D’une ef­fi­ca­ci­té fou­droyante

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - De­nise Mar­tel

Pour la bonne rai­son que la ma­jo­ri­té des gens — les plus de 30 ans du moins — se sou­viennent de la tue­rie de Po­ly­tech­nique qui a em­por­té dans la mort 14 mal­heu­reuses vic­times, toutes des jeunes femmes en pleine pos­ses­sion de leurs moyens et dont le seul crime au­ra été d’étu­dier en gé­nie et d’être à la mau­vaise place au mau­vais mo­ment.

C’était il y a 19 ans, le 6 dé­cembre 1989. La tra­gé­die a tel­le­ment mar­qué que la plu­part se sou­viennent pré­ci­sé­ment de ce qu’ils fai­saient au mo­ment où la nou­velle est sor­tie. Pré­ci­sons tout de suite que les per­son­nages de Po­ly­tech­nique sont fic­tifs, même le tueur n’est ja­mais nom­mé, mais le film s’ins­pire néan­moins de faits bien réels à par­tir des té­moi­gnages de sur­vi­vants. Donc, du vé­cu dans une si­tua­tion de stress ex­trê­me­ment in­tense et des len­de­mains dou­lou­reux.

Scé­na­ri­sé par Jacques Da­vidts avec la col- la­bo­ra­tion d’Eric Le­ca et Denis Ville­neuve, qui signe la réa­li­sa­tion, Po­ly­tech­nique ra­conte l’évé­ne­ment à tra­vers les yeux de Va­lé­rie (Ka­rine Va­nasse) et Jean-Fran­çois (Sé­bas­tien Hu­ber­deau), deux étu­diants et amis qui ont vu leur vie bas­cu­ler au mo­ment où un jeune homme ar­mé (Maxim Gau­dette) a fait ir­rup­tion dans leur classe avec une seule idée en tête : tuer le plus de femmes pos­sible avant de s’en­le­ver la vie.

Po­ly­tech­nique montre vé­ri­ta­ble­ment le drame de l’in­té­rieur, tant le point de vue du tueur, aus­si dé­ter­mi­né que stres­sé, que ce­lui des étu­diants avant, pen­dant et après la tra­gé­die. Dix-neuf mi­nutes d’hor­reur, de pa­nique, de confu­sion et, pour cer­tains, de ten­ta­tives pour ve­nir en aide aux vic­times pen­dant qu’à l’ex­té­rieur, les se­cours s’or­ga­nisent. Dix-neuf mi­nutes, c’est court et long tout à la fois. Le sen­ti­ment d’im­puis­sance, le re­mords, la honte de n’avoir rien pu faire...

SANS COM­PLAI­SANCE

Aus­si at­ten­du que contro­ver­sé, le film de Denis Ville­neuve est d’une ef­fi­ca­ci­té fou­droyante. Un film ra­pide, ryth­mé, sans com- plai­sance, sans api­toie­ment et sans mé­lo­drame. Que les faits bruts et leurs consé­quences. En­tiè­re­ment tour­né en noir et blanc — par res­pect pour les vic­times et pour évi­ter de va­lo­ri­ser la vio­lence — Po­ly­tech­nique nous en­traîne au coeur même de la tue­rie.

Soixante-seize mi­nutes pen­dant les­quelles on sent la ten­sion ha­bi­ter chaque cen­ti­mètre cube de notre corps, avec la sen­sa­tion d’être fri­go­ri­fié et, après la pro­jec­tion, d’avoir les jambes molles comme si on avait été là, au mi­lieu des té­moins de la tra­gé­die. Cha­cun a droit à son opi­nion sur la rai­son d’être du film, mais, ci­né­ma­to­gra­phi­que­ment par­lant, Po­ly­tech­nique at­teint de très hauts ni­veaux.

Les faits sont trai­tés avec réa­lisme, mais aus­si avec une cer­taine pu­deur et, en prime, une touche poé­tique. La di­rec­tion d’ac­teurs est ex­cel­lente, et tous jouent avec un réa­lisme criant. Tous sont émou­vants cha­cun à leur fa­çon, au­tant Sé­bas­tien Hu­ber­deau et Ka­rine Va­nasse que Maxim Gau­dette, trou­blant dans la peau du tueur.

PHOTO COUR­TOI­SIE

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