Ro­bert Cor­mier tire sa ré­vé­rence

Le Gaboteur - - LA UNE - Ni­ko­la LeBel

Une ère a pris fin à Cap-Saint-Georges lors du ré­cent scru­tin mu­ni­ci­pal. Après 12 ans d’en­ga­ge­ment comme conseiller puis comme maire-ad­joint de cette lo­ca­li­té de la pé­nin­sule de Port-au-Port, Ro­bert Cor­mier a pris la dé­ci­sion de quit­ter la vie pu­blique et la po­li­tique. Il laisse der­rière lui une longue liste d’ac­com­plis­se­ments.

Ro­bert Cor­mier fait du bé­né­vo­lat de­puis l'âge de 20 ans. Mal­gré ses 70 ans, il a en­core de l'éner­gie, mais il es­time que le temps est ve­nu pour lui de se re­ti­rer d'une vie pu­blique pra­ti­que­ment à temps plein et de lais­ser la place à d'autres. « J'ai tou­jours ai­mé don­ner de mon temps, sur­tout pour amé­lio­rer le sort de la fran­co­pho­nie. Je crois que ma plus grande réus­site est d'avoir contri­bué à la mise sur pied d'un sys­tème édu­ca­tif en fran­çais sur la côte Ouest dans les an­nées 1980 avec un groupe de gens pas­sion­nés de cette ré­gion. Main­te­nant, avec une jeune re­lève, c'est entre de bonnes mains », dit-il.

Cet an­cien en­sei­gnant et di­rec­teur d'école a été pen­dant plu­sieurs an­nées pré­sident des Terre-Neu­viens Fran­çais de CapSaint-Georges, de l'As­so­cia­tion ré­gio­nale de la côte Ouest et de la Fé­dé­ra­tion des fran­co­phones de Terre-Neuve et du La­bra­dor. Il a été ho­no­ré du Prix Ro­ger-Cham­pagne, la plus haute dis­tinc­tion ac­cor­dée par la FFTNL et il est membre de l'Ordre du Ca­na­da.

Réa­li­sa­tions mu­ni­ci­pales

Ro­bert Cor­mier est élu conseiller mu­ni­ci­pal de Cap-SaintGeorges en 2005. « Le con­seil pré­cé­dent nous avait lais­sé des dettes et la mu­ni­ci­pa­li­té n'avait au­cun cré­dit dis­po­nible », se rap­pelle-t-il. La pre­mière tâche des nou­veaux élus était donc de faire du mé­nage dans les fi­nances et de re­bâ­tir de bonnes re­la­tions avec les fournisseurs im­payés. Ce con­seil a réus­si ain­si à avoir ac­cès à de nou­veaux fonds. Entre autres, la sub­ven­tion pro­vin­ciale pour le fonc­tion­ne­ment mu­ni­ci­pal est pas­sé de 27 000 $, lors de leur en­trée en poste, à 127 000 $ avec nou­velle for­mule éla­bo­rée en 2012.

Avec dé­ter­mi­na­tion et cette hausse du fi­nan­ce­ment, mon­sieur Cor­mier et ses col­lègues ont pu faire beau­coup. Le sys­tème d'éclai­rage des rues n'exis­tait pas avant 2008; ils l'ont éta­bli. Ils ont aus­si as­phal­té toutes les pe­tites rues du vil­lage. Ils ont ré­pa­ré les fuites et pro­lon­gé le sys­tème de dis­tri­bu­tion d'eau po­table pour tou­cher chaque do­mi­cile de la com­mu­nau­té. Ils ont éga­le­ment em­bau­ché plus de per­son­nel, de sorte qu'il y a main­te­nant une se­cré­taire à temps-plein et un res­pon­sable de l'en­tre­tien et du ser­vice de ges­tion des or­dures à temps-par­tiel au ser­vice du vil­lage.

Cap-Saint-Georges a éga­le­ment in­no­vé en ma­tière de ges­tion des dé­chets en im­plan­tant un im­por­tant pro­gramme de ré­duc­tion et de re­cy­clage qui lui a mé­ri­té un grand prix de la Fé­dé­ra­tion ca­na­dienne des mu­ni­ci­pa­li­tés, en 2014.

