DÉPISTAGE DU CAN­CER DE LA PROSTATE

Le Franco - - LA UNE - PAR JEAN-PIERRE DUBÉ (FRANCOPRESSE)

Le dépistage du can­cer le plus fré­quent chez les Ca­na­diens fait l’ob­jet d’une cam­pagne hu­mo­ris­tique. Can­cer de la prostate Ca­na­da (CPC) veut en­cou­ra­ger les hommes à de­man­der l’exa­men en pré­sen­tant une ligne de gants de la­tex ins­pi­rée par 13 cé­lé­bri­tés. Une cam­pagne es­sen­tielle, note la mé­de­cin­cher­cheur spé­cia­liste en san­té pu­blique Ja­li­la Jbi­lou, puisque « les hommes ne vont pas sou­vent voir leur mé­de­cin ». L’hu­mour est au coeur des stra­té­gies pour en­cou­ra­ger les hommes à dé­pas­ser leur gêne re­la­ti­ve­ment à leurs par­ties in­times, sur­tout quant à la pal­pa­tion de leur ca­vi­té rec­tale. CPC mise beau­coup sur la lé­gè­re­té, ap­pré­cie la pro­fes­seure de l’Uni­ver­si­té de Monc­ton. « L’hu­mour per­met de dé­dra­ma­ti­ser la si­tua­tion. C’est jus­te­ment l’ap­proche que j’uti­lise dans mon pro­jet avec les hommes en san­té men­tale pour qu’ils se sentent moins in­ti­mi­dés par le sys­tème. On uti­lise des termes ima­gés, des termes en lien avec les sports et la mé­ca­nique. » La cam­pagne an­nuelle de sep­tembre in­clut le fa­meux joueur de ba­se­ball Babe Ruth, le bu­che­ron lé­gen­daire Paul Bu­nyan et le cé­lèbre conqué­rant Na­po­léon Bo­na­parte. Un gant de la­tex se­rait mou­lé se­lon l’in­dex de la main droite de cha­cun d’eux. « Abra­ham Lin­coln : son doigt a ré­di­gé le dis­cours de Get­tys­burg. Pro­chaine tâche, votre prostate. » L’or­ga­nisme mo­bi­lise avec The Fa­mous Fin­gers Col­lec­tion les grands moyens pour conscien­ti­ser les hommes, même si le taux de mor­ta­li­té lié à ce can­cer au­rait chu­té de 40 % en 20 ans.

QUAND LE MÉ­DE­CIN DE FA­MILLE EST UNE FEMME...

Le be­soin de sen­si­bi­li­sa­tion de­meure pres­sant puis­qu’un homme sur sept re­ce­vra le diag­nos­tic, note CPC. On es­time que plus de 4000 Ca­na­diens mour­ront cette an­née du can­cer de la prostate. Ce n’est pas un exa­men très in­va­sif, as­sure Ja­li­la Jbi­lou, mais il peut gê­ner cer­tains hommes. « J’en ai vu mal à l’aise quand le mé­de­cin de fa­mille est une femme, une jeune femme ou un jeune homme. L’en­ve­loppe hu­mo­ris­tique per­met d’amé­lio­rer l’ac­cep­ta­bi­li­té. » En plus d’édu­quer le pu­blic, ajoute CPC, « nous of­fri­rons des tests de l’an­ti­gène pros­ta­tique spé­ci­fique (APS) gra­tuits dans les pro­vinces où ces tests ne sont pas as­su­rés. » Le test est une prise de sang qui me­sure la quan­ti­té de la pro­téine d’APS. Des taux éle­vés peuvent ré­vé­ler un can­cer, mais aus­si d’autres troubles de la glande sexuelle. Ce test n’est pas in­faillible, avise la spé­cia­liste en san­té pu­blique, il y au­rait de faux po­si­tifs et de faux né­ga­tifs. «La science est là, mais il n’y a pas as­sez de preuves ro­bustes pour un dépistage sys­té­mique. » La spé­cia­liste Jbi­lou pré­cise que la ré­sis­tance des hommes n’est pas l’unique dé­fi. « Le dépistage du can­cer de la prostate, contrai­re­ment à ce­lui du can­cer co­lo­rec­tal, n’est pas une po­li­tique de san­té pu­blique. Sa pra­tique n’est pas re­com­man­dée par les grandes agences de pré­ven­tion. »

LES HOMMES DOIVENT ÊTRE L’AGENT DE LEUR PROPRE SAN­TÉ

Il s’agit donc d’une pra­tique mé­di­cale sou­le­vée en cli­nique lorsque le pa­tient at­teint l’âge de 50 ans. Comme «les hommes sont des sous-uti­li­sa­teurs du sys­tème de san­té », pré­ci­set-elle, l’oc­ca­sion de pro­po­ser l’exa­men se pré­sente ra­re­ment. Il est im­por­tant de com­prendre, sou­ligne Ja­li­la Jbi­lou, que « les lignes di­rec­trices en san­té pu­blique ne re­com­mandent pas le dépistage sys­té­ma­tique. C’est plu­tôt un exa­men que le mé­de­cin pro­po­se­ra sur la base de cer­tains fac­teurs de risque ou sur de­mande du pa­tient. Donc, les hommes en tant qu’agents de leur propre san­té doivent être in­for­més et ou­tillés pour être en me­sure de de­man­der un exa­men.» L’autre dé­fi, c’est qu’à ses dé­buts, ce can­cer ne pré­sente ha­bi­tuel­le­ment pas de symp­tômes. Mais dans ses stades plus avan­cés, leur ap­pa­ri­tion si­gni­fie que les op­tions de trai­te­ment sont li­mi­tées, ré­dui­sant dra­ma­ti­que­ment le taux de sur­vie. L’or­ga­nisme a lan­cé en juin le pre­mier pro­gramme na­tio­nal sur les thé­ra­pies ra­dio­nu­cléides. « Les cher­cheurs ca­na­diens donnent le ton à l’ave­nir des trai­te­ments pour les hommes at­teints de can­cer avan­cé de la prostate au pays grâce à une sub­ven­tion de CPC fi­nan­cée par la Fon­da­tion Mo­vem­ber ».

«Na­po­léon Bo­na­parte : son doigt a en­va­hi l’Eu­rope. Pro­chaine fonc­tion, votre prostate. » Cette an­nonce a été pu­bliée le 21 sep­tembre dans le Globe and Mail, un par­te­naire of­fi­ciel de la cam­pagne de Can­cer de la prostate Ca­na­da.

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