QUAND LA PAS­SION A POUR NOM PIERRE LE­BEAU

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Mi­chelle Cou­dé-Lord Le Jour­nal de Mon­tréal

Pierre Le­beau conti­nue d’ac­cu­mu­ler les pro­jets. Après 35 ans de car­rière, il sait fort bien qu’il est un ac­teur pri­vi­lé­gié. Au­jourd’hui, il s’in­quiète pour la re­lève en ces temps d’in­cer­ti­tude éco­no­mique.

« Je ne vou­drais pas com­men­cer le mé­tier au­jourd’hui. Tout est tel­le­ment plus com­pli­qué. Les jeunes se butent à un sys­tème com­plexe, il leur faut des agents, des gé­rants; très peu d’entre eux ont ac­cès aux au­di­tions. Et avec cette éco­no­mie dif­fi­cile, je crains que les pro­duc­teurs ne veuillent pas prendre de risques, ce qui leur ajoute une dif­fi­cul­té. »

Ain­si, un peu comme un cri du coeur, l’ac­teur-ve­dette de­mande aux pro­duc­teurs de ne pas hé­si­ter à faire confiance aux nou­veaux ta­lents.

« Je sou­haite qu’on conti­nue à leur ac­cor­der l’im­por­tance qu’ils doivent avoir et la chance qu’ils mé­ritent ».

RE­CETTE

Et quelle est la re­cette du suc­cès de Pierre Le­beau?

« Faire flèche de tout bois. Ne pas se can­ton­ner dans une seule chose. J’ai au­tant de plai­sir à jouer mon Méo dans Les Boys qu’une grande pièce de Sha­kes­peare. Un ac­teur doit être ca­pable de plon­ger dans des uni­vers to­ta­le­ment dif­fé­rents. C’est le plus beau des dé­fis. Mais avant tout, il faut la pas­sion. Je suis chan­ceux, car j’aime pro­fon­dé­ment ce que je fais. C’est une chance in­ouïe », ra­conte un Pierre Le­beau sur un ton qui ne ment pas.

CULTURE

Et cette voix des ar­tistes qui s’est fait en­tendre haut et fort l’au­tomne der­nier, pour la sau­ve­garde de la culture, croit-elle aux ré­sul­tats d’un tel com­bat?

« Les po­li­ti­ciens sont à l’écoute, je crois. Mais ils sont d’abord et avant tout stra­té­giques. Être à l’écoute, c’est bien, mais avoir de l’ar­gent, c’est autre chose. Et la si­tua­tion ac­tuelle est tel­le­ment fra­gile. »

C’est alors qu’il dé­nonce les condi­tions de tour­nage ac­tuelles.

« Des pro­jets sous-fi­nan­cés exigent des tour­nages trop courts, dif­fi­ciles. C’est à es­pé­rer que l’ex­cep­tion ac­tuelle ne soit pas la règle de demain. »

Pour les mois à ve­nir, Pierre Le­beau at­tend des confir­ma­tions de tour­nage au ci­né­ma; il se­ra avec ses Boys l’été pro­chain pour la sé­rie té­lé­vi­sée.

« Méo a été ma­lade et il s’est tour­né vers la re­li­gion… mais je crois que son chan­ge­ment se­ra de courte du­rée. Mon Méo, je l’aime beau­coup comme il est. » Fume-t-il au­tant que son per­son­nage? « Bien des gens pensent que je fume comme une che­mi­née, ce n’est pas le cas du tout. Méo me bat, je vous l’as­sure. »

THÉÂTRE

Il re­vien­dra au théâtre dans la pièce Ma­tro­ni et moi d’Alexis Mar­tin, au Na­tio­nal, en mai pro­chain.

« C’est mer­veilleux de re­prendre cette pièce. Alexis est un gars si ta­len­tueux. »

Et cette se­maine, il an­non­çait ce nou­veau pro­jet avec Da­niel Lemire : il joue­ra et fe­ra la mise en scène de la pre­mière pièce de l’hu­mo­riste, Clash, qui se­ra pré­sen­tée à la Salle An­dréMa­thieu, à La­val, tout l’été et en tour­née par la suite, dans tout le Qué­bec. Heu­reux, Pierre Le­beau? « Vrai­ment. Ce mé­tier me gâte tel­le­ment. La chose que je peux sou­hai­ter à tout le monde, c’est jus­te­ment d’avoir une pas­sion et sur­tout l’oc­ca­sion de la réa­li­ser. C’est pour­quoi je dis aux pro­duc­teurs de ne pas oublier la re­lève ta­len­tueuse, et ce, même s’ils ne sont pas des gens connus », conclut Pierre Le­beau.

√ La pièce Clash se­ra pré­sen­tée à la Salle André-Mathieu du 15 juillet au 5 sep­tembre.

PHOTO THIER­RY AVRIL

Pierre Le­beau et Da­niel Lemire... Une belle ren­contre de vie et de mé­tier.

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