LE PLAI­SIR D’AVOIR PEUR

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Be­noit Au­bin Le Jour­nal de Mon­tréal

L’au­teur de Co­ra­line est une star dans l’uni­vers de la bande des­si­née. Neil Gai­man est un beau grand bon­homme - la cin­quan­taine dé­gin­gan­dée, re­gard fluide, sou­rire mo­queur, che­veux en brous­saille: une tête d’ar­tiste. Mais, ces jours-ci, le type est en af­faires. Sé­rieu­se­ment.

Les gens qui prennent leur bande des­si­née au sé­rieux, les ama­teurs un peu fê­lés de fan­tas­tique ado­les­cent connaissent dé­jà Neil Gai­man. Ils peuvent ré­ci­ter les titres des al­bums de b.d. qu’il a écrits, pour les meilleurs illus­tra­teurs: Mr Punch, la sé­rie de La vie, à quel prix, ou son der­nier, pas en­core tra­duit en fran­çais: The Gra­veyard Book, le livre du ci­me­tière. Dans ce mi­lieu tur­bu­lent, poin­tu, par­fois ef­frayant qu’est le mar­ché de la lit­té­ra­ture pour ado­les­cents, Neil Gai­man est une star.

« Il m’a mar­qué pour la vie! » dit le jeune li­braire chez Archambault, qui n’en re­ve­nait pas d’ap­prendre que son hé­ros

était en ville ré­cem­ment.

COMME LE PU­LIT­ZER

Tous les autres, ma­mans et mo­noncles, ne pour­ront plus échap­per à Gai­man, mal­gré la bê­tise et la sclé­rose in­tel­lec­tuelle fa­tale qui ca­rac­té­rise les plus de 20 ans. C’est que, la se­maine même de la sor­tie de Co­ra­line, le mé­ga­film d’ani­ma­tion en 3-D ti­ré d’un de ses livres, Gai­man vient de re­ce­voir la Mé­daille New­ber­ry. C’est im­por­tant? « Di­sons que c’est comme le Pu­lit­zer, dit-il. Ce­la si­gni­fie qu’un ju­ry d’ex­perts vient de dé­ci­der que le meilleur au­teur de livres jeu­nesse aux États-Unis, c’est moi.» dit le bri­tan­nique, qui vit main­te­nant au Min­ne­so­ta. Alors? Dé­jà qu’avec la pa­ru­tion de Co­ra­line, les al­bums se sont en­vo­lés des ta­blettes. Gai­man s’at­tend main­te­nant à ce que Gra­veyard fasse un long cam­ping sur la liste des best-sel­lers du New York Times. C’est gros. Et comme, en lit­té­ra­ture jeu­nesse, le mar­ché se re­nou­velle spon­ta­né­ment aux cinq ans, toutes ses ré­édi­tions fu­tures por­te­ront la men­tion : par Neil Gai­man, dé­ten­teur du New­ber­ry Me­dal. Ka­ching! Bon pour lui. Sou­vent, l’at­mo­sphère de ses oeuvres est as­sez sombre, il y a tou­jours un dan­ger, un mé­chant ou une vio­lence qui couve juste pas­sé le coin, une fo­lie aus­si, qui, sou­vent, désa­morce le drame.

La lit­té­ra­ture pour jeunes a tou­jours été pleine de monstres, de sang, de grosses frayeurs; les jeunes raf­folent des ex­trêmes, dit-il. « La vie est dure et pleine de dan­gers pour eux. »

MONDE ASEP­TI­SÉ

Et avec un monde qu’ils connaissent mal, et qui, par­tant, est fa­ci­le­ment ter­ri­fiant. » Évi­dem­ment, la rec­ti­tude po­li­tique am­biante, qui veut édu­quer les jeunes dans un monde asep­ti­sé, où tout le monde est beau, tout le monde est gen­til le fait s’ar­ra­cher les che­veux. « Je pense que l’ap­proche de Dis­ney est­presque por­no­gra­phique pour les en­fants. C’est comme leur faire man­ger du sucre. » Mais le « meilleur écri­vain jeu­nesse de langue an­glaise » se res­sai­sit bien vite. «Per­sonne ne m’em­pêche de pu­blier des trucs comme les miens.»

Neil Gai­man, une star dans l’uni­vers de la bande des­si­née.

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