Ro­ger Ozon, le grand pé­da­gogue

Na­tif de Saint-Pierre et Mi­que­lon, Ro­ger Ozon ha­bite à Saint-Jean avec son épouse, une Terre-Neu­vienne ori­gi­naire de Cor­ner Brook. Ce grand pé­da­gogue, qui frôle au­jourd’hui les 80 ans, a trans­mis à plu­sieurs gé­né­ra­tions d’an­glo­phones de la pro­vince son am

Le Gaboteur - - RENCONTRE - Ma­rie-Jo­sé Ma­hé

Ro­ger a eu la vo­ca­tion à un très jeune âge. Vous pen­se­rez peu­têtre à une vo­ca­tion re­li­gieuse… Il est vrai qu'à l'âge de 12 ans, le jeune Ro­ger est al­lé étu­dier au Col­lège Saint-Alexandre de Hull, au­jourd'hui Ga­ti­neau au Qué­bec, alors di­ri­gé par la Con­gré­ga­tion des Pères du Saint-Es­prit. Mais ce n'est pas cette vo­ca­tion qu'il au­ra sui­vie car en 1962, Ro­ger a com­men­cé à en­sei­gner à ce même col­lège, et c'est là qu'il a com­pris que sa vo­ca­tion, c'était l'en­sei­gne­ment.

Au tout dé­but de sa car­rière, il a en­sei­gné l'his­toire an­cienne, la géo­gra­phie et l'édu­ca­tion phy­sique. Puis, il est ve­nu à SaintJean pour en­sei­gner le fran­çais tout en conti­nuant à par­faire sa propre for­ma­tion. Au fil des ans, il a en­fi­lé un di­plôme de bac­ca­lau­réat en édu­ca­tion phy­sique de l'Uni­ver­si­té d'Ot­ta­wa, une maî­trise en lit­té­ra­ture fran­çaise de l'Uni­ver­si­té Me­mo­rial et en­fin un di­plôme su­pé­rieur de mé­tho­do­lo­gie lin­guis­tique de la Sor­bonne, à Pa­ris.

Ro­ger Ozon s'est dé­voué toute sa vie à ce qui est de­ve­nu une pas­sion pour lui : ap­prendre le fran­çais aux an­glo­phones. Doué d'un na­tu­rel en­joué et cha­ris­ma­tique, Ro­ger a pen­dant des an­nées trans­mis les beau­tés de la langue fran­çaise avec une fa­ci­li­té qui fait en­vie. D'abord à Gon­za­ga High School et à l'Uni­ver­si­té Me­mo­rial, à Saint-Jean, puis au Gren­fell Col­lege à Cor­ner Brook, à l'Ins­ti­tut Fre­cker de Saint-Pierre et Mi­que­lon et à l'École d'été de l'Uni­ver­si­té de To­ron­to.

Après sa re­traite de Gren­fell, en 1997, il a dé­mé­na­gé à Saint-Jean où il a don­né des le­çons pri­vées à dif­fé­rents juges de la Cour de Pre­mière Ins­tance et de la Cour d'Ap­pel de Terre-Neuve. « Au dé­but, on ap­pre­nait les langues pour s'ou­vrir l'es­prit, pour s'ef­for­cer de com­prendre d'autres men­ta­li­tés, d'autres fa­çons de pen­ser, ce­la fai­sait par­tie d'une édu­ca­tion plus com­plète de la per­sonne, rap­pelle mon­sieur Ozon. Au­jourd'hui, on ap­prend une langue étran­gère plu­tôt pour se trou­ver un meilleur tra­vail. Ce­la est cer­tai­ne­ment re­quis au ni­veau su­pé­rieur du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral. »

Une res­pon­sa­bi­li­té par­ta­gée

Ac­qué­rir le fran­çais (ou une langue qui n'est pas sa langue ma­ter­nelle) est une en­tre­prise de longue ha­leine. Il est dif­fi­cile d'y ar­ri­ver à brûle-pour­point.

« Les jeunes qui dé­cident de ne pas s'y lan­cer ou d'aban­don­ner se mettent dans une si­tua­tion où l'ab­sence du fran­çais leur fer­me­ra bien des portes. Au mo­ment où un étu­diant se re­fuse à étu­dier le fran­çais, au Ca­na­da en par­ti­cu­lier, il lui faut faire face à cette triste pé­na­li­té, qu'il (elle) s'est in­fli­gé(e) », sou­ligne Ro­ger Ozon.

« Mais n'ou­blions pas que cette res­pon­sa­bi­li­té in­combe éga­le­ment aux adultes : pa­rents, conseillers, professeurs et lea­ders en gé­né­ral, qui n'ont pas su ou pas vou­lu suf­fi­sam­ment in­suf­fler cet élé­ment ca­pi­tal de l'édu­ca­tion : l'ap­pren­tis­sage d'une langue autre que la sienne », tient-il à pré­ci­ser.

Pho­to : Ma­rie-Jo­sé Ma­hé

Ro­ger Ozon

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