Quand on se com­pare, on se console

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Be­noît Au­bin Le Jour­nal de Mon­tréal

Le nou­veau di­rec­teur du Mu­sée Juste pour rire de Mon­tréal n'a que 37 ans, mais, dé­jà, il pos­sède une ex­per­tise in­ter­na­tio­nale longue comme le bras. Il rentre tout juste d'un sé­jour de quatre ans à Seat­tle. Pre­mières im­pres­sions ? « Mon­tréal n'a rien à en­vier » à cette ville-phare de la culture amé­ri­caine.

Les der­nières images que David Heur­tel garde de son an­cienne ville d'adop­tion sur le Pa­ci­fique sont des sou­ve­nirs de pa­gaille, de chaos, et de confu­sion. « Il est tom­bé cinq cen­ti­mètres de neige, et la ville a mis une se­maine à s'en sor­tir. J'ai failli ne pas pou­voir par­tir. »

Seat­tle, c'est la ville qui a don­né la mu­sique, le style grunge et les ca­fés Star­buck à l'Amé­rique ; c'est le siège so­cial de Mi­cro­soft et d'Ama­zon, c'est là que Boeing fa­brique ses avions. Une ville de têtes, de tech­no­lo­gie, de culture et d'ar­gent.

Quand il a quit­té Mon­tréal, il y a quatre ans, Heur­tel était très cri­tique par rap­port à sa propre ville, très né­ga­tif et im­pa­tient face aux pro­blèmes et aux hé­si­ta­tions cultu­relles et po­li­tiques du Qué­bec.

MON­TRÉAL RES­PEC­TÉ

Grande sur­prise pour lui en ar­ri­vant là-bas, dans son nou­veau job de di­rec­teur du mar­ke­ting de l'agence cultu­relle lo­cale, le Seat­tle Cen­ter. « Quand les gens ont ap­pris que le nou­veau di­rec­teur était un fran­co­phone, qui avait dé­jà une ex­per­tise dans les ins­ti­tu­tions cultu­relles de Mon­tréal, ils ont dit : eh bien, bra­vo !

Dans le mi­lieu cultu­rel là-bas, Mon­tréal est res­pec­tée comme un pôle de créa­tion cultu­relle ma­jeur. Pour eux, que je sois un fran­co­phone, qui avait ac­quis une ex­per­tise à Mon­tréal, c'était un gage de res­pect. »

Il faut al­ler voir ailleurs, pour mieux dis­cer­ner la vraie na­ture du rayon­ne­ment des in­dus­tries cultu­relles qué­bé­coises. Il n'y a pas que le Cirque du So­leil ou Cé­line.

Le der­nier em­ploi de David Heur­tel avant Seat­tle était de sillon­ner la pla­nète pour vendre la plus im­por­tante ex­por­ta­tion cultu­relle du Qué­bec : ces pe­tits gags té­lé­vi­suels, pro­duits par Juste pour rire, juste- ment. 140 pays, 95 lignes aé­riennes.

« C'est peut-être un vieux fond de com­plexe de co­lo­ni­sés qui nous em­pêche de nous éva­luer à notre juste va­leur, dit-il. Un des groupes chauds à la ra­dio de Seat­tle était Ar­cade Fire de Mon­tréal. Ma ville ! »

David Heur­tel se dit heu­reux de se re­trou­ver chez lui.

« Je suis plus à même d'ap­pré­cier l'ex­tra­or­di­naire créa­ti­vi­té qu'on trouve ici. Cette créa­ti­vi­té est la clé de notre ave­nir. Il faut l'en­tre­te­nir, la dé­ve­lop­per. »

David Heur­tel veut faire du Mu­sée Juste pour rire un car­re­four de créa­tion et de culture gra­vi­tant au­tour du thème de l'humour.

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