Plus ré­cem­ment, le con­seil a fait construire une centre ré­créa­tif contem­po­rain dont mon­sieur Cor­mier est par­ti­cu­liè­re­ment fier. « Cap-Saint-Georges est la seule pe­tite mu­ni­ci­pa­li­té à Terre-Neuve ayant une pis­cine et une piste de marche in­té­rieure », sou­ligne-t-il.

Afin d'ac­com­plir tout ce­la et pour faire des éco­no­mies, les tâches nor­ma­le­ment ré­ser­vées à un di­rec­teur gé­né­ral ont été sé­pa­rées entre les membres du con­seil. À no­ter que tous ces membres sont bé­né­voles, comme dans toutes les plus pe­tites mu­ni­ci­pa­li­tés de la pro­vince.

Dé­fis de taille

Gar­der notre monde chez nous est un vrai dé­fi, comme dans la ma­jo­ri­té des lo­ca­li­tés ru­rales de la pro­vince. C'est ex­trê­me­ment dif­fi­cile, sou­ligne Ro­bert Cor­mier. Pour y faire face, les élus de Cap-Saint-Georges ont pris la dé­ci­sion de gar­der les taxes mu­ni­ci­pales à un mi­ni­mum : il n'y a chez eux au­cune taxe fon­cière.

Ain­si, les gens qui ont un em­ploi salarié paient 230 $ par an­née à la mu­ni­ci­pa­li­té, qui leur offre un ra­bais de 50$ s'ils payent avant le 31 mars. Les ta­rifs pour l'ac­cès à l'eau po­table et la col­lecte des or­dures sont res­pec­ti­ve­ment de 12 $ et 10 $ par mois. Se­lon mon­sieur Cor­mier, ces avan­tages fi­nan­ciers en­cou­ragent les gens à res­ter.

Ce­pen­dant, ob­serve-t-il aus­si, il y a peu d'in­dus­trie dans la ré­gion qui lui per­met­tront de croître; il est dif­fi­cile de se trou­ver du tra­vail à moins de s'en créer un et il n'y a presque plus per­sonne qui tra­vaille à la pêche. « Cer­taines per­sonnes tra­vaillent dans la mine à Lo­wer Cove, mais la plu­part doivent voya­ger ou quit­ter pour ga­gner leur vie », ex­plique-t-il. L'ave­nir est in­cer­tain et Ro­bert Cor­mier le re­con­naît avec fran­chise.

La so­lu­tion ? « Si j'avais la réponse, on au­rait mis fin à ce pro­blème-là », ré­sume-t-il. Mon­sieur Cor­mier voit néan­moins un beau po­ten­tiel tou­ris­tique par chez lui et il croit que CapSaint-Georges et les autres com­mu­nau­té de Port-au-Port pour­raient mi­ser sur la fran­co­pho­nie pour leurs pro­jets d'at­trac­tions de tou­ristes. « Il y a une his­toire à ra­con­ter ici », in­siste-t-il.

La suite pour Ro­bert Cor­mier ? Se re­po­ser et s'amu­ser. « J'en­vi­sage un jour de me re­mettre au tra­vail pour les gens de la com­mu­nau­té mais il est grand temps pour moi de pas­ser du temps avec ma famille et mes pe­tits en­fants ».

Au reste du con­seil et à Stel­la Cor­nect, qui a pris son re­lais au con­seil mu­ni­ci­pal, il offre quelques mots de sa­gesse: « Le plus im­por­tant, c'est d'avoir la com­mu­nau­té à coeur. Toutes vos ac­tions prises doivent être pour le bien de cette com­mu­nau­té. »

Pho­to : Ar­chives du Ga­bo­teur

Ro­bert Cor­mier met la main à la pâte lors de l’ins­tal­la­tion d’un Mo­nu­ment aca­dien à Port-au-Port, en 2010.

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