DROIT DE VOTE DES AU­TOCH­TONES

Le Gaboteur - Les femmes aux urnes - - ÉDITION SPÉCIALE • LE DROIT DE VOTE DES FEMMES -

Oui pour les femmes, non pour d’autres

Lors des élec­tions fé­dé­rales de 1921, le droit de vote des femmes était dé­jà ac­quis au Ca­na­da et dans plu­sieurs pro­vinces. Par contre, seule­ment 50 % de la po­pu­la­tion pou­vait exer­cer ce droit.

Même si cette élec­tion a été his­to­rique pour bon nombre de femmes, cer­tains groupes n’ont pas eu ac­cès aux urnes, et ce, pen­dant plu­sieurs dé­cen­nies en­core. Par exemple, les per­sonnes ayant une dé­fi­cience in­tel­lec­tuelle et les juges (leur fonc­tion leur de­man­dant d’être apo­li­tiques) n’ont pu vo­ter avant les an­nées 1990. D’autres ci­toyens étaient aus­si pri­vés ponc­tuel­le­ment du droit de vote à cause de leur race ou de leur re­li­gion.

Les peuples au­toch­tones

Il faut ajou­ter les Au­toch­tones à la liste des sans-voix. Pour­tant, la ma­jo­ri­té de ces peuples vi­vaient de­puis long­temps en dé­mo­cra­tie. Les Iro­quois re­pré­sentent une des plus an­ciennes dé­mo­cra­ties par­ti­ci­pa­tives vi­vantes et les Mo­hawks, femmes in­cluses, avaient l’ha­bi­tude de dé­si­gner leur chef.

En fait, au mo­ment de la Con­fé­dé­ra­tion, les Au­toch­tones ont le droit de vote, à la condi­tion de ré­pondre aux exi­gences de la loi élec­to­rale et, sur­tout, de re­non­cer à leur « sta­tut d’In­dien ».

Mais en 1898, les pré­ju­gés ra­ciaux, les me­sures en place dans la ma­jo­ri­té des pro­vinces et la crainte que les Au­toch­tones votent en bloc font tour­ner le vent : ils n’au­ront plus le droit de vo­ter. La nou­velle fait peu de vagues. Le ré­gime par­le­men­taire ca­na­dien ne sus­cite pas tel­le­ment d’in­té­rêt au sein des peuples qui ont leurs propres tra­di­tions po­li­tiques. En ef­fet, dans plu­sieurs Pre­mières Na­tions, dé­mo­cra­tie et gou­ver­nance existent dé­jà.

Il fau­dra at­tendre 50 ans avant que les choses changent. Dans L’his­toire du vote au Ca­na­da, Élec­tions Ca­na­da ex­plique que pour as­su­rer la sou­ve­rai­ne­té ca­na­dienne sur les ter­ri­toires du Grand Nord, on y éta­blit des col­lec­ti­vi­tés dont les in­di­vi­dus fi­gu­re­ront sur une liste élec­to­rale. En consé­quence, les Inuits qui « ha­bitent le ter­ri­toire » sont le pre­mier groupe au­toch­tone à re­ga­gner le droit de vote, en 1950.

Puis, en 1960, le gou­ver­ne­ment de John Die­fen­ba­ker oc­troie le droit de vote à l’en­semble de la po­pu­la­tion au­toch­tone, et ce, presque à l’una­ni­mi­té des membres du Par­le­ment.

Le cas des États-Unis

Le cas des États-Unis est aus­si par­ti­cu­lier : les Pre­mières Na­tions ont ob­te­nu la na­tio­na­li­té amé­ri­caine et le droit de vote en 1924, soit quatre ans après les ci­toyennes amé­ri­caines. Mais il y a ombre au ta­bleau : les Afro-Amé­ri­caines n’ont pas pu se rendre aux urnes avant 1965, ex­plique Ger­trude Mian­da, pro­fes­seure au pro­gramme d’études des femmes et de genre du Col­lège Glen­don. « [Elles] n’ont eu leurs pleins droits po­li­tiques que bien plus tard avec le Vo­ting Rights Act, en 1965 et non en 1920, lors­qu’aux États-Unis le suf­frage uni­ver­sel a été éten­du aux femmes. »

Dans le monde

Les peuples au­toch­tones du Ca­na­da ne sont pas les seuls à avoir été contraints d’at­tendre pour exer­cer un droit de vote. En Aus­tra­lie, les Au­toch­tones, hommes et femmes, l’ob­tiennent en 1967, soit 65 ans après les femmes.

« La Nou­velle-Zé­lande fait fi­gure d’ex­cep­tion », pré­cise Ger­trude Mian­da, pro­fes­seure au pro­gramme d’études des femmes et de genre du Col­lège Glen­don. « En ef­fet, les femmes mao­ries ob­tiennent le droit de vote en même temps que les autres femmes en 1893. »

Ca­na­da / ue et Archives Bi­blio­thèq 1982. © Ont., 17 Apr. n, Ot­ta­wa, Cons­ti­tu­tio of the Photo: Si­gning 01 e0028528

Iqa­luit, mars 1956. Crédit : Gar Lun­ney / Of­fice na­tio­nal du film du Ca­na­da. Pho­to­thèque / Bi­blio­thèque et Archives Ca­na­da.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.