Ai­der les proches qui sombrent dans l’ou­bli

Que ce soit à cause de l’âge ou de la ma­la­die, la perte de la mé­moire et la perte d’au­to­no­mie sont sou­vent ac­com­pa­gnées par la dé­pres­sion et l’agres­si­vi­té. « Que puis-je faire pour ai­der? » s’est de­man­dée notre col­la­bo­ra­trice Ma­rie-Jo­sé Ma­hé quand sa mère

Le Gaboteur - - LA UNE - Ma­rie-Jo­sé Ma­hé

Le prin­temps der­nier, j'ai dé­cou­vert une phi­lo­so­phie pour ai­der des proches at­teints de la ma­la­die d'Alz­hei­mer, de dé­mence et d'un ac­ci­dent car­dio­vas­cu­laire (AVC) avec pertes de fa­cul­tés cé­ré­brales. Ses prin­cipes et les ac­ti­vi­tés pro­po­sées sont ba­sées sur la mé­thode Mon­tes­so­ri. D'abord uti­li­sée prin­ci­pa­le­ment avec les en­fants en bas âge, elle est main­te­nant ap­pli­quée en gé­ria­trie. Je peux at­tes­ter de son ef­fi­ca­ci­té avec ma propre mère.

Com­prendre les frus­tra­tions

Com­ment ai­der? Il importe d'abord de se mettre à leur place. Ces per­sonnes ont per­du beau­coup d'ha­bi­le­tés et elles ne peuvent plus faire ce qu'ils ai­maient. Ma­man, par exemple, ne pou­vait plus coudre, tri­co­ter, jouer aux cartes, sor­tir seule, al­ler cueillir des graines à la mon­tagne, cui­si­ner… Et la liste s'al­lon­geait de jour en jour. Donc faire quoi toute la jour­née ?

Les muscles ne fonc­tionnent plus très bien. Les yeux non plus. Les me­nus des re­pas sont im­po­sés : pas de choix là, on mange ce qu'il y a. Et pas de choix non plus sur quoi faire de ses jour­nées….. Pas grand­chose dans le cas de ma mère, que de res­ter là dans son lit ou dans sa chaise à écou­ter la ra­dio et re­gar­der par la grande fe­nêtre de sa chambre. N'importe qui dans cette si­tua­tion se­rait bien dé­pri­mé au bout d'un cer­tain temps.

Ces per­sonnes qui ont tant don­né tout au cours de leur vie ne se sentent plus utiles. On ne leur de­mande plus leur opi­nion ou leur aide. L'Alz­hei­mer, la dé­mence et par­fois éga­le­ment les ACV en­traînent leurs vic­times dans un monde où tout ce qui leur était fa­mi­lier de­vient in­con­nu. Pas éton­nant qu'elles se de­mandent sou­vent ce qu'elles sont ve­nus faire sur cette terre!

En pra­tique

Nous avons com­men­cé en fai­sant écou­ter à ma mère des chan­sons de Ti­no Ros­si, un de ses ar­tistes fa­vo­ris ja­dis. Le prin­cipe est de re­mettre les per­sonnes at­teintes de ces dif­fi­cul­tés dans un monde qui leur est fa­mi­lier, un monde dont elles peuvent en­core se sou­ve­nir car elles se rap­pellent en gé­né­ral, beau­coup mieux le pas­sé loin­tain que le ré­cent. L'écoute de chan­sons a beau­coup cal­mé ma mère. Nous avons aus­si fait tra­vailler sa mé­moire en lui po­sant des ques­tions sur les chan­teurs ou les titres, mais tou­jours en l'ai­dant un peu au be­soin.

Nous avons en­suite fait dif­fé­rentes ac­ti­vi­tés pour lui re­don­ner un peu de ce qu'elle avait per­du.

Chez ma propre mère, nous avons consta­té après seule­ment quelques jours, le re­tour au calme, une plus grande joie de vivre, le re­tour d'un bon ap­pé­tit et de forces phy­siques. Elle est pas­sée en moins d'une se­maine, à boire son thé avec une paille sans pou­voir te­nir sa tasse, à le boire seule avec une main. Par la suite, elle a conti­nué à pro­gres­ser en étant beau­coup plus po­si­tive et heu­reuse jus­qu'à peu de temps avant son dé­cès, le 14 sep­tembre der­nier.

N'est-ce pas ce que l'on veut pour les per­sonnes que l'on aime ?

Pho­to : Ma­rie-Jo­sé Ma­hé

En em­pi­lant des verres, ma­man a un peu re­trou­vé la dex­té­ri­té ma­nuelle.

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