux de­voirs pour la mise à ni­veau, ex­plique Yao Dat­té, co­or­don­na­teur des tra­vailleurs en éta­blis­se­ment dans les écoles. Par la suite, nous avons éla­bo­ré le pro­jet tra­vailleur en éta­blis­se­ment dans les écoles pour un bon sui­vi d’une meilleure in­té­gra­tion des pa­rents et élèves im­mi­grants dans le sys­tème sco­laire. Dans un troi­sième temps, nous avons mis en place les pro­jets des camps d’été an­glais langue se­conde pour la mise à jour des im­mi­grants en an­glais sans ou­blier la se­maine d’orien­ta­tion des nou­veaux arrivants pen­dant trois jours d’ate­liers et d’ac­ti­vi­tés di­verses pour une meilleure orien­ta­tion au sys­tème sco­laire et une bonne pré­pa­ra­tion de la ren­trée sco­laire ».

LE CON­SEIL SCO­LAIRE CENTRE-NORD N’EST PAS EN RESTE

Ro­bert Lessard, di­rec­teur gé­né­ral du Con­seil sco­laire Centre-Nord, a vu pas­ser dans les écoles de sa ju­ri­dic­tion de nom­breux en­fants dont plu­sieurs ve­naient de pays en guerre, de camps de ré­fu­giés, ou après de longs dé­lais de réu­ni­fi­ca­tion de fa­mille. Au­tant de si­tua­tions dont l’im­pact sur les ap­pren­tis­sages est per­vers. Pour lui, « les dé­fis peuvent donc être à dif­fé­rents ni­veaux, mais une chose est cer­taine, les en­fants qui nous ar­rivent de si­tua­tions dif­fi­ciles ont une ré­si­lience ex­tra­or­di­naire. Ils mé­ritent notre ad­mi­ra­tion et notre en­ga­ge­ment. Nos écoles se consacrent en­tiè­re­ment à leur dé­ve­lop­pe­ment. Leurs fa­milles sou­haitent leur réus­site et fondent des at­tentes éle­vées en­vers le sys­tème sco­laire pour as­su­rer la for­ma­tion né­ces­saire à cette réus­site ». À la ques­tion de sa­voir quelles me­sures le Con­seil sco­laire pre­nait pour pré­ve­nir le décrochage sco­laire de ces en­fants, le res­pon­sable a in­di­qué sans am­bages « le rôle de liai­son es­sen­tiel entre la fa­mille et l'école que jouent les tra­vailleurs en éta­blis­se­ment du Centre d’ac­cueil et d’éta­blis­se­ment du Nord de l’Al­ber­ta », sans ou­blier la contri­bu­tion tout aus­si pré­cieuse de « la Fé­dé­ra­tion des pa­rents fran­co­phones de l'Al­ber­ta (…), par­ti­cu­liè­re­ment dans le dos­sier de la pe­tite en­fance ». Mais au-de­là, le di­rec­teur gé­né­ral du Con­seil sco­laire Centre-Nord men­tionne ce qu’il ap­pelle les « me­sures de dif­fé­ren­cia­tion pé­da­go­gique ». Cel­les­ci prennent, se­lon lui, dif­fé­rentes formes : classes spé­cia­li­sées pour des in­ter­ven­tions in­ten­sives en lec­ture, ap­pui sup­plé­men­taire en res­sources hu­maines pour sou­te­nir les en­fants dans leur ap­pren­tis­sage, éva­lua­tions et diag­nos­tics en dé­but ou même avant le dé­but de l'an­née afin de dres­ser un por­trait clair du ni­veau d'ap­pren­tis­sage des en­fants pour en­suite four­nir les ap­puis né­ces­saires à la réus­site des élèves. « Il faut ce­pen­dant no­ter, conclut Ro­bert Lessard, que les in­ter­ven­tions sont va­riées puisque nous cher­chons à ré­pondre aux be­soins in­di­vi­dua­li­sés des élèves. Chaque élève est dif­fé­rent et il est né­ces­saire de dif­fé­ren­cier nos ap­proches en consé­quence. Ce que je re­tiens dans nos in­ter­ven­tions, c'est l'ef­fort de notre per­son­nel à éta­blir de bonnes re­la­tions avec l'en­fant dès le dé­part et leur en­ga­ge­ment à as­su­rer leur réus­site ». Le pro­blème est réel et mé­rite d’être pris à bras le corps.

« [LES EN­FANTS] MÉ­RITENT NOTRE AD­MI­RA­TION ET NOTRE EN­GA­GE­MENT »

- RO­BERT LESSARD, DI­REC­TEUR GÉ­NÉ­RAL DU CON­SEIL SCO­LAIRE CENTRE-NORD « TOUT EST NOU­VEAU POUR EUX : LA LANGUE, LE CLI­MAT, LA CUL­TURE, LE SYS­TÈME ÉDU­CA­TIF »

- PAMPHILE MBURUGU, NOU­VEL AR­RI­VANT AU CA­NA­DA

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.