Ré­flexions croi­sées sur l'en­sei­gne­ment du fran­çais

Le Gaboteur - - RENCONTRE -

Ro­ger Ozon et la col­la­bo­ra­trice du Ga­bo­teur Ma­rie-Jo­sé Ma­hé ont, au moins, trois choses en com­mun. Ils sont ori­gi­naires de Saint-Pierre et Mi­que­lon, ils ont fait de Terre-Neuve leur coin de terre et ils ont consa­cré leur vie pro­fes­sion­nelle à l'en­sei­gne­ment du fran­çais aux an­glo­phones.

Pas éton­nant qu'une en­tre­vue de Ma­rie-Jo­sé avec mon­sieur Ozon se soit trans­for­mée en par­tage d'ob­ser­va­tions sur la langue fran­çaise et l'évo­lu­tion de son en­sei­gne­ment dans la pro­vince.

Avant et après Tru­deau père

L'en­sei­gne­ment du fran­çais au Ca­na­da a bien chan­gé de­puis les an­nées 1960. Après l'ins­tau­ra­tion du bi­lin­guisme of­fi­ciel au pays sous le gou­ver­ne­ment li­bé­ral de Les­ter B. Pear­son, l'ar­ri­vée de Pierre El­liott Tru­deau lui a don­né en­core plus d'im­por­tance dans les ins­ti­tu­tions fé­dé­rales et dans l'en­sei­gne­ment. Le Qué­bec vou­lait se sé­pa­rer du reste du Ca­na­da et il était im­por­tant pour la po­li­tique na­tio­nale de faire va­loir la langue fran­çaise, dans l'es­poir de gar­der le Qué­bec dans la Con­fé­dé­ra­tion ca­na­dienne.

Avant Tru­deau, il fal­lait être bi­lingue (pour un francophone…) ou an­glo­phone pour ob­te­nir un em­ploi au fé­dé­ral mais aus­si dans bien d'autres en­droits. Après Pear­son et Tru­deau, ce­la a com­men­cé à chan­ger. On a beau­coup fa­vo­ri­sé le dé­ve­lop­pe­ment des classes d'im­mer­sion dans les écoles, en com­men­çant par la ma­ter­nelle. Ce­ci a bien chan­gé avec la ve­nue de Har­per : le fran­çais a per­du bien du poids et l'ar­gent at­tri­bué à l'en­sei­gne­ment du fran­çais a beau­coup di­mi­nué.

L'im­mer­sion

Il semble qu'il y ait une baisse de qua­li­té gé­né­rale dans l'en­sei­gne­ment du fran­çais dans la pro­vince. Jus­qu'à tout ré­cem­ment, on ne de­man­dait plus qu'un en­sei­gnant ait at­teint un bon ni­veau de fran­çais avant d'en­sei­gner en im­mer­sion. Cer­tains étu­diants ap­prennent le fran­çais uni­que­ment en mi­lieu an­glo­phone sans faire au moins une par­tie de leur for­ma­tion en mi­lieu 100 % francophone de ma­nière à s'ap­pro­prier non seule­ment la langue mais aus­si la culture. « Iriez­vous à Trois-Ri­vières pour ap­prendre l'an­glais ?», demande Ro­ger Ozon.

Les classes d'im­mer­sion se sont mul­ti­pliées et il est plus dif­fi­cile de trou­ver des professeurs ayant un ni­veau éle­vé. Les pro­grammes souffrent aus­si d'un manque de fonds et donc de ma­té­riel. Ro­ger Ozon ren­contre sou­vent des étu­diants ayant fait l'im­mer­sion et d'autres ayant fait le pro­gramme de base et dans l'en­semble, il ne trouve pas beau­coup de dif­fé­rences dans l'ha­bi­le­té à par­ler le fran­çais dans les deux groupes à la fin de l'école se­con­daire.

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