Pre­mière cam­pagne et pre­miers re­vers

Le Gaboteur - Les femmes aux urnes - - ÉDITION SPÉCIALE • LE DROIT DE VOTE DES FEMMES -

« Nous n’avons au­cun brin de sym­pa­thie ou d’en­cou­ra­ge­ment pour ces femmes qui re­nient vo­lon­tai­re­ment leur sexe et qui, dans l’unique but d’ob­te­nir une no­to­rié­té aus­si brève que li­mi­tée, plongent dans les eaux troubles de la po­li­tique par­ti­sane »

— The Eve­ning Te­le­gram, 20 avril 1893 (Tra­duc­tion de he­ri­tage.nl.ca)

La pre­mière cam­pagne pour le suf­frage des femmes à Ter­reNeuve et au La­bra­dor re­monte aux an­nées 1890 et était étroi­te­ment liée à un mou­ve­ment pro­hi­bi­tion­niste en plein es­sor. Pen­dant cette pé­riode, une pro­por­tion de femmes au pays, par­ti­cu­liè­re­ment dans les plus grands centres ur­bains, sou­te­naient que la consom­ma­tion d’al­cool était la cause de l’aug­men­ta­tion des cas de vio­lence conju­gale, de la pau­vre­té et d’autres pro­blèmes so­ciaux.

LES PION­NIÈRES

En sep­tembre 1890, une soixan­taine de femmes de St. John’s ont for­mé la Wo­men’s Ch­ris­tian Tem­pe­rance Union (WCTU), qui leur a ser­vi de tri­bune pour faire en­tendre leurs pré­oc­cu­pa­tions. Ces femmes sou­te­naient, par exemple, que les femmes et les en­fants, mal­gré le fait qu’ils étaient les moins sus­cep­tibles de consom­mer de l’al­cool, étaient pour­tant les prin­ci­pales vic­times des pro­blèmes so­ciaux cau­sés par l’al­coo­lisme.

Les membres de la WCTU sou­li­gnaient éga­le­ment que les femmes étaient phy­si­que­ment moins fortes que les hommes, dé­pen­daient fi­nan­ciè­re­ment de leurs époux et de leurs pères et n’avaient au­cun pou­voir po­li­tique leur per­met­tant d’avoir une em­prise sur leur vie. La WCTU croyait que si les femmes avaient le droit de vo­ter aux élec­tions mu­ni­ci­pales, elles se­raient en­suite en me­sure de ré­for­mer les lois laxistes sur l’al­cool et d’amé­lio­rer leur si­tua­tion dans la so­cié­té.

Le 18 mars 1891, le groupe a mar­ché du Old Tem­pe­rance Hall (au­jourd’hui le LSPU Hall) au centre-ville de St. John’s, jus­qu’au Co­lo­nial Buil­ding pour pré­sen­ter aux au­to­ri­tés gouvernementales des pé­ti­tions à l’appui de leur cause. À l’époque, ces de­mandes étaient contro­ver­sées – elles vi­saient non seule­ment à ac­croître les rôles des femmes dans les po­li­tiques élec­to­rales, mais éga­le­ment à contrô­ler le com­por­te­ment des hommes.

PRE­MIERS RE­VERS

La Chambre d’as­sem­blée a dé­bat­tu le suf­frage des femmes le 15 mars 1892, pour fi­na­le­ment dé­faire la mo­tion dans un vote de 13 voix contre 10. La WCTU a conti­nué de mi­li­ter pour le droit de vote mu­ni­ci­pal des femmes l’an­née sui­vante, mais s’est bu­tée à une vive op­po­si­tion de la part de la presse et de cer­tains re­pré­sen­tants du gou­ver­ne­ment.

La Chambre d’as­sem­blée a sou­le­vé de nou­veau la ques­tion du droit de vote des femmes le 4 mai 1893, pour la re­je­ter une deuxième fois dans un vote de 17 voix contre 14. Vain­cue, la WCTU a dé­ci­dé de concen­trer ses éner­gies à des oeuvres de bien­fai­sance et mis­sion­naires, plu­tôt que de pour­suivre sa lutte pour le droit de vote des femmes.

Le su­jet n’a pas pour au­tant dis­pa­ru de la conscience pu­blique. Pen­dant que des pays du monde en­tier ac­cor­daient aux femmes le droit de vote dans les an­nées qui ont sui­vi – no­tam­ment la Nou­velle-Zé­lande (1893), l’Aus­tra­lie (1902), la Grande-Bre­tagne (1918), le Ca­na­da (1918) et les ÉtatsU­nis (1920) –, di­vers clubs et di­verses so­cié­tés de Ter­reNeuve et du La­bra­dor te­naient des dé­bats et des confé­rences sur le suf­frage des femmes.

Image re­pro­duite à par­tir du The Dis­taff, 1916, p. 11.

Ar­mine Gos­ling a contri­bué à fon­der la La­dies’ Rea­ding Room de St. John’s en 1909 , club qui a contri­bué à po­li­ti­ser une gé­né­ra­tion de femmes.

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