Re­tour en force et vic­toire des suf­fra­gettes

Le Gaboteur - Les femmes aux urnes - - ÉDITION SPÉCIALE • LE DROIT DE VOTE DES FEMMES -

En 1920, les suf­fra­gettes forment la Wo­men’s Fran­chise League et lancent une cam­pagne pu­bli­ci­taire pour pro­mou­voir leur cause. Elles ont écrit des lettres d’opi­nion, fait du dé­mar­chage dans les foyers et les en­tre­prises et fait dif­fu­ser des pu­bli­ci­tés dans les ci­né­mas lo­caux, en plus de faire cir­cu­ler une pé­ti­tion dans tout le pays pour re­cueillir des ap­puis.

NOU­VEAU RE­VERS ET BRÈCHE À ST. JOHN’S

En met­tant en re­lief l’im­por­tance du tra­vail tra­di­tion­nel des femmes, la ligue a réus­si à neu­tra­li­ser l’ar­gu­ment contraire se­lon le­quel l’éman­ci­pa­tion des femmes les in­ci­te­rait à aban­don­ner leur foyer et ébran­le­rait la cel­lule fa­mi­liale. Les suf­fra­gettes fai­saient va­loir que les élec­trices mi­li­te­raient pour de meilleurs ser­vices de soins de san­té et d’édu­ca­tion, d’égoûts et autres ser­vices so­ciaux, et rap­pe­laient à la po­pu­la­tion que Terre-Neuve et le La­bra­dor ac­cu­saient un re­tard au sein de l’Em­pire bri­tan­nique pour ce qui était d’ac­cor­der le droit de vote aux femmes.

Mal­gré l’appui au suf­frage des femmes dans de nom­breux jour­naux du pays dans les an­nées 1920, la ligue se bu­tait tou­jours à beau­coup de ré­sis­tance de la part des au­to­ri­tés gouvernementales, par­ti­cu­liè­re­ment le pre­mier mi­nistre li­bé­ral, sir Ri­chard Squires. Lorsque la Chambre d’As­sem­blée a dé­bat­tu un projet de loi sur le droit de vote des femmes en 1921, le gou­ver­ne­ment l’a fa­ci­le­ment dé­fait par un vote de 13 li­bé­raux contre 9 conser­va­teurs.

La ligue a ce­pen­dant rem­por­té une vic­toire cette an­née-là lorsque St. John’s a ac­cor­dé le droit de vote mu­ni­ci­pal aux femmes qui pos­sé­daient une pro­prié­té dans la ville. Mal­heu­reu­se­ment, plu­sieurs femmes de­meu­raient ex­clues du pro­ces­sus élec­to­ral puisque c’était souvent leurs pères et leurs époux qui pos­sé­daient of­fi­ciel­le­ment la terre. L’élec­tion mu­ni­ci­pale sui­vante a eu lieu en 1925 et a vu trois femmes se por­ter can­di­dates : May Ken­ne­dy, Fan­nie McNeil et Ju­lia Sal­ter Earle. Au­cune n’a été élue.

Par ailleurs, dans l’in­ter­valle, un nou­veau re­grou­pe­ment était en­tré en scène, la League of Wo­men Vo­ters (LWV). Ses membres ont consa­cré les an­nées sui­vant leur dé­faite de 1921 de­vant la Chambre d’as­sem­blée de Ter­reNeuve et du La­bra­dor à ac­cu­mu­ler les ap­puis à leur pé­ti­tion.

20 000 SI­GNA­TURES ET LA VIC­TOIRE!

En 1925, les suf­fra­gettes avaient re­cueilli 20 000 si­gna­tures. Cette an­née-là, le pays était di­ri­gé par un nou­veau pre­mier mi­nistre, Wal­ter S. Mon­roe, des ac­cu­sa­tions de cor­rup­tion ayant contraint Ri­chard Squires à dé­mis­sion­ner de son poste.

Sa­chant que le pre­mier mi­nistre Mon­roe et cer­tains membres de son ca­bi­net étaient fa­vo­rables à la cause suf­fra­giste, des membres de la League of Wo­men Vo­ters sont re­tour­nées mi­li­ter au­près des au­to­ri­tés gouvernementales afin de re­cueillir des ap­puis. C’est en 1925 que le pre­mier mi­nistre Mon­roe a dé­po­sé un projet de loi sur le suf­frage des femmes de­vant la Chambre d’as­sem­blée, qui l’a adop­té à l’una­ni­mi­té le 9 mars. La loi est en­trée en vi­gueur le 13 avril.

Bien que la loi ait fixé à 25 ans – contrai­re­ment à 21 ans pour les hommes – l’âge au­quel les femmes avaient le droit de vo­ter, les membres de la ligue étaient sa­tis­faites de cette nou­velle lé­gis­la­tion. Elles ont te­nu un ban­quet de la vic­toire le 21 avril, où le groupe a chan­gé son nom pour la League of Wo­men Vo­ters, une or­ga­ni­sa­tion non par­ti­sane qui mi­li­tait pour l’édu­ca­tion obli­ga­toire, les soins à l’en­fance, les soins de san­té ma­ter­nels et d’autres en­jeux so­ciaux.

Le 29 oc­tobre 1928, 90 % des femmes aux urnes de Ter­reNeuve et du La­bra­dor vo­taient lors de leur pre­mière élec­tion gé­né­rale – ce qui re­pré­sente un taux de par­ti­ci­pa­tion de 90 p. 100. La­dy He­le­na Squires est de­ve­nue la pre­mière femme à sié­ger à la Chambre d’as­sem­blée du pays après une vic­toire aux élec­tions par­tielles en 1930.

Quatre ans plus tard, tou­te­fois, Terre-Neuve et le La­bra­dor ont dé­ci­dé de sus­pendre vo­lon­tai­re­ment leur droit in­hé­rent à l’au­to­no­mie gou­ver­ne­men­tale pour ins­ti­tuer la Com­mis­sion de gou­ver­ne­ment. Lorsque le pays est re­tour­né aux urnes en 1946 pour élire une conven­tion na­tio­nale, tous les ci­toyens de Terre-Neuve et du La­bra­dor âgés de 21 ans et plus pou­vaient vo­ter.

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