PO­PU­LISTE

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA -

Paul Gross est un ac­teur et un ci­néaste po­pu­liste. Il ne s’en ex­cuse pas. Son film Pas­schen­daele, après tout, a connu du suc­cès. Ce film a fait ses dé­buts au Fes­ti­val du film de To­ron­to, a char­mé les foules dans les salles de ci­né­ma en de­hors du Qué­bec et est main­te­nant dis­po­nible en for­mat DVD.

Bien que po­pu­laire, Pas­schen­daele a en­traî­né beau­coup de cri­tiques né­ga­tives. Cer­tains ont écar­té ce film en rai­son de son cô­té sen­ti­men­tal, de l’in­trigue se­con­daire axée sur une his­toire d’amour, et d’autres n’ont pas ap­pré­cié le spi­ri­tua­lisme af­fi­ché dans des scènes de ba­tailles très réa­listes. En ré­ac­tion : Gross hausse les épaules.

« Ce­la dé­pend de ce que l’on fait, ajoute-t-il. Cer­taines choses sont faites pour plaire aux cri­tiques ou aux fes­ti­vals de films. D’autres choses ne le sont pas. Je tends plu­tôt vers des films plus po­pu­listes. Je m’in­té­resse da­van­tage à faire des films qui sont des­ti­nés aux gens que je vois lorsque je vais au ci­né­ma plu­tôt qu’à l’in­tel­li­gent­sia. »

Né en Al­ber­ta, Paul Gross est im­pré­gné par le film Pas­schen­daele. Ins­pi­ré par les his­toires ra­con­tées par son grand-père, il en a ré­di­gé le scé­na­rio. Il a éga­le­ment pro­duit et réa­li­sé le film dans sa pro­vince na­tale. Cer­taines scènes ont été tour­nées dans la ré­serve de Tsuu Ti­na près de sa ville na­tale de Calgary. Gross a joué le rôle d’un sol­dat canadien bles­sé qui re­vient de la ba­taille de la crête de Vi­my en France pour s’ins­tal­ler en Al­ber­ta puis s’en­rô­ler par la suite dans le cé­lèbre 10e ba­taillon de l’ar­mée ca­na­dienne qui se fe­ra mas­sa­crer dans la ba­taille his­to­rique de Pas­schen­daele en Belgique.

AS­PECT HU­MAIN

L’in­trigue se­con­daire, axée sur une his­toire d’amour entre le per­son­nage de Gross et une in­fir­mière ca­na­dienne d’ori­gine al­le­mande jouée par Ca­ro­line Dha­ver­nas, re­lève de la fic­tion. En nom­mant son per­son­nage Mi­chael Dunne en l’hon­neur de son dé­funt grand-père, Gross a se­mé la confu­sion chez cer­tains membres de sa fa­mille. Ils ont cru à tort que cette re­la­tion d’amour avait exis­té.

Cet as­pect hu­main per­met de rendre le dur réa­lisme plus émo­tif, plus ac­ces­sible aux foules, pré­cise Gross.

« His­to­ri­que­ment, les films ca­na­diens sont tous cé­ré­braux. Je pense que ce­la a été en grande par­tie à notre dé­tri­ment, au lieu d’avoir une pro­duc­tion ci­né­ma­to­gra­phique ac­ces­sible aux masses et équi­li­brée. Tran­quille­ment, on com­mence à se rendre compte qu’il faut ame­ner les films vers ce­la et y ajou­ter des choses qui re­joignent da­van­tage de gens. »

« Pas­schen­daele s’ins­crit dans cette ten­dance, pré­cise Gross. Je n’ai pas pris une dé­ci­sion cons­ciente de le faire ain­si, mais c’est là où je vou­lais ame­ner ce film. »

« Je suis plu­tôt por­té à faire des films qui vont tou­cher les gens, ce qui est ex­trê­me­ment dif­fi­cile à faire. À tous ceux qui ne par­tagent pas cet avis, je ré­ponds : Es­sayez-le donc ! Es­sayez donc de faire ré­agir col­lec­ti­ve­ment 500 per­sonnes… C’est très dif­fi­cile à ac­com­plir. Alors, vrai­ment, je n’ai pas réa­li­sé Pas­schen­daele pour plaire aux cri­tiques ni aux fes­ti­vals de films. Je l’ai fait pour ceux qui paient de leurs poches pour le voir. »

SE­CRETS DE TOUR­NAGE

Les scènes sup­plé­men­taires du film sur DVD sont en­ri­chis­santes. On peut faire une vi­site de 44 mi­nutes du pla­teau de tour­nage grâce à l’ex­cellent do­cu­men­taire de James Van­de­wa­ter, The Road to Pas­schen­daele. En plus des se­crets de tour­nage, on voit comment les ci­néastes ont réus­si à rendre les scènes de champs de ba­taille au­then­tiques, boue et sang com­pris, de fa­çon réa­liste.

Vous vou­lez une preuve de l’au­then­ti­ci­té des scènes ? Vous n’avez qu’à je­ter un coup d’oeil aux photos his­to­riques et aux vieux films re­pris sur le DVD. L’une des res­pon­sables de la concep­tion, Ca­rol Spier, met les foules au dé­fi de trou­ver les dif­fé­rences entre les faits et les scènes re­créées à la ré­serve Tsuu Ti­na.

La guerre, c’est tou­jours l’en­fer. L’en­fer de Pas­schen­daele dé­pas­sait l’en­ten­de­ment. Vous pou­vez en prendre connais­sance dans le film po­pu­liste de Paul Gross.

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